Le rôle de Spartacus durant la première année de la Troisième guerre servile

CHRISTOPHE BURGEON

Université de Louvain

Résumé

Spartacus démontra ses qualités de chef de guerre, notamment en remportant plusieurs victoires sur les légionnaires et en fédérant la majeure partie de ses troupes autour de lui, tout en réveillant régulièrement leur courage. En outre, il créa des services (logistique, renseignement et transmission de celui-ci) efficaces. Spartacus, s’il fut un chef de guerre unanimement reconnu par les auteurs anciens, n’exprima jamais le souhait de devenir roi, notamment parce qu’il n’avait aucun territoire sous son autorité et qu’il était à la tête d’une armée presque constamment en mouvement.  Par ailleurs, les esclaves placés sous son autorité ne constituaient ni une population homogène ni une classe sociale unie.

Après avoir fui l’école de gladiature[1] de Capoue, cité opulente de Campanie, afin de recouvrer sa liberté et de ne pas mourir de manière indigne, Spartacus mena la rébellion des esclaves romains survenue entre 73[2] et 71 avant J.-C.[3].Au fil des semaines passées en Italie, il devint un véritable chef à la tête d’une véritable armée, bien que nullement uniforme sur les plans ethnique et culturel. En effet, en 73 et au début de l’année 72 avant J.-C., il allia charisme, qualités martiales, tactique et stratégie (du moins jusqu’à son arrivée dans la plaine du Pô). Avant de tomber sur le champ de bataille les armes à la main face à Crassus, il défit plusieurs préteurs et consuls qui n’avaient pas pris la menace qu’il représentait au sérieux.

Nos connaissances de la geste de Spartacus et du déroulement de la troisième guerre servile se fondent essentiellement sur les récits de quatre auteurs : Salluste, Florus, Plutarque et Appien. Salluste, homme politique proche de César et des populares, constitue une source primaire indirecte ; il fut le seul à pouvoir disposer du témoignage direct de certains protagonistes de l’affaire Spartacus. Toutefois, ses Histoires, qui   couvrent les années 78 à 67 avant J.-C., ne nous sont parvenues que sous forme fragmentaire[4]. Le fait qu’il fustige la décadence morale de l’Vrbs et sa mollesse explique la raison pour laquelle il condamne l’incompétence de certains généraux opposés à Spartacus. Florus, auteur d’un Épitomé d’histoire romaine au IIe siècle après J.-C., consulta vraisemblablement les écrits de Salluste. Néanmoins, il fait preuve de moins de rigueur que son prédécesseur dans la critique des textes mis à sa disposition, et témoigne d’une hostilité patente à l’égard des esclaves qui osèrent défier la puissance romaine[5]. Le biographe Plutarque, pour sa part, nous livre certaines informations relatives à la troisième guerre servile à travers les Vies qu’il consacre à Crassus, à Pompée et à Caton le Jeune[6]. Enfin, l’historien d’Alexandrie, qui s’embarrasse parfois peu de la vérité historique en privilégiant à celle-ci l’emphase littéraire[7], témoigne d’une grande partialité dans la mesure où, dans les sociétés antiques, l’esclavage constituait une tare[8].  Il convient d’ajouter aux comptes rendus de ces quatre auteurs, les quelques allusions faites par Tite-Liv[9], Varro[10], Velleius Paterculu[11], Pline l’Ancie[12], Eutrope[13] et Orose[14]. Malheureusement, nous ne disposons plus de la monographie consacrée aux guerres serviles rédigée par Caecilius de Kalè Acktè (Caleacte), un orateur sicilien né vers 50 avant J.-C.[15].    

Spartacus marqua de manière contrastée les esprits des Anciens tout au long de l’Antiquité. Salluste le qualifie de « grand par son courage et sa vigueur[16] », alors que Pline l’Ancien utilise son nom comme synonyme d’ennemi[17]. Aux dires de Plutarque, qui le considère davantage comme un Grec que comme un barbare, il conjuguait une grande force physique, un courage extraordinaire et une prudence exceptionnelle[18]. À tout le moins, les sources concordent sur le fait que la révolte qu’il mena et les victoires qu’il remporta sur les légionnaires provoquèrent l’inquiétude et le désarroi des autorités romaines qui l’avaient sous-estimé au prétexte qu’il dirigeait une vulgaire troupe de gladiateurs. Si la plupart des esclaves athlétiques et en bonne santé étaient employés dans les mines et les carrières jusqu’à ce que leur santé déclinât, Spartacus eut un tout autre destin.

Quel rôle joua-t-il exactement durant la première année de la troisième guerre servile selon les auteurs anciens ? C’est à cette question que nous tenterons de répondre dans le présent article. Le choix de se concentrer sur les seuls événements ayant jalonné l’année 73 avant J.-C. et les premiers mois de la suivante s’explique par le fait qu’ils n’ont jamais véritablement retenu l’attention des Modernes. En effet, à l’instar des Anciens (notamment Cicéron), ceux-ci ont préféré dépeindre les actions des hommes de Spartacus menées lors des combats contre les légionnaires de Crassus afin soit de montrer la cruauté dont il pouvait faire preuve (il fit décimer son armée), soit pour faire honneur à ses hauts faits d’armes.  

Spartacus avant 73 avant J.-C.

Nous ne savons que très peu de choses sur la vie de Spartacus avant qu’il ne prenne la tête de la troisième révolte servile. Cet esclave d’origine thrace[19] porta-t-il, comme la plupart de ses congénères gladiateurs, un nom de scène mettant en exergue ses qualités martiales ? Il est possible qu’il ait été affublé de ce surnom en référence aux guerriers spartiates connus pour leur ardeur au combat et leur résistance à toutes épreuves. Cependant, l’attribution de sobriquets aux gladiateurs est principalement attestée durant l’Empire. Par ailleurs, le nom de Spartacus peut indiquer qu’il était un descendant de la dynastie des Spartokides, fondée par Sparrokos (ou Spartakos) Ier, souverain thrace du Bosphore cimmérien à la fin du Ve siècle avant J.-C.[20]. Cette hypothèse ne doit sans doute pas être retenue pour des raisons que nous expliciterons ci-après. Un « Sparadokos » thrace, père de Seuthes de l’Odrysae, est également connu[21]. Ajoutons que la forme « Sparticus » est attestée dans un diplôme militaire[22]. Il y a dès lors raison de croire que Spartacus conserva son nom, sous une forme latinisée[23], pour combattre dans l’arène.

Florus le qualifie d’« ancien Thrace tributaire », laissant entendre qu’il appartint à une tribu thrace alliée de Rome. Il ajoute qu’il avait guerroyé aux côtés des légionnaires avant de devenir un bandit, puis un esclave[24]. Ainsi aurait-il appris la plupart des tactiques et des stratégies adoptées par l’armée romaine. Son cas n’aurait pas été unique, car, après lui, l’Arverne Vercingétorix et le Chérusque Arminius furent, eux aussi, initiés aux techniques usitées par les légats de l’Vrbs dans le but de les romaniser. Cependant, il est impossible que Spartacus fût devenu esclave après avoir déserté. En effet, si tel avait été le cas, il aurait été, une fois retrouvé, torturé, puis mis à mort pour avoir rompu son sacramentum militiae ; la peine de la damnatio ad gladium n’était pas appliquée aux transfuges. Quant à Appien, il rapporte que le gladiateur thrace avait servi au sein d’une légion, avant d’être fait prisonnier, puis vendu comme esclave[25]. É. Teyssier écrit que le terme de « légion » est, dans ce cas, trompeur : il faudrait plutôt comprendre que Spartacus fit la guerre contre Rome avant d’être capturé, puis vendu sur un marché d’esclaves[26]. C’est d’ailleurs peut-être en 75, lorsque Caius Scribonius Curio fit campagne en Dardanie, que le Thrace fut emmené de force en Italie.

