Une réaffirmation de la diplomatie canadienne ? Le processus de rapatriement des civils canadiens à Hong Kong durant la Deuxième Guerre mondiale (1941-1943)

JULIEN LEHOUX
Université du Québec à Montréal/Université de Montréal

Résumé
À la défaite des Alliés à Hong Kong, le 25 décembre 1941, quelque 73 Canadiens sont mis en internement dans le camp de Stanley. À cette époque, le Canada est une puissance diplomatique mineure qui nécessite l’appui de l’un ou l’autre de ses alliés : la Grande-Bretagne et les États-Unis. De fait, lors des négociations avec le Japon pour un échange de prisonniers de guerre, c’est Londres qui prend d’abord en charge la représentation diplomatique du Canada. Cependant, au courant de l’année 1942, les intérêts britanniques divergents de ceux du gouvernement canadien et ceux-ci font le choix de se tourner vers les États-Unis pour procéder aux échanges. Cet article argumente ainsi que ce changement de cap constitue une réaffirmation de l’approche canadienne dans la guerre du Pacifique alors qu’Ottawa s’éloigne de son allié traditionnel et s’engage davantage sur ce front par la suite en collaborant avec les États-Unis.

Mots-Clés

Plan

  1. Le Canada, ses alliés et leur approche de la situation japonaise
  2. Vers un second rapatriement
  3. Continuer les négociations

En décembre 1941, à la suite de la victoire japonaise contre les Alliés à Hong Kong, la population occidentale est immédiatement détenue et mise en internement dans différents camps établis dans la région[1]. Les quelque 2 000 soldats canadiens, rescapés de la bataille, sont ainsi emprisonnés au camp de Sham Shui Po, où ils y resteront pour le reste de la guerre. Quant aux civils occidentaux, dont plusieurs citoyens canadiens, ils sont transportés au camp de Stanley. Dès le mois suivant, les Alliés tentent du mieux qu’ils peuvent de rassembler le plus d’informations possible concernant le camp et la santé de leurs citoyens dans le but de procéder à un échange potentiel de prisonniers de guerre avec le Japon. Si le gouvernement canadien participe à la collecte de données à l’issue de la bataille de Hong Kong, il intervient peu dans les négociations avec le Japon et laisse plutôt la Grande-Bretagne, son allié traditionnel, s’en occuper. Cependant, en suivant les informations fournies par les internés américains, rapatriés lors d’un premier échange au courant du mois de juin 1942, et par la Croix-Rouge, peu de temps après, Ottawa conclut que la situation est plus dramatique qu’envisagée[2]. Les civils canadiens ne sont pas seulement mis en internement. Elle se retrouve réellement en danger parce que les conditions du camp de vie dans le camp sont pitoyables et parce que les gardes japonais sont ouvertement hostiles envers les détenus. En conclusion de ses recherches, le gouvernement canadien cherche alors un moyen de rapatrier ses citoyens prisonniers à Stanley Camp le plus rapidement possible.

