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Mobiliser l’utopie : le Projet du Siècle vu par ses concepteurs (1971-1975)*.

Mathieu Roy
Acte de colloque, 5e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2020
Le présent article s’intéresse à la planification initiale de la phase 1 du projet de la Baie-James au regard des ambitions de ses concepteurs. À travers les déclarations des administrateurs du projet et des responsables politiques, nous verrons quelles représentations sociales ont été mobilisées afin de projeter dans le Nord une forme idéale de société, qui prend souvent des airs d’utopie. En plus d’être imputable à la transition que vit le Québec vers la modernité avancée, j’avance que la planification du projet a fortement été teintée par les débats entourant l’utilisation du nucléaire et par de nouvelles théories développementales mises de l’avant par les administrateurs des sociétés d’État de l’époque. En somme, les structures d’aménagement créées pour prendre en charge l’administration territoriale reflètent de nouveaux modes de pensée, en plus de s’inscrire dans un univers métasocial que les administrateurs et responsables politiques reproduisent tout autant qu’ils promeuvent.

Le « Seth asiatique » de Ramsès II, origine et justification d’un culte

Véronique Lacroix
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2019
Seth fut longtemps considéré par les anciens Égyptiens comme étant un dieu négatif dont il fallait se méfier. Il est donc étonnant de voir l’importance que prend le culte de ce dieu sous le règne de Séthi I (1290-1279 av. J.-C.) et de son fils Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.), qui ira jusqu’à lui dédier une stèle, « la stèle de 400 années de règne ». Encore plus étonnant est le fait que le Seth vénéré par Ramsès II est représenté avec de nombreuses caractéristiques normalement associées aux dieux asiatiques. Seth fait partie de l’Ennéade, divinités primordiales de l’Égypte ancienne. Il est également connu pour être le dieu dynastique de la famille de Ramsès II. Cependant, durant le règne de ce célèbre souverain, il en vient à être adoré alors qu’il revêt des attributs et des caractéristiques étrangères. Or, les anciens Égyptiens sont réputés pour être méfiants des peuples étrangers en général, particulièrement envers ceux originaires d’Asie. L’article suivant remontera donc aux origines de l’arrivée des peuples asiatiques en Égypte afin d’expliquer comment et pourquoi les cultes asiatiques sont arrivés dans ce pays. Puis, en dernier lieu, il abordera les avantages pour Ramsès II d’adopter le culte de ce dieu résultant d’un métissage culturel.

« Gens de guerre lansquenetz, protestants et hérétiques »: culture discursive et pratiques confessionnelles

Nicolas Handfield
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2019
Cet acte de colloque se consacre à la culture langagière et religieuse des lansquenets, dont l’étude du blasphème fait le lien. Ces deux pratiques sont ici regroupées non seulement parce qu’elles constituent les fondements de l’identité individuelle et collective de ce groupe, mais aussi parce qu’elles sont systématiquement relevées dans les sources. C’est donc probablement d’abord elles qui font la singularité du lansquenet dans le paysage militaire du début du XVIe siècle, pour des contemporains incapables le plus souvent de distinguer les différents patois allemands et dans une société marquée par une forte religiosité.

« Messieurs les Anglais, veuillez tirer les premiers » : l’expérience de la guerre au siècle des Lumières (1715-1789)

Philipp Portelance
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2019
Le siècle des Lumières, siècle de raison et de cosmopolitisme, serait ainsi une période militairement peu importante, ou encore un « intervalle décoratif entre les guerres de Religion et […] l’industrialisation du XIXe siècle[4] ». Le XVIIIe siècle est parfois même vu comme une période moins violente entre les guerres du Roi-Soleil et celles, que certains disent totales[5], de la Révolution et de l’Empire. Au regard de celles-ci, en effet – de leur extension et de la conscription qu’elles instaurent en France[6] –, l’historiographie a longtemps présenté les guerres du siècle précédent comme limitées. Il s’agirait d’une guerre de convenance, d’une « querelle de voisinage », voire d’une affaire de famille, comme dans le film de Gérard Krawczyk Fanfan la Tulipe.

Les mariages irlandais catholiques à Montréal : 1815-1834

Jonathan Dechesne
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie Fecteau, mars 2019
Lors de la Grande Famine, plus de 100,000 Irlandais débarquent à Québec alors que durant le premier tiers du XIXe siècle, ils sont plusieurs autres milliers à venir s’installer en Amérique du Nord britannique[1]. De nombreuses études, publiées au cours des dernières années et basées sur des sources journalistiques, administratives ou gouvernementales, ont souligné l’importance de la diaspora irlandaise dans les deux Canadas ainsi que dans les provinces maritimes[2]. Bien que plusieurs chercheurs soulignent que Montréal accueille de plus en plus d’Irlandais vers 1815, peu se sont penchés plus en profondeur sur le sujet. Nous savons qu’ils sont présents à Montréal, mais comment les retrouver? Et, surtout, qui sont-ils plus précisément?

Entre savoir profane et révélation : la pratique exégétique de Roger Bacon

Gabriel Bellerose-Blais
Acte de colloque, 4e édition du colloque Jean-Marie-Fecteau, mars 2019
Philosophe et exégète, Roger Bacon a probablement étudié dans le milieu moins contraignant de l’université d’Oxford, qui ne connut jamais d’interdit aristotélicien. Devenu maître en Arts à Paris au cours des années 1240, celui-ci est parmi les premiers à y enseigner les libri naturales après la bulle parens scientiarum. Depuis le XIXe siècle, Bacon a souvent été perçu comme un précurseur de Galilée et de la modernité scientifique, notamment en raison de son intérêt pour l’expérimentation. De plus, son œuvre, très polémique, paraît traduire un conflit avec la plupart de ses contemporains, qu’ils soient philosophes ou théologiens.

Des districts aux sections : Diviser le territoire parisien sous la Révolution (1789-1790)

Gabriel Cotte
La Révolution française redéfinit drastiquement les cadres territoriaux de Paris. Dès le 14 juillet 1789, les 20 quartiers de police et les 16 quartiers municipaux sont effacés et remplacés par les 60 districts ; ils seront eux-mêmes retracés en 48 sections en juin 1790. À la fois lieu d’assemblée des citoyens et circonscription électorale, ces nouveaux quartiers représentent un des socles de la construction de la citoyenneté parisienne. Cet article propose d’analyser la transition des districts aux sections afin de comprendre l’impact des principes et des pratiques induits par la Révolution sur les réformes territoriales de la capitale. Pour ce faire, nous mobilisons un corpus de sources constitué des mémoires et réflexions produits par les districts concernant la formation des sections. Nous pouvons alors rendre compte de la perception des citoyens parisiens du territoire urbain et des fonctions qu’ils tenaient à lui attribuer.

Itinéraire d’une collection Égyptienne : Le « Grand Tour » de James Ferrier en Égypte (1859)

Guillaume Sellier
En 1859, l’imminent politicien et entrepreneur montréalais James Ferrier rentra d’un voyage familial en Orient avec une imposante collection d’artéfacts, aujourd’hui conservée par le musée Redpath de l’Université McGill à Montréal. Cette collection, composée d’environ 170 pièces provenant d’Égypte, reflète toute l’admiration historico-religieuse et l’intérêt scientifique que portaient J. Ferrier et ses contemporains pour l’antique civilisation pharaonique. Cette courte étude, qui s’intéresse principalement au matériel inscrit (fragments hiéroglyphiques et statuaires), apporte des résultats de recherche préliminaires et quelques réflexions quant au trajet de J. Ferrier en Égypte et aux modalités de collecte de certaines pièces.