Une autre thèse est avancée par Flavius Sosipater Charisius, grammairien du IVe siècle, qui fait dire à Varron, agronome contemporain de Spartacus, que ce dernier aurait été jeté dans l’arène sans avoir commis une quelconque faute[27]. Plutarque confirme cette version[28]. Nous émettons l’hypothèse selon laquelle certains auteurs latins, tel Florus, firent du gladiateur thrace un déserteur de l’armée romaine afin de noircir sa réputation, tout en justifiant les échecs des légats romains face aux esclaves en 73 et 72 avant J.-C. par le fait qu’il devait son entraînement militaire à ses anciens maîtres romains et que coutumier des tactiques des légionnaires, il lui était facile de déjouer leurs plans. Spartacus devait pourtant avoir acquis une certaine expérience du commandement militaire avant d’être capturé.

Quoi qu’il en soit, Spartacus fut vendu avec d’autres hommes non libres comme esclave à Rome, sans doute en 74 avant J.-C.[29], ce qui donne à penser qu’il ne faisait pas partie de l’aristocratie thrace, sans quoi, il aurait bénéficié d’un autre traitement. Acheté à bas prix, puis envoyé dans le ludus (école de gladiateurs) de Capoue que dirigeait Lentulus Batiatus pour y apprendre le métier de gladiateur, il n’eut de cesse de vouloir recouvrer la liberté. Selon Plutarque, il fut autorisé à voir régulièrement son épouse, une prophétesse thrace de Dionysos[30].

Dans son Digeste, Varron placerait la naissance du Thrace vers 93[31]. Sans doute devait-il avoir moins de vingt-cinq ans lorsqu’il fut acheté par le laniste[32] capouan, car les esclaves plus âgés, généralement en raison de leur manque de vigueur, n’intéressaient guère les propriétaires d’écoles de gladiature[33]. Toutefois, les actions qu’il mena entre 73 et 71 avant J.-C. dénotent une certaine expérience du combat. Dès lors, Spartacus devait probablement être âgé d’environ vingt ans lorsqu’il prit la tête de la révolte servile.

Habile cavalier et habitué au maniement des armes[34], il opéra, du moins durant les deux premières années de sa lutte, les décisions stratégiques qui s’imposaient. Par ailleurs, par sa détermination et son charisme, il incarna la figure du chef de guerre. 

La geste de Spartacus en 73 avant J.-C. 

a. De l’évasion de Capoue à la première victoire insurrectionnelle au pied du Vésuve

Ne désirant pas trouver la mort lors d’un combat dans l’arène ou devoir tuer l’un de ses compagnons sous les yeux de l’ennemi romain, Spartacus nourrit l’espoir de se sauver du ludus capouan. Diodore de Sicile[35] nous apprend que certains gladiateurs avaient jadis refusé d’expirer en se comportant tels des êtres dociles. Pour ce faire, ils s’étaient entretués le jour où leur maître leur avait ordonné de combattre dans le théâtre ou l’amphithéâtre. Le rejet d’une mort indigne comme cause de l’évasion de Spartacus est mis en exergue par Appien[36], qui fait du Thrace, dès le début de son compte rendu des événements, le meneur de la troisième guerre servile. Le nombre total de ses compagnons diffère d’un auteur à l’autre. L’historien d’Alexandrie rapporte que soixante-dix de ses camarades décidèrent de braver la mort à ses côtés afin de tenter de recouvrer leur liberté[37]. Selon Plutarque, pas moins de deux cents esclaves de l’école de Capoue participèrent au projet d’évasion. Toutefois, seuls soixante-dix-huit d’entre eux réussirent à mener leur projet à bien avant d’être découverts[38]. Florus fait état de trente hommes[39] ; Velleius Paterculus[40] et Orose[41] de soixante-quatre ; Tite-Live[42], Frontin[43] et Eutrope[44] de soixante-quatorze. Il est intéressant de noter que Plutarque reconnaît une certaine légitimité à cette fuite collective : « Se trouvant emprisonnés, non pour avoir commis des méfaits mais à cause de l’injustice de celui qui les avait achetés et qui les forçait à combattre dans l’arène, […] ils s’enfuirent[45]. » Aux dires d’Appien, les esclaves forcèrent de concert la garde chargée de les surveiller afin de s’échapper[46]. Pour Plutarque, ils s’emparèrent de couteaux et de broches se trouvant dans la cuisine du ludus avant de s’élancer dans les campagnes environnantes.

Dans un premier temps, écrit Appien, qui qualifie les troupes en fuite de « force mobilisée à la hâte et au hasard[47] », le Thrace et ses coreligionnaires s’armèrent de simples gourdins et de dagues dérobés à quelques voyageurs. Toutefois, à la sortie de Capoue, ils s’emparèrent d’armes de gladiateurs (boucliers samnites, épées celtes et sicae thraces) stockées dans un chariot et destinées à être utilisées lors d’un combat se déroulant dans une cité voisine. Chaque fugitif récupéra les équipements les mieux adaptés aux techniques de lutte pour lesquelles il avait été formé. Ainsi Spartacus et ses hommes auraient-ils constitué une petite armée immédiatement après leur fuite du ludus. Selon É. Teyssier, ce coup de chance est crédible : « Il confirme le soin extrême que prennent les organisateurs de spectacles à ne pas réunir en un même lieu les gladiateurs et les armes tranchantes qu’ils utilisent lors des spectacles[48]. » Si cet épisode est authentique, il indique que la révolte commença vraisemblablement au printemps 73 dans la mesure où l’hiver et l’été étaient des saisons peu propices aux combats de gladiateurs. Cependant, il est possible qu’Appien ait inventé ce motif de toutes pièces afin de faire croire à son lectorat que Spartacus avait bénéficié d’une chance insensée dès son évasion.

Spartacus se dirigea vers les pentes du Vésuve, à une quarantaine de kilomètres de Capoue. Cette expédition ne passa pas inaperçue, notamment en raison du fait que les révoltés pillèrent les habitations des cités traversées. Dès lors, il fut facile pour les autorités romaines de les rattraper. Néanmoins, les milices urbaines, trop peu nombreuses et mal entraînées au maniement du glaive, furent rapidement défaites par les hommes de Spartacus, qui leur confisquèrent leurs armes. Si l’épisode du chariot contenant des équipements de gladiateurs décrit par Appien est authentique, il y a lieu de croire que les esclaves les aient alors abandonnés pour revêtir casques et cuirasses, et s’équiper des glaives et des javelots des miliciens occis[49]

Arrivés au sommet du Vésuve, les gladiateurs furent rejoints par de nombreux partisans : désormais, plusieurs milliers d’esclaves (d’origines thrace, ibère et surtout gauloise) qui rompirent leurs chaînes suivirent volontairement Spartacus. Du haut du volcan, ils pouvaient observer les cités opulentes susceptibles d’être pillées dans les jours à venir. Par ailleurs, ils choisirent trois chefs pour les guider : Spartacus, Crixus (« le frisé ») et Oenomaus (« l’ivrogne ») ; ces deux derniers fugitifs étaient des Gaulois. L’absence d’un commandement unique constitua l’une des causes de l’échec de la révolte servile. Les différents groupes conduits par Crixus[50] et Oenomaus, qui n’avaient pas vu l’utilité de former une seule et véritable unité avec les effectifs de Spartacus, ne furent pas en mesure de tenir tête aux légions disciplinées de Rome[51]. Les fuyards fortifièrent à tout le moins sans attendre leurs positions[52]. Se posa alors rapidement la question de savoir s’il fallait demeurer sur le Vésuve et défendre coûte que coûte leur nouveau domaine ou s’il était préférable de fuir avant que les légionnaires ne les évinçassent.     