Les principaux travaux historiques sur le sujet, menés par P. Scott Corbett et Bruce Elleman, étudient le rôle des États-Unis dans ses discussions avec le Japon. Leurs recherches décortiquent aussi en détail les modalités de ces échanges et mettent en lumière la complexité d’une telle démarche en période de guerre. Si quelques publications se sont concentrées sur les échanges menés en parallèle par la Grande-Bretagne, aucun spécialiste ne s’est penché sur le rôle du Canada. Comment le Canada a-t-il procédé pour faire rapatrier ses citoyens ? De quelle façon a-t-il réaffirmé son approche vis-à-vis l’internement de ses citoyens ? Pour l’historien John D. Meehan, le Canada est avant tout un acteur d’arrière-plan qui ne fait que suivre les initiatives de l’un de ses alliés — la Grande-Bretagne et les États-Unis. Nous argumentons ainsi que le Canada procède toujours sous cette dynamique au moment des négociations. En effet, Ottawa a très peu de moyens pour discuter directement avec Tokyo et a besoin que l’un de ses alliés le représente dans les négociations. Suivant d’abord les initiatives de la Grande-Bretagne, le Canada agit comme un acteur passif qui fait entièrement confiance à son allié. Cependant, lorsque la Grande-Bretagne va à l’encontre des intérêts des internés canadiens, Ottawa réoriente rapidement sa politique afin de pouvoir se joindre aux négociations menées par les États-Unis au courant de l’année 1942. De ce fait, lorsque nous nous référons à une réaffirmation de la diplomatie canadienne, nous désignons plutôt ce changement dans la représentation diplomatique qui signifiera, par la suite, à un changement d’attitude complet du gouvernement de Mackenzie King dans les négociations avec le Japon. Cet article est divisé en deux sections qui cherchent à analyser les démarches entreprises en vue d’échanges de prisonniers de guerre par les deux pôles diplomatiques principaux, la Grande-Bretagne et les États-Unis, au courant des années 1942 et 1943. Dans la première section, nous verrons que le Canada reste un acteur mineur sur le plan diplomatique en Asie et qu’il est complètement dépendant de la Grande-Bretagne sur ce front. Cela se poursuit au cours du printemps 1942, lorsque Londres cherche à procéder à un premier échange de prisonniers. Le Canada se retrouve alors à jouer un rôle passif en espérant que le retour de ses civils soit inclus dans l’ordre du jour des négociations anglo-japonaises. Cependant, nous verrons que les objectifs poursuivis par Londres vont de plus en plus à l’encontre des intérêts du gouvernement canadien. En conséquence, et comme nous l’étudierons dans la deuxième partie de cet article, le Canada se voit forcer à se tourner vers les États-Unis pour assurer le retour de ses citoyens. Ce changement de cap constitue une modification dans l’attitude canadienne : de la passivité à une approche interventionniste. Dans le cadre de cette recherche, nous nous sommes servis de divers documents gouvernementaux produits par les Alliés et recueillis dans les archives canadiennes et britanniques.

1. Le Canada, ses alliés et leur approche de la situation japonaise

À partir de septembre 1940, après l’occupation de l’Indochine française, le Japon devient une menace de plus en plus concrète pour les nations occidentales. La Grande-Bretagne, les Pays-Bas et les États-Unis organisent donc une série de rencontres : à Singapour, à Londres et à Washington. Lorsque ces dernières sont annoncées, l’administration de Mackenzie King déclare d’emblée de jeu qu’elle se range derrière la Grande-Bretagne en cas d’agression japonaise sur ses colonies en Asie[3]. En revanche, malgré cette déclaration, le Canada n’est pas particulièrement interpellé durant les discussions. C’est sans mentionner que son invitation aux rencontres ne vient que dans un second temps. En effet, la Grande-Bretagne cherche surtout à recueillir l’avis de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et des autres membres du Commonwealth présents en Asie et en Océanie. Après tout, ils risquent d’être directement concernés par les actions japonaises et sont plus à même d’agir militairement[4]. En conséquence, l’invitation du Canada aux discussions intervient seulement lorsque celui-ci proteste face au gouvernement britannique de ne pas avoir été convié[5].

La participation du Canada dans ces rencontres est très marginale. D’ailleurs, certains membres du gouvernement canadien doutent eux-mêmes de la pertinence de la présence canadienne durant les discussions à Singapour[6]. On cite comme raisons sa quasi-absence militaire en Asie et son manque de capacité physique d’y agir en cas de conflit. Plus concrètement, on note aussi le peu d’intérêt à envoyer un représentant canadien à Singapour. En effet, alors que la conférence débute le 22 octobre 1940, le représentant envoyé par Ottawa ne prévoit arriver sur place qu’une semaine plus tard, à cause des nombreux retards accumulés durant le voyage[7]. Le Canada se voit également écarté des discussions durant les deux autres rencontres prévues. À la fin octobre, à Londres, les États-Unis ne demandent pas l’avis des dominions et préfèrent discuter directement avec la Grande-Bretagne[8]. À cet effet, le gouvernement canadien rappelle à Londres qu’aucune mesure n’a été prise pour le représenter durant les discussions et qu’ils aimeraient en faire partie[9]. Réponse leur est faite que ces discussions sont censées avoir un caractère préliminaire en attendant la conférence à Washington et que la présence d’un représentant canadien à Londres n’est pas requise[10]. Le Canada est finalement convié lors de la dernière rencontre à Washington. Toutefois, à ce stade de la guerre, les États-Unis ne semblent pas se concentrer sur le front asiatique et les discussions ne mènent à rien. Selon le colonel britannique Ian Jacob, les Américains ont commencé ces discussions à un moment où ils étaient inquiets de la situation en Asie[11]. En revanche, après la conférence à Washington, les États-Unis semblent voir le théâtre européen comme le vrai centre du conflit et préfèrent en finir au plus vite avec ces rencontres concernant l’Asie[12]. Cela aboutira à la stratégie de « Germany first » qui définit la stratégie globale de Washington durant la Deuxième Guerre mondiale[13].

