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Le Canada dans le flou? Les témoignages contradictoires de la Croix-Rouge et des civils internés à Hong Kong (1941-1943)

Julien Lehoux
Après la victoire des Japonais sur la colonie britannique de Hong Kong le 25 décembre 1941, l’ensemble des civils occidentaux sont internés dans le camp de Stanley où la majorité y restera jusqu’à la fin de la guerre. Pour faire rapatrier ses citoyens, Ottawa tente d’amasser toutes informations pertinentes sur la situation à Stanley. Les internés américains, rapatriés en juin 1942, et les représentants de la Croix-Rouge dépêchés sur les lieux vont ainsi offrir les premiers comptes-rendus sur la vie des prisonniers dans le camp. Or, ces deux groupes offrent des informations complètement contradictoires. Le Canada devra ainsi départager le vrai du faux tout en conduisant en parallèle des pourparlers avec le Japon pour procéder à un échange potentiel de prisonniers de guerre. C’est ainsi en clarifiant les différents flots d’informations que le gouvernement canadien va établir sa stratégie diplomatique vis-à-vis de l’internement de ses citoyens.

Redéfinir la relation avec le territoire en contexte de célébration : les journalistes et le centenaire de la Confédération

Caroline Blais
Cet article étudie les représentations symboliques et identitaires du territoire véhiculées par les journalistes canadiens et québécois lors du Centenaire de la Confédération canadienne et de l’Expo 67. Par le biais de l’analyse de chroniques et d’éditoriaux de journaux canadiens, nous cherchons à mieux comprendre les transformations identitaires qui affectaient le Canada et le Québec lors des années 1960. Nous démontrons, ainsi, que les journalistes canadiens-français ont entamé une transition identitaire qui va les amener à s’identifier à leur territoire provincial. Nous montrons également que les journalistes anglo-canadiens véhiculent de multiples appartenances identitaires qui varient en fonction des balises territoriales invoquées. Pour terminer, nous abordons les façons dont les caractéristiques matérielles et immatérielles du territoire – la nordicité, l’immensité territoriale et les ressources naturelles – sont employées pour distinguer les Canadiens.

Le Vatican et la protection du patrimoine italien pendant la Seconde Guerre mondiale

Laurent Bigaouette St-Onge
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Vatican fut l’un des acteurs les plus dynamiques dans l’élaboration conceptuelle et l’affirmation de la nécessité de protéger le patrimoine historique et culturel italien mis en danger par le conflit. À cette fin, il s’impliqua diplomatiquement auprès des autorités militaires et politiques alliées afin de les sensibiliser à la question patrimoniale, et ainsi préserver, dans la mesure du possible, les trésors de la péninsule italienne. Le Saint-Siège utilisa notamment une série d’arguments moraux et légaux afin de faire prévaloir son point de vue. Le présent article propose de mettre en lumière deux des principaux arguments développés par le Vatican, et d’en analyser l’impact sur la conduite alliée de la campagne italienne, entre 1943 et 1945.

Guerre, victoire, gloire, héroïsme : les représentations de la mythologie antique dans les entrées royales françaises de 1515 à 1517

Sarah Laflamme-Tremblay
Cet article porte sur les entrées royales de Paris (1515), Lyon (1515) et Rouen (1517) qui illustrent la façon dont la Renaissance représente les qualités guerrières et héroïques de François Ier dès le début de son règne. Une question est au cœur de cette étude : dans la mise en scène de ces entrées royales, comment le syncrétisme entre la culture chrétienne et l’héritage antique conjugue-t-il l’usage de la mythologie gréco-romaine et le renforcement d’une monarchie de droit divin?

Les contrecoups de l’incendie de Shek Kip Mei : un test de légitimité pour l’administration coloniale britannique, 1949-1957

Julien Lehoux
Le 25 décembre 1953 est déclenché à Shek Kip Mei l’incendie le plus important de l’histoire de la colonie de Hong Kong. En moins de cinq heures, le feu embrase le bidonville et plus de 50 000 réfugiés chinois perdent leur maison. L’administration britannique sous Alexander Grantham détient peu de moyens pour régler les problèmes engendrés par l’incendie et au lendemain de celui-ci, le régime risque de tomber en pleine crise de légitimité. Cet article explore les mesures entreprises par la colonie britannique pour subvenir à l’aide aux réfugiés. Que ce soit au niveau du logement ou de la charité, l’administration Grantham est forcée de changer ses pratiques si elle désire conserver le pouvoir. Le cas contraire, les sinistrés risquent de s’agiter.

Mobiliser l’utopie : le Projet du Siècle vu par ses concepteurs (1971-1975)*.