Le Sénat entendait en effet mater avec diligence cette révolte de gladiateurs et d’esclaves. Toutefois, en 73 avant J.-C., l’Vrbs devait simultanément faire face à plusieurs menaces. En Hispanie, Sertorius, citoyen issu des populares et ayant rassemblé autour de lui certains marianistes avant de fuir l’Italie placée sous l’autorité de Sylla, constituait la plus grave d’entre elles[53]. Pompée, qui fut épaulé par Metellus, reçut les pouvoirs proconsulaires pour commander des légions en Hispanie afin d’écraser l’insurrection sertorienne et de mettre un terme aux guérillas conduites par des Gaulois opposés à la romanité. Parallèlement, en Asie Mineure, Mithridate VI Eupator, roi du Pont, conclut une alliance avec Sertorius avant d’entrer en guerre contre Rome. Lucullus avait pour mission de renverser le monarque oriental. Ainsi les légats chargés d’étouffer la rébellion de Spartacus ne furent-ils pas les plus expérimentés de la Res publica. De plus, leur rôle n’était guère prestigieux : comme le savaient César et d’autres jeunes citoyens ambitieux de l’époque, prendre les armes contre une bande de brigands ne permettrait pas un avancement politique ou militaire particulier.

Claudius, préteur ou simple légat[54], fut chargé de mener les opérations sur les pentes du Vésuve en 73. Bien qu’issu de l’illustre gens des Claudii et proche de Publius Claudius Pulcher, futur allié de poids de César, il ne jouissait pas d’une grande renommée parmi les trois mille soldats (une demi-légion) placés sous son commandement. Bien que qualifiés à demi-mot de tirones (« bleus ») par les auteurs anciens, ces légionnaires devaient être suffisamment nombreux pour mettre fin à la révolte des esclaves campaniens. Après avoir marché quelques jours le long de la via Appia, Claudius, arrivé près des fortifications du Vésuve, rassembla ses hommes. Une seule voie, étroite et escarpée, donnait accès au camp de Spartacus. Les multiples tentatives des légionnaires pour assiéger l’ennemi s’avérèrent vaines. Claudius décida alors de l’affamer et de l’assoiffer en empêchant tout ravitaillement par un siège. Pour ce faire, il fit creuser un profond fossé (fossa), et fit édifier sur un talus de terre (agger) une palissade en bois (uallum) autour de la partie du volcan occupée par Spartacus et ses hommes. Ces réalisations usuelles durent inspirer Crassus en 71 avant J.-C[55].

Le chef thrace eut alors une idée singulière pour sortir du blocus mis en œuvre par les Romains : il relia entre elles de longues branches des vignes parsemant un pan du plateau vésuvien[56] afin de s’en servir comme lianes pour descendre les falaises abruptes du volcan et atteindre la plaine. Tous ses hommes y parvinrent sains et saufs. Un seul esclave demeura un temps au sommet du Vésuve pour leur jeter les armes, après quoi il les rejoignit. Une fois arrivées en bas du massif, sans doute avant le lever du soleil, les troupes de Spartacus s’approchèrent du camp romain à pas feutré. Ayant sous-estimé l’adversaire, Claudius n’avait pas jugé utile de fortifier la partie arrière de celui-ci. Les insurgés purent dès lors massacrer les troupes romaines endormies. Ils s’emparèrent ensuite de leurs équipements militaires[57].

Dans le même temps, de nombreux nouveaux esclaves hostiles à leurs maîtres et à Rome ainsi qu’une poignée d’hommes libres de basse extraction (bouviers, bergers…) et, sans doute, des propriétaires dépossédés depuis la fin de la deuxième guerre punique choisirent de grossir les rangs de l’armée de Spartacus. Si ce dernier n’avait jamais songé à prendre la tête d’un convoi composé d’autant d’hommes ambitionnant d’être libres, il sut les fédérer autour de lui en prononçant un discours dans lequel il les exhortait à prendre leur destin en main, tout en fustigeant la mollesse, la lâcheté et l’immoralité de leurs anciens maîtres. Tous pratiquèrent le pillage systématique pour se nourrir et, dans une moindre mesure, s’enrichir. D’ailleurs, même s’il ne recherchait pas le profit personnel, Spartacus ne condamna jamais l’accumulation de richesses[58], qui étaient en partie destinées à payer certains marchands alliés. Nous ignorons quel sort fut réservé à Claudius, mais sans doute fut-il égorgé lors de l’assaut.  

Les gladiateurs et esclaves placés sous l’autorité de fait du Thrace se répandirent dans toute la Campanie. Ils mirent à sac Nuceria et Nola[59], dont les murailles devaient être sommaires. Cependant, la prise de cités fut rare dans la mesure où les révoltés ne disposaient d’aucun armement favorisant la poliorcétique (baliste, tour de siège…).

Le groupe hétérogène conduit par Spartacus, Crixus et Oenomaus était devenu une force armée étonnamment efficace qui démontra la capacité de ses membres à tenir tête aux légions disciplinées de Rome. En effet, après le ralliement d’une dizaine de milliers d’hommes (campaniens, samnites et lucaniens pour la plupart) qui remirent leur sort entre les mains du Thrace, il ne put se résoudre à les abandonner tous pour regagner sa patrie. Appien fait de Spartacus un chef rassembleur et juste, dont l’équité fut reconnue et admirée par ses partisans[60]. Toutefois, contrairement à ce que soutiennent les historiens marxistes[61], Spartacus n’envisagea ni d’abolir l’esclavage ni de renverser le pouvoir aristocratique car, si tel avait été le cas, il aurait fait systématiquement incendier les vastes domaines et les villas des riches propriétaires terriens campaniens, et n’aurait ni enchaîné ni tué à sa guise de nombreux prisonniers[62]. Au demeurant, dans l’Antiquité, la servitude était une norme sociale admise pratiquée dans toutes les sociétés du pourtour méditerranéen.

b. De la campagne de Varinius au projet de Spartacus de remonter vers le nord     

Le Sénat entendait venger l’affront commis par Spartacus. Il envoya dès lors le préteur Varinius Glaber, bientôt suivi de son collègue Publius Valerius, vaincre les esclaves rebelles. Toutefois, la majeure partie de leurs recrues étaient insuffisamment préparées. D’ailleurs, aux yeux d’Appien, il s’agissait davantage de conscrits levés à la hâte et d’alliés mobilisés promptement que de véritables légionnaires[63]. Ainsi les sénateurs continuaient-ils de minimiser la force de frappe de l’armée de Spartacus. Toutefois, il y a lieu de penser que les deux préteurs dirigèrent une légion entière et ses auxiliaires, soit plus de neuf mille hommes. 