De même, les États-Unis ne sont pas convaincus que la Grande-Bretagne et les membres du Commonwealth puissent remporter une guerre contre le Japon à eux seuls[14]. À ce moment-là, le Canada s’est engagé à protéger la côte nord-américaine du Pacifique, en signe de solidarité militaire avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le gouvernement canadien admet toutefois que « the defence against Japan in the North Pacific Ocean falls wholly to the United States »[15]. Cependant, pour le premier ministre Mackenzie King, il est important de montrer à la population canadienne que son gouvernement agit en solidarité avec la Grande-Bretagne plutôt qu’avec les États-Unis[16]. La participation canadienne sur le plan militaire et diplomatique est ainsi plutôt symbolique tandis que le gouvernement tente de démontrer son utilité auprès du Commonwealth sur une question qu’il juge sincèrement préoccupante : « I regard our attitude toward Japan as the most important of all the matters to be considered since war itself began »[17].

La fidélité du Canada vis-à-vis de la Grande-Bretagne ne change pas durant les premiers mois de la guerre. Après tout, l’envoi des troupes canadiennes à Hong Kong cadre directement avec cette logique. La perspective du gouvernement King ne change pas non plus au lendemain de la chute de Hong Kong, lorsque Tokyo et Washington commencent les négociations en vue d’un échange de prisonniers de guerre. À cet effet, Ottawa est invité par Washington à faire partie des discussions dès le début[18]. S’il décide d’accepter de se joindre aux États-Unis, c’est principalement pour des raisons pratiques. En effet, le gouvernement canadien ne s’est pas engagé à prendre beaucoup de responsabilités. Dans les faits, Ottawa a simplement accepté de partager avec les États-Unis toute information pertinente qui favoriserait l’échange de prisonniers. Ainsi, bien que les États-Unis représentent officiellement le Canada dès janvier 1942, dans les faits, Ottawa continue à collaborer avec la Grande-Bretagne. Le 28 janvier 1942, le gouvernement canadien s’associe officiellement avec Londres et la Croix-Rouge à Genève pour échanger toutes informations pertinentes concernant les prisonniers de guerre en Asie. Dans ce cas-ci, c’est le haut-commissaire canadien à Londres, Vincent Massey, qui agit comme intermédiaire entre la Croix-Rouge et Ottawa[19]. Au Canada, c’est évidemment le ministère des affaires étrangères, dirigé par Mackenzie King et son sous-secrétaire Norman A. Robertson, qui se charge de mener les discussions avec le Japon et les nations alliés.

Au début de la guerre, la Grande-Bretagne et ses dominions tentent de se joindre aux négociations menées par les États-Unis. Il est alors important pour le gouvernement britannique de ne pas contredire Washington dans les discussions avec Tokyo[20]. En effet, le gouvernement britannique croit que faire un front commun durant les négociations permettrait de faire pression sur le Japon et d’obtenir de meilleurs résultats. De plus, les États-Unis ont des moyens diplomatiques plus importants pour négocier avec le Japon dans le cadre des rapatriements. Il faut ainsi souligner qu’en parallèle des négociations, Washington (de même que plusieurs d’autres pays, dont le Canada) commence à interner des populations d’origine japonaise sur son territoire. Ainsi, juste aux États-Unis, plus de 110 000 issei et nisei[21] sont placés dans des camps. Au Canada, ce sont quelque 22 000 Canadiens d’origine japonaise qui sont arrêtés. Pour Londres, utiliser ces individus internés au Canada comme moyen d’échange représente un atout important pour pouvoir rapatrier ses propres citoyens.