Mathieu Roy
Acte de colloque, 5e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2020
Le présent article s’intéresse à la planification initiale de la phase 1 du projet de la Baie-James au regard des ambitions de ses concepteurs. À travers les déclarations des administrateurs du projet et des responsables politiques, nous verrons quelles représentations sociales ont été mobilisées afin de projeter dans le Nord une forme idéale de société, qui prend souvent des airs d’utopie. En plus d’être imputable à la transition que vit le Québec vers la modernité avancée, j’avance que la planification du projet a fortement été teintée par les débats entourant l’utilisation du nucléaire et par de nouvelles théories développementales mises de l’avant par les administrateurs des sociétés d’État de l’époque. En somme, les structures d’aménagement créées pour prendre en charge l’administration territoriale reflètent de nouveaux modes de pensée, en plus de s’inscrire dans un univers métasocial que les administrateurs et responsables politiques reproduisent tout autant qu’ils promeuvent.

Le « Seth asiatique » de Ramsès II, origine et justification d’un culte

Véronique Lacroix
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2019
Seth fut longtemps considéré par les anciens Égyptiens comme étant un dieu négatif dont il fallait se méfier. Il est donc étonnant de voir l’importance que prend le culte de ce dieu sous le règne de Séthi I (1290-1279 av. J.-C.) et de son fils Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.), qui ira jusqu’à lui dédier une stèle, « la stèle de 400 années de règne ». Encore plus étonnant est le fait que le Seth vénéré par Ramsès II est représenté avec de nombreuses caractéristiques normalement associées aux dieux asiatiques. Seth fait partie de l’Ennéade, divinités primordiales de l’Égypte ancienne. Il est également connu pour être le dieu dynastique de la famille de Ramsès II. Cependant, durant le règne de ce célèbre souverain, il en vient à être adoré alors qu’il revêt des attributs et des caractéristiques étrangères. Or, les anciens Égyptiens sont réputés pour être méfiants des peuples étrangers en général, particulièrement envers ceux originaires d’Asie. L’article suivant remontera donc aux origines de l’arrivée des peuples asiatiques en Égypte afin d’expliquer comment et pourquoi les cultes asiatiques sont arrivés dans ce pays. Puis, en dernier lieu, il abordera les avantages pour Ramsès II d’adopter le culte de ce dieu résultant d’un métissage culturel.

« Gens de guerre lansquenetz, protestants et hérétiques » : culture discursive et pratiques confessionnelles

Nicolas Handfield
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2019
Cet acte de colloque se consacre à la culture langagière et religieuse des lansquenets, dont l’étude du blasphème fait le lien. Ces deux pratiques sont ici regroupées non seulement parce qu’elles constituent les fondements de l’identité individuelle et collective de ce groupe, mais aussi parce qu’elles sont systématiquement relevées dans les sources. C’est donc probablement d’abord elles qui font la singularité du lansquenet dans le paysage militaire du début du XVIe siècle, pour des contemporains incapables le plus souvent de distinguer les différents patois allemands et dans une société marquée par une forte religiosité.

« Messieurs les Anglais, veuillez tirer les premiers » : l’expérience de la guerre au siècle des Lumières (1715-1789)

Philipp Portelance
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2019
Le siècle des Lumières, siècle de raison et de cosmopolitisme, serait ainsi une période militairement peu importante, ou encore un « intervalle décoratif entre les guerres de Religion et […] l’industrialisation du XIXe siècle[4] ». Le XVIIIe siècle est parfois même vu comme une période moins violente entre les guerres du Roi-Soleil et celles, que certains disent totales[5], de la Révolution et de l’Empire. Au regard de celles-ci, en effet – de leur extension et de la conscription qu’elles instaurent en France[6] –, l’historiographie a longtemps présenté les guerres du siècle précédent comme limitées. Il s’agirait d’une guerre de convenance, d’une « querelle de voisinage », voire d’une affaire de famille, comme dans le film de Gérard Krawczyk Fanfan la Tulipe.

DUMAS, Alexandre, L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2019, 337p.

Maxime Trottier
L’ouvrage d’Alexandre Dumas, spécialiste en histoire religieuse au Québec, comporte deux grandes orientations. La première explore dans la moyenne durée (1930-1960) les relations entretenues entre les autorités politiques et religieuses québécoises, qui relèvent du parti-pris et de l’influence exercée par l’Église dans l’arène politique. La seconde vise à remodeler notre compréhension de la période dite de la Grande Noirceur en réexaminant un cliché tenace concernant l’ère duplessiste : celui d’un régime misant sur une étroite collaboration avec le clergé pour diriger la province.