Toujours est-il que Spartacus préféra quitter la Campanie pour se replier en Lucanie. Ce parcours s’explique sans doute par un triple objectif : recruter davantage de soldats ; se ravitailler ; se protéger d’une nouvelle attaque romaine. C’est à ce moment-là que le Thrace dut faire face à la première scission au sein de ses forces. En effet, Oenomaus et trois mille insurgés s’opposèrent à cette décision, et s’empressèrent d’aller aux devants de Varinius pour l’affronter. Ils furent rapidement défaits en Campanie, non loin sans doute de Nola. Crixus ayant estimé que cette rencontre avait été prématurée, la répartition ethnique au sein des fugitifs n’était pas véritablement effective.

De leur côté, Spartacus et ses soldats empruntèrent la via Popillia en direction du sud de la péninsule italienne jusqu’à Narès (Zuppino), cité située à la jonction de la Campanie et de la Lucanie. Après s’être livrés au pillage de cette bourgade, ils continuèrent leur marche dans la vallée du Tanagra. Salluste insiste sur l’opposition survenue entre Spartacus, qui prônait la retenue, et la plupart de ses hommes, lesquels firent preuve de cruauté à l’égard des habitants de la région[64]. Toujours est-il que tous quittèrent ensuite la via Popillia pour emprunter des chemins et des sentiers avec l’objectif de ne pas être repérés par l’armée romaine ; pour ce faire, sans doute limitèrent-ils drastiquement le nombre de chariots. Quelques jours plus tard, Spartacus, accompagné de guides locaux, s’engagea dans les Apennins du sud. 

Son avant-garde fut finalement repérée par les éclaireurs de Varinius. Ceux-ci défirent Furius, un des lieutenants du Thrace qui commandait deux mille soldats. Inquiets de la tournure que prenaient les événements, les fugitifs doutèrent de l’itinéraire que leur chef voulait leur faire emprunter. Cependant, ce dernier les rassura, et maintint leur cohésion. Quelques jours plus tard, Varinius cerna les esclaves de Spartacus dans les massifs montagneux séparant la Lucanie de l’Apulie. Assiégés, ils ne disposaient que de peu de vivres. Une fois encore, ils levèrent le camp durant la nuit, et usèrent d’un stratagème pour s’enfuir. Ils laissèrent à l’arrière un cornicen, et dressèrent sur des poteaux de bois enfoncés face à la porte avant du campement les cadavres vêtus et armés de leurs compagnons morts ainsi que diverses enseignes afin de donner à penser à l’ennemi qu’il s’agissait d’un poste de garde tout en créant une diversion[65]. Cet épisode témoigne tant du manque criant de vigilance des légionnaires que de la volonté des auteurs anciens d’insister sur le fait que Spartacus était incapable de vaincre l’armée romaine en la combattant loyalement.

Au matin du lendemain, Varinius[66] se rendit compte qu’il avait laissé s’échapper les fugitifs. Il envoya dès lors Lucius Cossinius[67], un de ses légats[68], et Caius Toranius[69], questeur, afin de ne pas les perdre de vue. Cossinius aurait établi son camp à Salines, non loin de Cannes, en Apulie. Il aurait alors été surpris par le chef thrace au moment même où il se baignait dans une fontaine voisine. Effrayé et dans le plus simple appareil, il décampa pour rejoindre ses hommes. À peine arrivé au camp, le Romain vit ses soldats massacrés par les forces de Spartacus, avant d’être, lui aussi, assassiné. Cette nouvelle victoire permit à ce dernier de s’emparer des étendards romains et de nouveaux armements de légionnaires. Optant en faveur de la temporisation, comme l’avait fait Fabius Maximus durant la deuxième guerre punique, le Thrace n’envisagea pas pour autant d’affronter directement Varinius. La guérilla qu’il mena contre le préteur fut une véritable « guerre des nerfs » qui mit à l’épreuve la cohésion et le moral des Romains.

La saison hivernale approchant, Varinius interrompit les opérations, tout en sommant Caius Toranius de se rendre à Rome afin de rendre compte au Sénat de ses principaux faits d’armes. Cependant, pour éviter à sa famille de connaître le déshonneur et dans l’espoir de pouvoir briguer le consulat, le préteur, à l’issue de son mandat, décida contre toute attente de combattre Spartacus. Alors que ce dernier pouvait compter sur une force d’environ cinq mille soldats, le préteur était à la tête de quatre mille légionnaires. Établis probablement dans la région de Venusia (Venosa), ces derniers s’avancèrent afin d’enfoncer les lignes ennemies et de massacrer les fugitifs, qui néanmoins résistèrent. Lors de leur seconde attaque, les légionnaires rompirent leurs rangs ; les troupes de Spartacus, qui comptaient soixante-dix mille soldats selon Appien[70], en profitèrent pour se glisser dans les failles du dispositif ennemi. Varinius, prêt à mourir sur le champ de bataille, tenta vainement de tuer le Thrace. D’après l’historien alexandrin, ce dernier tua de ses propres mains le cheval du préteur[71]. Quoi qu’il en soit, le magistrat romain fut contraint de battre en retraite. La pointe sud de la péninsule était désormais aux mains de Spartacus.

Sans doute après s’être informé sur la géographie régionale auprès de quelques révoltés au fait de celle-ci, Spartacus traversa-t-il l’Apulie afin de séjourner quelque peu non loin du golfe de Tarente, région riche en céréales. À la fin de l’année 73 ou au début de celle qui suivit, il pilla Métaponte (Metaponto), Thurium (Sibari) et Consentia (Cosenza), une zone vallonnée et boisée. Après avoir fait fabriquer des milliers de javelots et d’épées, le chef thrace prit le temps de les livrer aux derniers partisans à les avoir rejoints, et de les initier à leur maniement alors qu’ils n’avaient jusque-là pour se défendre que des pierres ou des morceaux de bois. Concomitamment, il insista pour que l’ensemble de ses soldats, cavaliers et fantassins lourds et légers, s’entraînassent régulièrement afin de ne pas sombrer dans la mollesse. Spartacus, qui combattait à cheval, dut sans doute apprendre à certains de ses lieutenants à guerroyer à dos d’équidé. Toutefois, cette initiation, réservée à ses principaux soutiens, s’avérait plus longue que celle des fantassins.

Varinius, pour sa part, fut contraint de retourner à Rome afin de présenter son rapport aux sénateurs. Seul un petit nombre de ses soldats, le plus souvent désarmés, était parvenu à le rejoindre. À l’intérieur des murailles de l’Vrbs, le climat socio-politique était délétère. En effet, les Patres s’inquiétaient de savoir ce qu’il adviendrait de la République si Spartacus n’était pas mis hors d’état de nuire. Quant à la plèbe, elle nourrissait la crainte de ne plus être approvisionnée par la Ville en blé, devenu rare à l’hiver 72 ; la Campanie et surtout la Sicile constituaient en effet de véritables greniers à céréales. Toujours est-il que les magistrats appelèrent sous les étendards de nombreuses jeunes recrues ; la vitalité démographique romaine, au même titre que sa capacité à intégrer les peuples vaincus, constituait l’un des principaux atouts de la Cité sur le plan militaire. Ces légionnaires et les auxiliaires qui vinrent les seconder furent confiés aux consuls en charge pour l’année 72 : Gellius et Lentulus. Après avoir débarqué dans le sud de la péninsule italienne, ces derniers envoyèrent des éclaireurs chargés de repérer les positions de l’adversaire, qui remplirent rapidement et efficacement leur mission[72].