Cependant, durant la première moitié de l’année 1942, le rythme des négociations entre Londres et Tokyo est beaucoup plus lent que celui établi entre Washington et Tokyo[22]. La demande de Londres d’élargir les zones géographiques admissibles au rapatriement est une pomme de discorde importante parmi les acteurs impliqués. Lors de ses premières discussions avec les États-Unis, le Japon accepte de procéder à un échange qui concerne seulement les prisonniers détenus dans l’archipel nippon, en Chine occupée et en Mandchourie. Hong Kong est alors perçu par Washington comme une cible prioritaire[23]. Toutefois, la Grande-Bretagne insiste pour que les territoires d’Asie du Sud-Est (incluant l’Indochine française, le Siam et les Philippines) fassent partie de ces échanges.

En effet, selon Londres, il s’agit des zones où les internés britanniques souffrent le plus de mauvaises conditions de vie, du climat et des traitements brutaux de la part des officiers japonais. Pour le ministère des Affaires étrangères britanniques, il y a aussi une question de temps : Hong Kong étant récemment conquis, elle ne pourrait être incluse par les zones géographiques proposées par le Japon, selon eux. La question divise toutefois plusieurs paliers du gouvernement britannique qui perçoivent Hong Kong comme une zone particulièrement catastrophique au gré de rapports fournis par des survivants de la bataille[24]. Cette conclusion du ministère des Affaires étrangères britannique entre aussi en conflit avec le point de vue des États-Unis qui soulignent que la situation est, au contraire, catastrophique. Les Britanniques reconnaissent que leur insistance puisse pousser Washington à sortir des négociations conjointes et agir indépendamment, ce qui, « might weaken [Great-Britain] collective bargaining power »[25]. Le gouvernement britannique reste, en revanche, convaincu que d’inclure tous les territoires conquis par les Japonais ne ferait qu’augmenter le poids des Alliés dans les négociations et que ces derniers ne pourraient donc qu’accepter ses demandes[26].

Au même moment, quelques témoignages non officiels réussissent à être transmis de Hong Kong à Londres. La plupart de ces témoignages proviennent de réfugiés chinois et de quelques rescapés occidentaux qui réussissent à fuir la colonie dans les premières semaines de l’occupation japonaise pour se rendre ensuite en Chine libre. Leurs histoires sur les horreurs de la conquête de la colonie par les Japonais et leurs descriptions des massacres perpétrés parviennent à atteindre Londres qui se préoccupe finalement de la situation à Hong Kong[27]. Cependant, le silence des Japonais et l’absence de nouvelles sur les internés de Stanley Camp depuis janvier 1942 font hésiter le gouvernement britannique quant à la politique à adopter. Les négociations avec le Japon s’enlisent et, en mai 1942, Londres annonce qu’elle ne serait prête à procéder au rapatriement de ses civils internés en Asie qu’en août de la même année. Les États-Unis répondent en revanche qu’ils sont déjà prêts pour un échange et qu’ils ne souhaitent pas attendre aussi longtemps[28]. La collaboration anglo-américaine se voit ainsi complètement bloquée, mais les deux s’entendent pour négocier le rapatriement de leurs citoyens de manière séparée. Ainsi, le premier échange de prisonniers conduit par les États-Unis survient en juin, sans la participation de la Grande-Bretagne. À la même occasion, le Canada parvient à rapatrier trois de ses employés gouvernementaux internés à Hong Kong. En effet, suivant les modalités établies par les États-Unis, ces hommes sont considérés comme des cibles prioritaires et leur retour au Canada est vu comme primordial.

