• Appel de textes

    Histoire, Idées, Sociétés, est la revue des étudiant.e.s en histoire de l’UQAM. Créée en mars 2018, elle aspire à diffuser les résultats de recherches d’étudiant.e.s de tous les cycles en histoire dans un portail 100% web et libre d’accès. Le mandat de la revue est d’offrir une plateforme de diffusion accessible, vivante et rigoureuse aux apprentis-chercheurs.

    La revue Histoire, Idées, Sociétés publie des travaux s’inscrivant dans tous les champs spatio-temporels. La variété des sujets traités par les articles que nous éditons permet ainsi d’offrir aux lecteurs un aperçu des plus récentes recherches menées par les étudiant.e.s en histoire dans les départements des universités francophones.

    Nous acceptons les articles de fond dont le contenu original s’appuie sur des sources de première main. Ceux-ci seront soumis à un processus d’édition scientifique (révision interne et externe). Il est aussi possible de nous soumettre une courte chronique, un billet à saveur plus “éditoriale” ou une recension qui ne sera évaluée que par le comité interne.

  • Nouvelles

    Le corps dépossédé, le corps revendiqué, le corps tu : le corps comme enjeu de pouvoir dans la grève des ouvrières du vêtement pour dames, Montréal 1937

    Anne-Marie Dubreuil
    À partir d’une perspective féministe matérialiste, nous proposons, au cours de cet article, une étude historique de l’expérience corporelle des ouvrières de l’industrie montréalaise du vêtement pour dames, et ce, dans le contexte de la grève de 1937. L’étude des témoignages de quatre participantes à la grève nous permet de défendre que le corps des travailleuses a été un enjeu crucial de ce conflit ouvrier, jusqu’ici insuffisamment reconnu par l’historiographie et occulté par le récit syndical. Présenter la lutte de pouvoir entourant le corps des ouvrières, qui est d’abord dépossédé par la classe masculine patronale, puis revendiqué par les travailleuses, et enfin réapproprié et tu par les acteurs masculins du conflit, permet de comprendre la grève de 1937 non seulement comme une lutte ouvrière, mais comme une lutte entre deux classes de sexe : cela révèle les spécificités qui distinguent cette grève des conflits ouvriers majoritairement masculins, et prouve qu’il s’agit bel et bien d’une lutte de femmes en tant que classe.

    Les étudiants francophones de Montréal et le «phénomène 1968». De l’influence tiers-mondiste à l’affirmation d’un discours engagé

    Marie-Laurence Rho
    Les «années 68» – période d’activisme politique ayant touché des campus universitaires dans plusieurs villes du monde entre 1967 et 1969 – incarnent une catégorie historique fort pertinente pour étudier le militantisme étudiant montréalais de la période. À cet effet, cet article propose une incursion au sein de la presse étudiante de l’Université de Montréal afin d’étudier les idées et les revendications formulées par les leaders étudiants de l’époque. Dans la perspective d’une étude de l’influence des idées issues du Sud global sur la pensée politique des soixante-huitards montréalais francophones, nous proposons ici de porter une attention particulière à la couverture de l’actualité internationale qui figure dans les pages du journal étudiant le Quartier latin.

    Recension – Lucie Pradel, L’âme du monde. Pour une écocritique du patrimoine culturel

    Gabriel Thériault
    À travers un ouvrage fortement documenté, Lucie Pradel, maître de conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane et membre de l’Institut des Amériques, traite des patrimoines immatériels issus de la culture orale. Elle y suggère une perspective nouvelle à propos de l’écocritique de l’univers mythologique et légendaire caribéen. Pradel explique, à juste titre, que l’écocritique correspond à l’analyse des « interactions entre l’homme et la nature et les représentations de cette nature dans les expressions culturelles » (p. 2). Selon la formulation de Cheryll Glofelty, cette approche se résume à « the study of the relationship between literature and the physical environment ».

    Le néonationalisme sous la loupe du McGill Daily

    Olivier Dufresne
    Le 28 mars 1969 à Montréal, entre 10 000 et 15 000 étudiants se rassemblent pour réclamer la francisation de l’Université McGill, ce qui en fait la plus grande manifestation politique d’après-guerre au Québec. Paradoxalement, son organisation est non seulement le fruit de militants québécois francophones, qui dans un contexte néonationaliste revendiquent une plus grande place dans la société québécoise, mais aussi de militants anglophones. Cet article tente de comprendre de quelle manière des militants anglophones au Québec, à la fin des années soixante, ont pu appuyer des revendications qui s’attaquaient directement à leurs privilèges. Grâce à l’analyse discursive des éditoriaux du journal étudiant le McGill Daily concernant les évènements entre les années 1967 et 1970, liées à l’unilinguisme français et à l’indépendantisme, il apparaît que, pour une partie de la gauche anglophone, ces revendications étaient légitimes en raison de leur caractère anticapitaliste et anticolonial.