De son côté, Spartacus entendait fuir en conduisant ses troupes vers les Alpes, persuadé qu’ils pourraient, après les avoir franchies, rentrer chez eux (en Gaule ou en Thrace principalement). Pour ceux qui pénétreraient en territoire helvète, il leur serait nécessaire d’acheter la confiance et l’aide des populations locales. Spartacus avait sans doute préalablement songé à faire traverser la Méditerranée par ses esclaves. Néanmoins, au risque de recourir à l’uchronie, il avait dû estimer que faire appel à des pirates ou réquisitionner des bateaux pour ce faire s’avérerait impossible eu égard au fait qu’ils ne disposeraient jamais d’un nombre suffisant d’embarcations pour mener à bien leur objectif et qu’il était dangereux d’accorder sa confiance aux brigands dépouillant marins et explorateurs de leurs biens[73]. Il lui fallait dès lors mettre ses forces en mouvement pour rejoindre la plaine du Pô puis le massif alpin. À chaque étape de son périple, il renforcerait le nombre de ses partisans, tout en les galvanisant.

Au printemps 72, alors que les consuls s’éloignaient de Rome pour affronter les esclaves fugitifs, ces derniers quittèrent le Bruttium pour remonter l’Italie, tout en prenant soin d’éviter de passer par le Latium, où les Romains les attendaient en masse pour protéger leur capitale. Le Thrace suivit la côte du golfe de Tarente jusqu’à Métaponte, avant d’obliquer vers le nord et de suivre des chemins menant aux Apennins.  

Spartacus démontra d’emblée ses qualités de stratège, et se présenta comme une figure charismatique à l’écoute de ses hommes et comme un véritable chef de guerre, tout en créant des services (logistique, renseignement et transmission de celui-ci) efficaces.

La geste de Spartacus durant la première moitié de l’année 72 avant J.-C.

a. La chute de Crixus au mont Garganus et la victoire de Spartacus sur deux consuls

Spartacus était donc fermement décidé à remonter jusqu’aux Alpes, malgré l’opposition d’une frange de l’armée fugitive, rassemblée derrière Crixus. Majoritairement composée d’Italiens, elle ne concevait pas l’idée de traverser les Apennins et de franchir ensuite le massif montagneux pour recouvrer sa liberté[74]. Il est peu probable qu’elle ait envisagé de marcher sur Rome, car, ne possédant aucune machine de siège, elle aurait été contrainte à un blocus interminable pour tenter de s’emparer de la Cité par la famine, laquelle aurait inévitablement pris les armes pour combattre l’assiégeant et rappelé les légions stationnées en dehors de l’Italie. Crixus et ses vingt ou trente mille soldats, qui n’étaient pas en conflit avec Spartacus, voulaient à tout le moins profiter de leurs forces armées pour infliger à leurs anciens maîtres les sévices qu’ils leur avaient jadis fait subir. Il y a également lieu de croire qu’ils n’entendaient pas renoncer au pillage. Cependant, du moins selon les sources dont l’historien dispose, Crixus n’a jamais exprimé le souhait de créer un État dans le sud de l’Italie où résideraient d’anciens esclaves.

Contrairement à Spartacus, Crixus avait une vision peu réaliste des événements, et se montrait cupide et parfois impulsif. C’est la raison pour laquelle il emprunta la via Appia afin d’affronter sans attendre les légions[75]. Alors que l’armée d’esclaves[76] s’était scindée, les deux consuls, qui ne semblaient pas avoir été en concurrence sur le plan politique et qui avaient sans doute été informés de la dissension au sein des troupes de Spartacus, unirent leurs forces pour lutter contre elles. Ainsi quatre légions et leurs contingents d’alliés se mirent-ils en marche pour renverser Crixus ; dans les rangs des légionnaires de Gellius figurait Caton le Jeune, alors âgé de vingt-trois ans, qui s’était porté volontaire pour sauvegarder la Res publica[77]. Face à ces quarante mille soldats, le Gaulois réunissait trente mille hommes équipés à la romaine mais moins disciplinés. Les deux armées se rencontrèrent non loin du mont Garganus, aux environs de la colonie romaine de Luceria.

Un fragment des Histoires de Salluste précise que Crixus ordonna à ses partisans de former une double ligne de bataille sur une hauteur et la défendit âprement. Il défit les forces romaines, rangées selon la triplex acies habituel, qui lancèrent quatre assauts contre les Gaulois. Toutefois, ces derniers subirent de lourdes pertes[78]. De plus, obnubilés par le pillage, ils ne songèrent pas à poursuivre l’adversaire. Il est possible qu’ils n’aient pas disposé de suffisamment de cavaliers pour le faire ; selon Florus, ils ne capturèrent que quelques chevaux sauvages[79]. Or attaquer l’ennemi de front et surtout protéger l’armée sur les ailes incombait aux cavaliers. Toujours est-il que les sources anciennes suggèrent que ces barbares ne pouvaient vaincre qu’en recourant au dolus et qu’ils s’apparentaient davantage à une bande de brigands indisciplinés et immatures qu’à des soldats aguerris. Alors que les hommes de Crixus s’enivraient dans le camp romain abandonné, les légionnaires revinrent sur les lieux, puis taillèrent en pièces les esclaves rebelles. L’Epitome 96 de Tite-Live indique que ce ne fut pas le consul qui mena l’attaque contre eux, mais le préteur Quintus Arrius. Les récits du Padouan et d’Appien[80] concordent sur le nombre de victimes dans le camp de Crixus : approximativement vingt mille hommes. Les dix mille survivants parvinrent à retourner dans les rangs des forces de Spartacus, guère éloignées de celles du Gaulois vaincu.  

Le chef thrace fut rapidement informé de la déroute de son ancien compagnon de lutte. Ne désirant toujours pas faire face aux légions romaines, il poursuivit sa route en traversant une partie du territoire samnite. Aux dires d’Appien, il comptait une force d’environ soixante-dix mille hommes lorsqu’il quitta Thurium[81], auxquels il convenait de retrancher les vingt mille soldats de Crixus vaincus au mont Garganus[82]. Il est donc raisonnable d’estimer les effectifs du Thrace à cinquante mille unités, soit une force comparable sur le plan numérique à celle des deux consuls. Il gagna la terre des Sabins, ce qui inquiéta les sénateurs, même s’ils avaient confié à Lentulus le soin de défendre l’Vrbs. Toutefois, nous l’avons vu, le chef fugitif ne nourrissait pas le projet de s’emparer de Rome. En effet, il poursuivit son périple jusqu’en Ombrie, où il affronta les légionnaires.

Arrivé aux portes de l’Étrurie, Lentulus fut informé de la victoire de Gellius. Étant donné que ce dernier devait, le plus rapidement possible, conjuguer ses forces avec celles de son collègue en remontant vers le nord, Lentulus manœuvra pour mettre un terme à l’avancée de Spartacus. Afin d’éviter d’être pris en étau, ce dernier n’eut d’autre choix que celui de combattre et de vaincre l’une des deux armées romaines avant qu’elles fissent leur jonction. Il poussa dès lors Lentulus au combat, mais le consul l’évita, en dépit du fait que les Romains sous-estimaient les capacités militaires de l’adversaire, et se limita à quelques incursions dans le campement des esclaves révoltés. Dans la mesure où Gellius, secondé par le préteur Arrius, se rapprochait à marche forcée des deux autres protagonistes, Spartacus dut agir. Fort de sa supériorité numérique, il attaqua Lentulus sur deux points afin de semer la panique dans ses rangs et l’encercler progressivement. En dépit de sa position favorable, probablement dans la région de Spolète, ce dernier essuya un cuisant échec. Parvenant à s’extraire de la tenaille spartaquiste, il permit à ses soldats encore en vie de rejoindre les forces armées de son collègue. Séance tenante les deux consuls attaquèrent le Thrace en plaine, sans succès. Ils battirent donc en retraite.