De janvier 1942 à juin 1942, le Canada suit les indications de la Grande-Bretagne et reste en retrait. En considérant les priorités de celle-ci, le Canada se concentre surtout, dans un premier temps, à rassembler des informations. Le 30 janvier 1942, Ottawa demande à Tokyo une liste de tous les soldats canadiens décédés durant la bataille de Hong Kong, en signalant que cela fait déjà plus d’un mois que les combats ont cessé[29]. La demande est acceptée le mois suivant, mais les informations tardent tout de même à être transmises : elles n’arriveront qu’en décembre 1942[30]. En mars 1942, le Japon annonce qu’il est prêt à échanger des informations avec la Grande-Bretagne et ses dominions. Les Alliés visent principalement à obtenir des listes de noms de toutes les personnes qui sont mises en internement. Cependant, « such information was not forthcoming and we had a great deal of trouble obtaining even the Hong Kong list »[31]. Les craintes que le Japon ne souhaite pas transmettre ces informations se confirment le 9 avril 1942, alors que la Grande-Bretagne « again requested to press Japanese authorities for lists of internees »[32]. Au même moment, elle se dit « much concerned »[33] par le manque de nouvelles sur la situation à Hong Kong. Ottawa et Londres renouvellent leur demande d’information plusieurs fois au courant du printemps 1942, mais sans succès[34].

Après un premier rapatriement des internés américains en juin 1942, la Grande-Bretagne continue ses négociations avec le Japon. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie mettent aussi en internement leurs citoyens d’origine japonaise. Londres tente alors d’utiliser ces internés comme monnaie d’échange dans ses négociations avec Tokyo. En septembre 1942, la Grande-Bretagne réussit enfin à organiser son premier échange de prisonniers avec le Japon. De fait, les termes sont globalement similaires à ceux négociés par les États-Unis[35]. Au total, 1 800 Japonais détenus à Bornéo, en Australie et en Nouvelle-Calédonie y sont échangés contre un nombre équivalent de citoyens britanniques et australiens internés en Asie du Sud-Est[36]. Après ce premier succès, la Grande-Bretagne commence immédiatement les négociations en vue d’un deuxième échange. Toutefois, des dissensions au sein des dominions surviennent. Après avoir fourni plus de 800 détenus d’origine japonaise pour le premier échange, l’Australie se plaint de ne pas avoir pu rapatrier un nombre équivalent de ses citoyens. En effet, sur 1 800 rapatriés, seulement 63 sont des citoyens australiens, le reste étant de nationalité britannique[37]. C’est une mauvaise surprise pour le gouvernement australien qui considère donc cet échange comme injuste, favorisant principalement les intérêts du Japon et de la Grande-Bretagne. Si Londres répond que les échanges concernent l’ensemble des citoyens du Commonwealth et que la nationalité des internés n’est pas prise en compte lors du choix des personnes à rapatrier, Canberra accepte mal ce raisonnement[38].

À la conclusion de ce premier échange mené par les Britanniques, le gouvernement de King réalise que le Canada n’a aucun intérêt à continuer à être représenté par Londres s’il veut faire rapatrier ses citoyens le plus rapidement possible. Premièrement, la Grande-Bretagne semble surtout préoccupée à faire rapatrier ses propres citoyens détenus en Asie du Sud-Est et Hong Kong semble être toujours une cible secondaire. Deuxièmement, Londres peine à obtenir des informations concrètes du Japon sur le nombre d’internés et les conditions de leur détention, ce qui laisse Ottawa dans le flou quant à la situation en Asie. Par contraste, les États-Unis sont plutôt bien informés et sont parvenus à rapatrier la majorité de leurs citoyens se trouvant dans la région, ramenant avec eux tout un lot de lettres, de rapports et de témoignages. Finalement, si la Grande-Bretagne a réussi un premier rapatriement, c’est grâce aux dominions qui lui ont fourni leurs internés japonais pour faire cet échange. Ces derniers se retrouvent donc dans une situation doublement défavorable, car ils perdent leur principale monnaie d’échange alors que leurs citoyens restent toujours internés en Asie. Lorsqu’en été 1942 le Canada réévalue son approche pour conduire les négociations avec le Japon, la décision lui paraît donc évidente : les tactiques employées par les États-Unis semblent correspondre mieux à ses objectifs que celles de Londres.

2. Vers un second rapatriement

Avec le succès du premier rapatriement, Washington commence les négociations pour procéder à un deuxième échange qui concernerait toujours la même zone géographique. Pour le gouvernement de King, il devient donc primordial d’y participer et, à cet effet, à partir de l’hiver 1942-43, le Canada prend un rôle plus actif dans ces négociations. Cependant, cela nécessite une certaine période d’adaptation, car les négociations entre le Japon et le Canada ne se font jamais directement. En effet, les deux gouvernements passent par l’entremise de pays neutres, d’organisations privées ou d’individus ayant leurs propres objectifs, ce qui complique les discussions.

