Nouvelles
Abjectivité, identité et représentativité : dialogue transhistorique entre Ludmilla-Mary, l’odalisque et MuratCassandre Roy
2Fik est un artiste contemporain qui interroge différentes questions identitaires. En 2012, il réalise la photographie La Grande Intendante qui réinterprète le tableau de La grande odalisque (1814) de Jean-Auguste-Dominique Ingres. À travers la réappropriation du motif de l’odalisque, ainsi que le choix de représenter un de ses personnages fictifs, soit Ludmilla-Mary, dans cette photographie, 2Fik accomplit plusieurs choses. D’abord, il fait ressortir les multiples identités abjectes intersectionnelles contenues dans les deux œuvres grâce à la mise en place d’un dialogue transhistorique artistique. Deuxièmement, 2Fik utilise l’abjectivité de ces identités pour subvertir et transformer le discours dominant masculin, hétérocentré et occidental. Cette subversion nous amène à nous repencher sur l’historique de la commande de La grande odalisque et dévoiler ainsi l’identité hors du commun de Caroline Murat, reine de Naples, qui entrerait en relation à la fois avec l’odalisque du tableau d’Ingres et le personnage de 2Fik, Ludmilla-Mary.
Florence Dumont-Goyette
L’histoire de la construction du complexe hydroélectrique de la Baie James (1971-1979) est un sujet qui fut grandement traité sous plusieurs angles dans l’historiographie québécoise, notamment ceux de son impact dans la Révolution tranquille, les relations entre le gouvernement et les Autochtones ou encore l’aménagement du Territoire du Nord. Toutefois, peu d’études s’intéressent au climat social entourant la construction du Projet de Développement de la Baie James (PDBJ). En effet, présenté ici comme le « Projet de la discorde », le projet fut le centre d’une importante contestation et fut générateur de prises de paroles par divers acteurs issus des milieux politiques, environnementaux, ethniques et même journalistiques. Cet article a pour but de mettre de l’avant une étude de cas sur ces acteurs, en présentant leurs revendications et leurs actions qui se retrouvent au cœur de la prise de parole qui a eu lieu lors de la construction du complexe hydroélectrique dans les années 1970 au Québec.
Maude Goulet-Ménard
À la fin du 18e siècle, les enfants abandonnés en France vivent dans des conditions qui seraient aujourd’hui jugées déplorables. Malgré leur prise en charge par l’État, la plupart des petits n’atteignent pas l’âge adulte. L’historiographie en est bien au fait. Néanmoins, relativement peu de recherches explorent la représentation de ces enfants, et ce, encore moins lorsqu’il est question d’étudier à la fois l’Ancien Régime et la période révolutionnaire. Ce texte a pour objectif d’analyser la manière dont sont envisagés les enfants abandonnés dans les journaux parisiens entre 1780 et 1800. Ainsi, les caractéristiques qui y sont attribuées aux enfants varient-elles en fonction du régime en place ? Varient-elles similairement lorsqu’ils sont décrits en tant que groupe ou de manière individuelle ? L’analyse permettra ainsi d’éclairer la perception sociale de ces enfants aux parcours atypiques dans des sociétés changeantes.
Elias Banesé Betaré
L’ouvrage collectif intitulé Boko Haram: Islamic Protest and National Security, codirigé par Melchisedek Chétima, Professeur au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal et Paul E. Lovejoy, Professeur émérite à York University de Toronto, apporte une contribution substantielle aux études contemporaines sur les problématiques d’extrémismes violents. Plus précisément, il éclaircit la compréhension du terrorisme islamiste en Afrique de manière générale et aux pourtours du bassin du lac Tchad en particulier. […]
Catherine Thibeault
« Si c’est filmé, par conséquent, c’est aussi emprisonné dans la glace ». Cette citation tirée du film Fragments de glace réalisé par Maria Stoianova résume à elle seule le rôle central de l’image dans la discipline historique. Ces fragments d’histoire, sélectionnés avec soin par la réalisatrice ukrainienne, nous permettent de visualiser non pas la grande histoire de l’URSS, mais plutôt celle de ses peuples, de ses individus. […]
Frédérick Poulin
Le dernier ouvrage de l’historien allemand Gerd Krumeich, spécialiste de la Première Guerre mondiale, s’inscrit dans la suite de ce qu’il avait déjà entamé quelques années plus tôt avec L’impensable défaite, qui traitait du « traumatisme collectif » du peuple allemand suite à la débâcle de 1918. […]
Jérôme Lussier et Audrey St-Arnault
En 2002, Michèle Riot-Sarcey et al. lancent la discussion sur les utopies en publiant le Dictionnaire des Utopies, et dix ans plus tard, celle-ci est enrichie par une collaboration entre Le Monde et La Vie qui génère le numéro hors-série Atlas des Utopies (2012). Plus récemment, le collectif Histoire des Utopies : 3000 ans de rêves pour changer le monde (2024) s’est hissé dans l’arène historiographique afin de réactualiser les réflexions sur le sujet. […]
Clara Chauvel-Thébault
Dans leur usage des espaces publics parisiens à la fin du XIXe siècle, les femmes ont pu être confrontées à des violences sexistes et sexuelles. L’objet de cet article est de mettre en lumière les actions que ces dernières ont menées pour se sécuriser et sécuriser leurs semblables face à ces violences. Il convient pour cela de trouver, dans les sources policières, judiciaires, journalistiques ou encore artistiques, les traces de cette résistance. Avant même de sortir dans ces espaces, les femmes se mettent en condition. Une fois sorties, elles peuvent être amenées à faire face à des expériences de violence et être contraintes de réagir en conséquence. Finalement, une fois l’expérience de violence passée, ces dernières peuvent tenter de la faire reconnaître aux yeux de la société. L’ensemble de ces démarches témoigne de leur capacité à agir au sein d’une société qui ne reconnaît pas nécessairement ces violences.
Philippe Pinet
Cet article repose sur une étude de la couverture des enjeux raciaux offerte dans les pages du magazine Commentary entre 1945 et 1970. La période couverte permet d’évaluer le support relatif offert par une frange intellectuelle – juive dans ce cas-ci – de la communauté libérale du Nord au mouvement des droits civiques. Il tâche de saisir l’évolution de la rhétorique par les intellectuels juifs pour traiter de la quête des Afro-Américains pour l’atteinte et la sécurisation de leurs droits civiques. La progression de l’argumentaire des contributeurs à la revue, de l’optimisme pour les programmes fédéraux des années 1940 jusqu’à l’hostilité envers les demandes de traitement préférentiel et de contrôle communautaire dans les années 1960, témoigne d’un retrait des engagements préalables et d’un repli ethnique défensif. L’analyse propose plus précisément le récit d’un désenchantement, celui des intellectuels juifs de Commentary quant au libéralisme racial d’après-guerre.
Maxence Terrollion
Au cours de l’entreprise de conversion au XVIIe siècle en Huronie, les missionnaires jésuites formèrent une première communauté d’autochtones croyants dont les coutumes et les croyances doivent s’adapter au mode de vie traditionaliste du reste des Wendats. La progression rapide du christianisme et de l’acculturation des nouveaux chrétiens entraina une véritable rupture à plusieurs niveaux (spirituel, social, politique, etc.) qui n’a pas toujours fait l’objet d’une attention soutenue des chercheurs. L’article souhaite se détacher de la figure du jésuite pour se concentrer sur le quotidien des croyants wendats, leurs actions dans les villages et leur rapport aux non-convertis pour questionner l’impact de l’introduction du catholicisme sur la société wendate.