Comme Crixus, Spartacus n’eut peut-être pas à sa disposition les cavaliers nécessaires pour poursuivre les fuyards. Toutefois, il est plus probable qu’il ait rassemblé ses hommes sans attendre pour annihiler les forces de Gellius. Les fantassins écrasèrent ces dernières, qui prirent la fuite en laissant sur place la plupart de leurs armes, de leurs vivres et de leurs richesses. Dès lors, la route vers le Pô puis l’ascension des Alpes s’avérait une option réaliste pour Spartacus. En attendant, selon Appien, il célébra les funérailles de Crixus et celles de ses hommes tombés sur le champ de bataille en immolant à leurs mânes trois[83] ou quatre[84] cents prisonniers romains. Toutefois, eu égard à la distance qui séparait les environs de Luceria et la région de Spolète (environ 400 km), il est impossible que Spartacus soit allé récupérer la dépouille de son ancien compagnon gladiateur avec lequel il eut de profondes divergences en 72. Salluste présente une version des faits légèrement différente, en arguant que ces captifs durent se livrer à des luttes de gladiateurs autour du bûcher des légats et des fantassins du chef gaulois afin d’honorer leur mémoire[85]. Cette assertion est vraisemblable dans la mesure où le chef thrace chercha à s’approprier le rituel des combats de gladiateurs pour le retourner contre ses anciens propriétaires devenus des ennemis lato sensu. Ces affrontements, qui infligeaient une humiliation aux Romains vaincus et renversaient symboliquement le processus de domination formelle tout en appliquant la diminutio capitis, renvoyaient à un modèle emprunté. Il est toutefois possible que Salluste ait désiré entacher la pietas à l’égard des défunts de Spartacus afin d’en faire un contre-exemple de moralité.

b. Un changement de trajectoire inattendu

Après avoir traversé l’Ombrie, Spartacus et ses troupes arrivèrent dans la plaine du Pô. Tout en enregistrant alors plusieurs dizaines de milliers de ralliements (ils formaient une force d’environ cent mille esclaves et d’hommes libres issus de la petite paysannerie), ils s’y ravitaillèrent durant plusieurs jours. Plutarque ​​écrit que le Thrace voulait fuir vers le nord en passant par la Gaule cisalpine et renvoyer ses partisans dans leur pays d’origine[86]. Le biographe ajoute que Gaius Cassius Longinus, gouverneur de la province concernée, lança contre eux une armée composée de dix mille hommes, mais que ceux-ci furent aussitôt vaincus ; l’auteur des Vies parallèles précise que Cassius échappa de peu à la mort, mais qu’il parvint à regagner sa province. Florus situe cet affrontement à Modène[87]. Quant à Orose, il prétend que Cassius fut tué durant cette bataille[88].

Spartacus était désormais face au Pô, dernier obstacle naturel avant l’ascension des Alpes. Cependant, étrangement, il décida de faire demi-tour et de ne pas franchir le fleuve. Aucun auteur ancien ne justifie cette décision insondable mais sans doute mûrement réfléchie. Il nous faut dès lors revenir sur les principales causes avancées par les Modernes, parmi lesquelles certaines se complètent. M. Willing pense que le chef des esclaves n’avait rien prévu et que l’idée d’un véritable plan de fuite n’est rien d’autre qu’une chimère de certains historiens contemporains[89]. Ce point de vue est invraisemblable eu égard aux qualités de tacticien de Spartacus. Z. Rubinsoh[90] et J.-P. Brisson[91] considèrent que le chef thrace renonça à traverser les Alpes en raison du fait que la majeure partie de ses effectifs aient été des Italiens, et que ceux-ci ne désiraient pas quitter leur patrie. Cette thèse nous paraît peu fondée, dans la mesure où Spartacus aurait eu l’occasion d’abandonner le sol italien seul ou avec plusieurs milliers d’esclaves, et qu’il était déjà sur les rives du Pô après avoir marché plusieurs mois à travers toute la péninsule. Par ailleurs, les hommes libres présents dans les rangs de l’armée fugitive étaient peu nombreux et n’auraient jamais bénéficié du pardon des autorités romaines. 

D’autres Modernes prétendent que ce fut le débordement du Pô qui justifia ce revirement de situation[92]. Ils appuient leur thèse sur le fait que le Thrace et les siens ne trouvèrent aucune véritable embarcation pour franchir le fleuve et que les habitants des bourgades avoisinantes s’étaient retranchés derrière leurs remparts afin de ne les aider d’une quelconque manière. Cette hypothèse est crédible si Spartacus aborda les rives du cours d’eau aux alentours du mois de mai, lorsque la fonte des glaces provoquait des inondations. Néanmoins, nulle source ne précise à quel moment il y parvint. Toutefois, au moins deux mois furent nécessaires pour rejoindre le Pô depuis Thurium (1200 km) en raison des chemins escarpés qu’il emprunta et du conflit qu’il livra contre l’armée de Cassius. Dès lors, la thèse selon laquelle les esclaves n’auraient pas été en mesure de traverser le cours d’eau en raison de son débit n’est pas invraisemblable, d’autant plus que le fleuve comptait de nombreux affluents vers l’ouest, près de Plaisance et de Parme, deux cités romaines solidement défendues.

Toutefois, nous inclinons à penser que Spartacus avait été informé du fait que les Romains avaient positionné des légionnaires de l’autre côté des Alpes, en Gaule transalpine. Le gouverneur de cette province, le propréteur Fonteius, dut lui-même demander des renforts à Pompée, dont le séjour en Hispanie touchait à sa fin. Ainsi le passage à travers le massif montagneux, en plus de mettre à mal le moral et le physique de nombre de ses soldats, aurait-il été grandement compromis. Par ailleurs, la traversée réussie n’aurait pas forcément garanti le recouvrement de la liberté du Thrace. Au demeurant, les auteurs grecs et latins n’auraient pas jugé utile de faire état de ces préparatifs romains dans la mesure où ils s’apparentaient à l’embuscade, et donc, à la fraus.

En tout état de cause, Spartacus et ses hommes firent demi-tour. Aux dires d’Appien, le Thrace et son armée, composée de cent vingt mille fantassins après la victoire contre Cassius, prirent avec diligence le chemin de Rome. L’historien alexandrin[93] et Florus[94] suggèrent que Spartacus entendait alors mener une guerre contre l’Vrbs elle-même. Cette affirmation est sujette à caution, car, nous l’avons vu, Spartacus était conscient de ne pouvoir en aucun cas s’emparer de la capitale romaine. Appien et Florus se fondent vraisemblablement sur une source commune reflétant les craintes romaines exprimées tout au long de la troisième guerre servile. Nous inclinons donc à penser que l’incapacité du Thrace à franchir le Pô ne pouvait pas le conduire à changer radicalement de projet et à prendre le risque d’apparaître sous les murailles de la capitale romaine.

Spartacus s’engagea sur la via Aemilia, et marcha jusqu’à l’Adriatique pour rejoindre le Picenum, région riche en blé et en vignobles, avec peut-être pour objectif de rejoindre l’Épire par mer[95]. Cet itinéraire renforce l’hypothèse selon laquelle il n’envisagea jamais de franchir les murailles de Rome. Durant l’été 72, un affrontement dans le Picenum opposa les fugitifs et les consuls, qui connurent une nouvelle déroute. Spartacus, éreinté mais confiant, demeura quelque temps dans cette région pour s’y reposer et réfléchir à la suite à donner à son engagement contre l’Vrbs.