Conformément aux accords de Genève de 1929, chaque belligérant est jumelé avec un pays neutre lors des négociations. Ce pays neutre prend ainsi en charge la représentation diplomatique de l’un des pays ennemis et devient une « puissance protectrice ». Dès le début de la guerre, c’est la Suisse qui représente les États-Unis, à travers son consulat à Tokyo[39]. Bien qu’au début, l’ensemble du Commonwealth soit représenté par l’Argentine, en avril 1942, suite aux problèmes diplomatiques, elle est remplacée par la Suisse[40]. Par réciprocité, la Suisse offre aussi au Japon d’être sa puissance protectrice[41]. Craignant qu’elle favorise les États-Unis durant les négociations[42], Tokyo préfère toutefois se tourner vers l’Espagne du fait de ses affinités idéologiques et de sa proximité diplomatique avec l’Allemagne[43]. C’est donc une discussion qui implique plusieurs acteurs, entraînant le risque que l’information se distorde à chaque transmission. Par exemple : le Canada et les États-Unis doivent travailler avec l’Espagne pour communiquer avec le Japon. En même temps, l’Espagne doit aussi communiquer avec la Suisse. À partir de Berne, la transmission est envoyée à Tokyo. Là-bas, le département des affaires étrangères japonais transmet sa réponse à l’ambassade espagnole qui la retransmet à son tour à sa contrepartie aux États-Unis. Finalement, le consul espagnol communique le message japonais à Washington. À ce système complexe s’ajoutent de multiples échanges entre l’Espagne et la Suisse qui doivent communiquer entre elles pour préciser tous les détails des échanges de prisonniers envisagés[44].

Le gouvernement canadien n’avait pas à gérer tout cela lorsqu’il était représenté par la Grande-Bretagne. Cependant, en choisissant de se ranger derrière les États-Unis et de prendre un rôle plus actif dans les discussions, le Canada doit s’intégrer à ces réseaux de communication complexes, Ottawa doit désormais échanger directement avec ces acteurs ce qui constitue l’essentiel de ses activités diplomatiques durant la période d’octobre 1942 à mars-avril 1943. En avril 1943, le Japon demande, par l’entremise de l’Espagne, de lui fournir une liste des résidents canadiens d’origine japonaise qui ont été expulsés de chez eux. Le cabinet de Mackenzie King répond qu’une telle demande pourrait être effectuée advenant que les autres pays du Commonwealth continuent de recevoir des listes de leurs internés partout à travers l’Asie[45]. Dans un message envoyé au ministère canadien aux États-Unis, cette nouvelle demande est transmise en indiquant « that we propose to reply that we shall grant the request on condition of receiving full information about Canadian prisoners of war in Japanese hands and continuing to receive names of British internees in Japanese hands »[46]. Ainsi, et malgré le changement de cap diplomatique, les intérêts canadiens ne passent pas par-dessus ceux de la Grande-Bretagne. Cependant, cette requête du Japon est difficile à évaluer et le gouvernement de King hésite à l’accepter : « The situation is that we have not received complete lists of Canadian whether interned or free in Japanese hands »[47]. Le Canada pense donc qu’il n’y a aucun avantage à envoyer des listes au Japon qui ne semble pas vouloir agir réciproquement. C’est après avoir consulté la Grande-Bretagne et les autres pays du Commonwealth que le gouvernement canadien accepte la demande japonaise en avril 1943[48].