    Immigration et « hygiène mentale » : La dimension raciale du discours médical en faveur de la stérilisation des « faibles d’esprit » dans le Canada des années 1920

    Sandrine Labelle
    Dans les années 1920, la stérilisation forcée des personnes atteintes de troubles de santé mentale est défendue par certains médecins eugénistes comme solution au problème de surcharge des institutions canadiennes de prise en charge de la folie. L’étude de rapports rédigés par la principale organisation de médecins eugénistes de l’époque met en lumière la dimension xénophobe de ce discours. Les médecins eugénistes capitalisent sur la haine raciale de la majorité anglo-saxonne vis-à-vis des immigrants originaires d’Europe de l’Est. Ils «racialisent» la maladie mentale en faisant du lieu de naissance un facteur de risque déterminant dans le développement de troubles. Le discours du corps médical se fait également alarmiste lorsqu’il aborde la question de la transmission héréditaire des problèmes de santé mentale; la peur d’une transmission des «tares génétiques» de la population migrante à sa descendance se révèle être au cœur de l’argumentaire prostérilisation.

    L’Église québécoise en mission : la polarisation des discours jésuites et oblats autour de la violence révolutionnaire (1959-1970)

    Marc-Edmond Lamarre
    L’Église catholique québécoise subit plusieurs transformations au courant des années 1960. Tant théologiques que structurels, ces changements modèlent une nouvelle institution religieuse. Grâce à l’étude des revues catholiques Relations et Apostolat, cet article met en lumière l’évolution des discours oblats et jésuites, par rapport à la violence révolutionnaire en Amérique latine et au Québec. L’évolution de ces discours nous montre une Église tiraillée mais changeante, dont les acteurs sont hétérogènes et transnationaux. Le bouillonnement politique, théologique et intellectuel latino-américain ainsi que l’ajustement théologique et social issu du Concile Vatican II sont au coeur de l’évolution de cette institution bouleversée par les sixties.

    Des districts aux sections : Diviser le territoire parisien sous la Révolution (1789-1790)

    Gabriel Cotte
    La Révolution française redéfinit drastiquement les cadres territoriaux de Paris. Dès le 14 juillet 1789, les 20 quartiers de police et les 16 quartiers municipaux sont effacés et remplacés par les 60 districts ; ils seront eux-mêmes retracés en 48 sections en juin 1790. À la fois lieu d’assemblée des citoyens et circonscription électorale, ces nouveaux quartiers représentent un des socles de la construction de la citoyenneté parisienne. Cet article propose d’analyser la transition des districts aux sections afin de comprendre l’impact des principes et des pratiques induits par la Révolution sur les réformes territoriales de la capitale. Pour ce faire, nous mobilisons un corpus de sources constitué des mémoires et réflexions produits par les districts concernant la formation des sections. Nous pouvons alors rendre compte de la perception des citoyens parisiens du territoire urbain et des fonctions qu’ils tenaient à lui attribuer.

    Itinéraire d’une collection Égyptienne : Le « Grand Tour » de James Ferrier en Égypte (1859)

    Guillaume Sellier
    En 1859, l’imminent politicien et entrepreneur montréalais James Ferrier rentra d’un voyage familial en Orient avec une imposante collection d’artéfacts, aujourd’hui conservée par le musée Redpath de l’Université McGill à Montréal. Cette collection, composée d’environ 170 pièces provenant d’Égypte, reflète toute l’admiration historico-religieuse et l’intérêt scientifique que portaient J. Ferrier et ses contemporains pour l’antique civilisation pharaonique. Cette courte étude, qui s’intéresse principalement au matériel inscrit (fragments hiéroglyphiques et statuaires), apporte des résultats de recherche préliminaires et quelques réflexions quant au trajet de J. Ferrier en Égypte et aux modalités de collecte de certaines pièces.

    Les «incidents» d’Aigues-Mortes (août 1893): xénophobie populaire et usages politiques de l’événement

    Julien Duval-Pélissier
    Les 16 et 17 août 1893, la commune occitane d’Aigues-Mortes devient le théâtre d’une rixe populaire d’une rare violence. Exacerbés par les tensions économiques et internationales, les conflits locaux entre ouvriers français et italiens atteignent alors un point de rupture, dégénérant en véritable chasse à l’homme. Le bilan de ces journées : huit morts et une cinquantaine de blessés graves, tous des travailleurs transalpins. Par l’étude discursive de sa réception chez un quotidien parisien, La Lanterne, cet article explore les usages politiques de l’événement, rapidement instrumentalisé à travers une rhétorique nationaliste, italophobe et exclusive. Au-delà de l’utilisation médiatique des « incidents » d’Aigues-Mortes, cette enquête s’attache aux représentations ouvrières de l’événement. Instantanément constitué en lieu de mémoire, selon des modalités parfois contradictoires, le massacre s’intègre au langage ouvrier pour permettre d’appuyer un large éventail de revendications sociales.

    Un lieu de commémoration à reconsidération : celui de l’expédition du duc d’Anville érigé en 1929 au bassin de Bedford à Halifax

    Robert Lanteigne
    L’échec de l’expédition française du duc d’Anville de 1746 et le séjour d’une grande partie de sa flotte dans la baie de Chibouctou en Nouvelle-Écosse est un événement peu traité dans l’historiographie de l’Amérique française. À ce jour, il existe un monument commémorant cet événement dans le parc situé sur le bord du bassin Bedford, en banlieue de la ville d’Halifax. Toutefois, il est désormais possible de remettre en question le choix de cet emplacement grâce à des documents d’archives provenant de témoins de cette expédition et démontrant l’emplacement véritable du campement, des troupes et des hôpitaux dans les secteurs immédiats du centre-ville d’Halifax et de sa Citadelle. Ces nouvelles données apportent une perspective nouvelle sur cet événement.