Quelque temps plus tard, Marcus Licinius Crassus, l’un des citoyens les plus riches de Rome ambitionnant de briguer la plus haute fonction de l’État[96], se porta volontaire pour mettre un terme à la question spartaquiste[97]. Ce général et ancien préteur fils de censeur respecté avait placé sous son commandement plusieurs milliers d’hommes afin de soutenir Sylla face à Marius. Comme de nombreux syllaniens, il tira grand profit des premières proscriptions pour confisquer de nombreux domaines et biens immobiliers, ce qui fit de lui un riche propriétaire terrien susceptible d’acheter la fidélité des légionnaires[98]. En plus d’être à Rome au moment des faits, Crassus bénéficiait du soutien de plusieurs sénateurs influents. Ces raisons incitèrent le Sénat à le désigner pour diriger la guerre contre Spartacus.

Les troupes commandées par Crassus étaient disciplinées et lui accordaient une confiance sans faille[99]. Le premier objectif du Romain était d’empêcher l’accès au Latium à son adversaire, même si, nous l’avons vu, il n’est pas certain que Spartacus eût jamais envisagé d’emprunter pareil itinéraire. Pour ce faire, il opéra la jonction de ses troupes avec celles des consuls, puis prit position en avant du Picenum pour y attendre le Thrace, qui dirigeait sa marche vers cette région.

Spartacus refusa de se livrer à des combats dans l’arène ayant pour seul but de ravir le peuple romain, indirectement responsable de sa privation de liberté. Il démontra ses qualités de chef de guerre, notamment en remportant plusieurs victoires sur les légionnaires et en fédérant la majeure partie de ses troupes autour de lui, tout en réveillant régulièrement leur courage. Crassus, dont la richesse était proverbiale, parvint à le renverser parce que les effectifs du Thrace n’étaient pas suffisamment nombreux pour vaincre les siens et que sa stratégie, du moins, après le renoncement du franchissement des Alpes, s’était avérée rudimentaire. Au surplus, aucune cité n’avait collaboré avec lui. Enfin, les facteurs socio-culturels et l’absence d’unité au sein de leurs effectifs justifièrent l’échec des esclaves révoltés. Spartacus, s’il fut un chef de guerre unanimement reconnu par les auteurs anciens, n’exprima jamais le souhait de devenir roi, notamment parce qu’il n’avait aucun territoire sous son autorité et qu’il était à la tête d’une armée presque constamment en mouvement.  Toutefois, il n’était pas un humaniste résolu à mettre un terme à l’esclavage. Son objectif originel était (sans doute) de retourner dans sa patrie en quittant l’Italie. Par ailleurs, les esclaves placés sous son autorité ne constituaient ni une population homogène ni une classe sociale unie. Ainsi le mythe pénétra-t-il l’Histoire tout en la déformant. Toujours est-il qu’au fil des mois, Spartacus, excellent tacticien qui brilla par son courage, tenta de délivrer ses compagnons d’infortune du joug esclavagiste, et qu’il mourut en homme libre.