Le même mois, le gouvernement canadien prépare la visite des consuls espagnols dans les camps de détention à Vancouver. Le Canada semble se méfier de ces représentants. En effet, les questions du consul général à Montréal Pedro E. Schwartz concernant la vente forcée des propriétés japonaises dérangent les représentants canadiens qui craignent que leurs politiques discriminatoires envers les Canadiens d’origine japonaise froissent Tokyo[49]. De plus, selon Schwartz, Tokyo accuse le Canada d’avoir agi sans avoir consulté la Suisse au sujet de ces ventes[50]. Le gouvernement canadien répond simplement qu’il est difficile d’agir en prenant en compte les intérêts du gouvernement japonais, mais « [t]his comprehensive answer seemed not completely satisfactory to him »[51]. À partir du mois de mai, les autorités canadiennes commencent à établir une liste des noms des internés, mais elles s’alarment lorsque le consul espagnol à Vancouver commence à constituer sa propre liste. En effet, selon les officiers canadiens, ce dernier est entré en communication avec plusieurs porte-paroles nommés par les détenus des camps, qui lui auraient donné plus d’informations : « The result of this would be that the Japanese will get the information and we will get no credit for giving it »[52]. Craignant que cela puisse nuire au processus de rapatriement des citoyens canadiens en Asie, Ottawa s’empresse à clarifier la situation auprès du gouvernement japonais :

The Government of Canada has always been careful to provide the Protecting Power and the International Committee of the Red Cross with all the information about individual Japanese in this country which has been named for. The names of the small number of Japanese who have been interned have been sent regularly. Statistical summaries showing the location of all Japanese in Canada are now being forwarded to you monthly. Enquiries concerning particular Japanese nationals are faithfully answered.[53]

Dans le cadre des négociations, le gouvernement canadien veut se présenter comme étant actif sur le terrain dans le but de forcer le Japon à faire de même. Toutefois, il ne veut pas vexer Tokyo pour autant. Ainsi, pour expliquer le manque d’informations, le Canada blâme des déboires administratifs, « capable of being remedied and not a matter of deliberate Japanese policy »[54]. Tandis que le gouvernement canadien se montre compréhensif face au manque de communication du Japon, il envoie un message au Haut-Commissaire canadien à Londres, Vincent Massey, pour lui demander de mettre plus de pression sur le bureau des affaires étrangères britannique. En effet, Ottawa se plaint de ne pas toujours être mis au courant des informations que Londres reçoit de la part du Japon :

have also stated that this Government does not accept as a principle that because one Commonwealth country has more information about its prisoners than other Commonwealth countries it should therefore refrain from making still further enquiries.[55]

Le Canada ne veut pas une répétition du scénario australien de l’automne 1942. Alors que les listes d’internés canadiens d’origine japonaise servent aussi au Commonwealth, il est important pour Ottawa que la Grande-Bretagne prenne en compte les intérêts canadiens. Nous constatons alors que le Canada est plus affirmatif dans son approche envers son allié.

En mai 1943, le gouvernement canadien charge son ministre du Travail, Humphrey Mitchell, de compiler la liste des Canadiens d’origine japonaise détenus dans les camps[56]. Ainsi, une première liste des Japonais détenus dans la province du Manitoba est transmise à Ottawa le 31 mai 1943[57]. Elle contient les noms des individus, leurs numéros d’enregistrement, leurs adresses dans le camp et leurs adresses avant l’internement. On y indique également les liens familiaux des individus, en précisant si leurs enfants sont nés au Canada ou à l’étranger. Cette première liste est envoyée au consulat espagnol le 3 juin 1943, qui le transmet ensuite au Japon[58]. En appliquant le principe de réciprocité, le mois suivant, Tokyo transmet à Ottawa les noms des militaires canadiens décédés durant leur emprisonnement depuis le début de la guerre. À cet effet, le sous-secrétaire aux affaires étrangères, Norman A. Robertson, fait part au vice-ministre de la Défense qu’il est « definitely encouraged » par ce progrès dans les récentes discussions. En juillet 1943, le gouvernement canadien envoie à Tokyo la seconde liste, cette fois-ci en précisant les noms des Japonais détenus en Alberta[59]. Finalement, quelques jours avant le second échange convenu avec les États-Unis, Ottawa envoie la liste des Canadiens d’origine japonaise détenus en Ontario[60]. Envoyer la dernière liste à quelques jours du rapatriement peut sembler curieux. Toutefois, il faut rappeler que le premier échange avait failli être annulé à plusieurs reprises. Pour le gouvernement canadien, il était donc important de montrer aux Japonais de sa bonne volonté à poursuivre leur part des négociations coûte que coûte.