  • [1] Sur la gladiature, voir : Dario Battaglia et Luca Ventura, De rebus gladiatoris, Bergame, Ars dimicandi, 2010 ; Anne Bernet, Histoire des gladiateurs, Paris, Tallandier, 2014.
  • [2]À l’époque de Spartacus, la gladiature pouvait être qualifiée d’« ethnique » (Gaulois, Thraces…), les spectacles virils ayant pour objectif de représenter l’ennemi défait dans l’arène du vainqueur ; la plus ancienne armatura (panoplie d’armes) fut celle des Samnites. Ainsi le rétiaire, le mirmillon et le secutor n’étaient-ils pas encore connus. Nombre de Gaulois du sud se retrouvèrent en Campanie sous l’autorité de différents maîtres-négociateurs qui devaient convaincre certains notables locaux de leur acheter les hommes qu’ils entraînaient quotidiennement dans leurs écoles de gladiature (ludi). Liv., 9, 40, 17 ; Varr., Agr., 1, 17.
  • [3] Deux premières guerres serviles se déroulèrent entre 135 et 132 avant J.-C., et entre 104 et 101 avant J.-C., et eurent pour théâtre la Sicile, île riche en blé et comptant une multitude d’esclaves. Ces deux révoltes, respectivement organisées sous l’autorité d’Eunus et de Tryphon, chefs parvenus à fédérer nombre de mécontents autour d’eux, notamment en raison de leur réputation de mage, étaient bien connues des Romains contemporains de Spartacus. L’assassinat d’un esclave était très rare, car il entraînait de facto une réduction de la main-d’œuvre gratuite disponible et amenuisait le patrimoine du dominus (« maître »).  Keith Bradley, Slavery and Rebellion in the Roman World, 140 BC-70 BC, Indianapolis, Indiana University Press, 1998, 2e éd. ; John Brown, Spartacus, Nottingham, Warhammer Historical Wargames, 2004.
  • [4] Sall., Hist., 3, 4.
  • [5] Flor., 3, 21.
  • [6] Plut., Crass. ; Pomp. ; Cat. Min.
  • [7] App., BC, 1, 14.
  • [8] Ce ne fut que sous l’Empire que les esclaves, devenus plus rares et donc plus chers, furent moins mésestimés par la littérature et les citoyens.
  • [9] Liv., Per., 95-97.
  • [10] Charisius, Artis grammaticae, 1, 33, 19.
  • [11] Vell., 2, 30.
  • [12] Plin., Nat., 11, 125 ; 33, 134.
  • [13] Eutr., 6, 6.
  • [14] Or., 4, 7, 12.
  • [15] Athénée, Deipnosophistes, 6, 21.
  • [16] Sall., Hist., 3, 296.
  • [17] Plin., Nat., 23, 14.
  • [18] Plut., Crass., 8.
  • [19] Pour Plutarque (Crass., 8, 3), Spartacus était un tou nomadikou genous. Les Modernes ont généralement traduit cette formule soit par un « Thrace né au sein du peuple des Nomades », mais ce nom de peuplade serait un hapax, soit un « Thrace numide », ce qui n’a aucun sens dans la mesure où l’on ne pouvait être Thrace et Numide à la fois. De son côté, Konrat Ziegler (« Die Herkunft des Spartacus », Hermes, 83, 1955, p. 248-250) propose de modifier le manuscrit afin de lire tou Maidikou genous au lieu de tou nomadikou genous, car le peuple des Maides est attesté en Thrace. Toutefois, il semble préférable de conserver l’expression originelle et de la traduire par l’expression « un Thrace venant d’un peuple nomade », eu égard au fait que nombre d’habitants thraces étaient nomades.
  • [20] Diod., 12, 31, 1 ; 36, 1 ; 16, 93, 1.
  • [21] Thuk., 2, 101, 5.
  • [22] ILS, 1986.
  • [23] F. Münzer, qui se fonde sur le témoignage d’Étienne de Byzance (583, 11), un érudit du VIe siècle, argue qu’une ville thrace aurait reçu le nom de Spartacus. Toutefois, ses écrits constituaient une source peu fiable.
  • [24] Flor., 3, 20, 8.
  • [25] App., BC, 1, 116.
  • [26] Éric Teyssier, Spartacus, Paris, Perrin, 2012, p. 32.
  • [27] Charisius, Artis grammaticae, 1, 33, 19.
  • [28] Plut., Crass., 8.
  • [29] Plutarque (Crass., 8, 3) ajoute une dose de merveilleux à son récit : « On raconte que la première fois qu’il [Spartacus] fut mené à Rome pour y être vendu, on vit, pendant qu’il dormait, un serpent entortillé autour de son visage. Sa femme […] déclara que ce signe annonçait à Spartacus un pouvoir aussi grand que redoutable et dont la fin serait heureuse. »
  • [30] Plut., Crass., 8, 3. Plusieurs femmes esclaves, travaillant au service de Batiatus et sans doute associées à la pratique de rituels divinatoires, comme ce fut le cas lors d’autres mouvements serviles, se joignirent aux insurgés ; parmi celles-ci figurait l’épouse de Spartacus. Cependant, nous ignorons le rôle que cette dernière joua durant la geste spartaquienne. Voir : Masaoki Doi, « Female Slaves in the Spartacus », Mélanges Pierre Lévêque, Paris, CNRS, p. 161-172.
  • [31] Varr., Dig., 41, 2, 3.
  • [32] Le terme de « laniste » vient du vocable latin leno, qui signifie « le boucher ».
  • [33] Yann Le Bohec, Spartacus, chef de guerre, Paris, Tallandier, 2016, p. 35.
  • [34] Spartacus est désigné comme gladiator dans les textes latins et comme monomachos dans la littérature grecque, termes ne désignant nullement une catégorie de gladiateurs en particuliers.
  • [35] Diod., 36, 10, 1.
  • [36] App., BC, 1, 116.
  • [37] App., BC, 1, 116.
  • [38] Plut., Crass., 8, 2.
  • [39] Flor., 3, 20, 3.
  • [40] Vell., 2, 30, 5.
  • [41] Or., 5, 24, 1.
  • [42] Liv., Per., 95.
  • [43] Frontin., 1, 5, 21.
  • [44] Eutr., 6, 7, 2.
  • [45] Plut., Crass., 8, 2-3.
  • [46] App., BC, 1, 116.
  • [47] App., BC, 1, 116.
  • [48] Éric Teyssier, Spartacus, Paris, Perrin, 2012, p. 80.
  • [49] Plut., Crass., 8, 3 ; App., BC, 1, 116.
  • [50] Contrairement à Spartacus, Crixus avait une vision peu réaliste des événements, et se montrait cupide et parfois impulsif.
  • [51] App., BC, 1, 116 ; Plut., Crass., 9, 6.
  • [52] La configuration du Vésuve en 73 avant J.-C. différait de celle de 79 après J.-C., lors de son éruption.
  • [53] Arthur Keaveney, Sulla: the last Republican, Londres, Routledge, 2005.
  • [54] Tite-Live l’appelle Claudius Pulcher ; Frontin, Plutarque et Appien parlent de Clodius ; Florus et une inscription (MMR, 2, 109) le mentionnent sous le nom de Clodius Glaber. Il fut préteur selon Plutarque et légat selon Tite-Live.
  • [55] La topographie des lieux et l’hiver dictèrent à Crassus la marche à suivre pour renverser le Thrace : affamer l’ennemi, qui n’avait plus rien à espérer de la mer, et qui pouvait difficilement survivre dans cette région et en cette saison sans provisions, en le bloquant derrière un long rempart. Le préteur nourrit l’espoir de mettre fin à la révolte servile avant le début du printemps 71 et l’arrivée des forces pompéiennes. Liv., Per., 97 ; Plut., Crass., 19, 2.
  • [56] L’archéologie et l’iconographie (cf. le laraire de la Maison du Centenaire de Pompéi) nous renseignent sur la fertilité des pentes du Vésuve. Pourtant, Strabon (5, 4) indique que le sol du volcan était relativement stérile.
  • [57] App., BC, 117.
  • [58] App., BC, 117.
  • [59] Flor., 2, 8, 5.
  • [60] App., BC, 117.
  • [61] Aldo Schiavone, Spartaco : le armi et l’uomo, Rome, Einaudi, 2016² ; Daniele Foraboschi, « La rivolta di Spartaco », dans Arnaldo Momigliano et Aldo Schiavone (dir.), Storia di Roma, Rome, Einaudi, 1990, 1, p. 715-724.
  • [62] Les abolitionnistes de l’esclavage, empreints de romantisme révolutionnaire, en firent la figure centrale de leur combat. K. Marx, K. Liebknecht, R. Luxembourg et Lénine, non dénués de sentimentalisme anachronique, le présentent comme le premier marxiste opposé à la lutte des classes et à l’économie esclavagiste.
  • [63] App., BC, 117.
  • [64] Sall., Hist., 3, 96.
  • [65] Sall., Hist., 3, 96 ; Frontin., Strat., 1, 5, 22.
  • [66] MMR, 2, 109 ; 119.
  • [67] MMR, 2, 110.
  • [68] MMR, 2, 112.
  • [69] MMR, 2, 110.
  • [70] App., BC, 1, 116.
  • [71] App., BC, 1, 116.
  • [72] App., BC, 1, 116.
  • [73] Claude Sintes, Les pirates contre Rome, Paris, Les Belles Lettres, 2016, p. 70-82.
  • [74] Sall., Hist., 3, 96.
  • [75] Sall., Hist., 3, 96.
  • [76] Pour un Romain l’expression « armée des esclaves » était un oxymore. En effet, en raison de leur statut, ces individus ne pouvaient pas s’enrôler dans l’armée.
  • [77] Caton le Jeune brilla lors de cet affrontement, mais refusa les récompenses qu’on lui proposa.
  • [78] Sall., Hist., 3, 106.
  • [79] Flor., 3, 20, 7.
  • [80] App., BC, 1, 116.
  • [81] App., BC, 1, 117.
  • [82] Liv., Per., 96 ; App., BC, 1, 116 ; Plut., Crass., 9, 6.
  • [83] App., BC, 1, 117.
  • [84] Or., 5, 24, 3.
  • [85] Sall., Hist., 3, 106.
  • [86] Plut., Crass., 9, 5-6.
  • [87] Flor., 3, 20, 7.
  • [88] Or., 5, 24, 4.
  • [89] Matthias Willing, “Spartacus und der ‘Heimkehrplan’ der Sklaven”, Das Altertum, 38, 1992, p. 29-38.
  • [90] Zack Rubinsohn, “Was the Bellum sparticum a servile insurrection ?”, Rivista di Filologia, 99, 1971, p. 209-299.
  • [91] Jean-Paul Brisson, Spartacus, Paris, CNRS éditions, 1959, p. 212-214.
  • [92] Éric Teyssier, Spartacus, Paris, Perrin, 2012, p. 210-211.
  • [93] App., BC, 1, 117.
  • [94] Flor., 3, 20, 11.
  • [95] Nic Fields, Spartacus and the Slave War 73-71 BC. A gladiator rebels against Rome, Londres, Osprey, 2009, p. 74.
  • [96] Vell., 2, 46, 2 ; Plut., Crass., 2, 1.
  • [97] Bruce Marshall, Crassus: A Political Biography, Amsterdam, Hakkert, 1976.
  • [98] Plin., Nat., 33, 134.
  • [99] À en croire Appien (Crass., 10, 2-3 ; App., BC, 1, 118), le général rassembla six nouvelles légions, soit environ trente mille soldats, parmi lesquels autant de vétérans que de nouvelles recrues ; le contingent de socii (« alliés ») doubla ce nombre.