De fait, les négociations sur le second échange ne vont pas mieux. Le MS Gripsholm, qui doit ramener les internés de l’Asie, quitte effectivement le port de New York le 2 septembre 1943. En revanche, quelques jours plus tard, Tokyo refuse d’échanger quelques-uns des internés américains qu’il détient, car il soupçonne ces gens d’être des espions[61]. Tandis que Washington et Tokyo tentent de régler ce nouveau différend, le gouvernement de King s’empresse de prouver sa bonne foi en envoyant les derniers noms des Japonais mis en détention sur son territoire. Ces listes permettent alors au Japon de sélectionner les citoyens qu’il souhaite rapatrier en priorité. Le Canada et les États-Unis doivent cependant faire face à un nouveau problème : le refus de la plupart des prisonniers d’origine japonaise de partir. Selon le gouvernement américain, entre 80 et 90 % des détenus refusent de faire partie du second échange[62]. Quant au Canada, seulement 60 Japonais acceptent de s’embarquer sur le MS Gripsholm — un chiffre tout juste suffisant pour faire échanger les Canadiens internés à Hong Kong[62]. Le refus des prisonniers d’origine japonaise est naturel : étant des citoyens de longue date au Canada, plusieurs ne voient pas l’intérêt de retourner dans un pays qu’ils ont longtemps quitté. Et c’est sans mentionner qu’une majeure partie des internés sont nés au Canada et n’ont jamais visité le Japon de leur vie.

C’est le 17 août 1943 que Schwartz envoie l’itinéraire détaillé du Teia Maru, le navire japonais chargé de faire le voyage. Le document donne aussi la description détaillée du navire, afin d’éviter qu’il ne soit attaqué en mer[64]. L’itinéraire est approuvé le 2 septembre par la marine canadienne[65]. Toutefois, le second échange des internés ne devient véritablement officiel qu’à la mi-septembre, quelques jours après le départ du MS Gripsholm. Le 16 septembre 1943, Schwartz avise le gouvernement canadien que le Teia Maru a quitté le port de Yokohama deux jours plus tôt. Le navire est supposé faire un arrêt à Shanghai, à Hong Kong, aux Philippines, en Indochine et à Singapour, pour y récupérer des internés américains et canadiens concernés par cet échange[66]. Les internés canadiens apprennent la nouvelle de leur rapatriement en août 1943 et elle est ensuite confirmée par Rudolf Zindel, le délégué de la Croix-Rouge, le 19 septembre 1943 lors de sa visite à Stanley Camp[67]. Le Teia Maru arrive à Hong Kong le 22 septembre avec quelques internés en provenance de Shanghai[68]. Les 63 Canadiens restants à Stanley Camp embarquent tous sur le navire le soir même.

Le voyage de Hong Kong au port de Mormugao est difficile. Le Canadien Ernest Robbins décrit les conditions à bord comme étant « cauchemardesques » ; elles causent la mort de l’un des internés provenant de Shanghai, par exemple[69]. Les rapatriés vont vivre un mois à bord du Teia Maru avant de s’embarquer dans le MS Gripsholm qui va mettre six mois pour arriver à sa destination finale. Lors d’une des escales, en Afrique du Sud, le Canadien Ronald D. Gillespie débarque du bateau pour tenter de rejoindre Londres par ses propres moyens et de rentrer en contact avec le gouvernement britannique. Durant les mois suivants, Gillespie réussit ainsi à rencontrer divers représentants du Bureau des Colonies britanniques et à témoigner longuement de ses expériences à Stanley Camp[70]. Finalement, les autres rapatriés canadiens arrivent à New York le 1er décembre 1943 avant de prendre le train pour Montréal. Pour eux, la guerre est désormais terminée.

3. Continuer les négociations

Le rapatriement des internés canadiens de Hong Kong s’est concrétisé à la suite des discussions américano-japonaises et du ralliement du Canada derrière son voisin du sud. Cela n’a pas été un processus facile. Pour réussir, le Canada a dû s’émanciper de son allié traditionnel, la Grande-Bretagne, et réévaluer son approche diplomatique concernant le front asiatique. Le gouvernement canadien aurait pu suivre l’exemple de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande et laisser Londres gérer les négociations diplomatiques avec le Japon. Toutefois, en réalisant que les intérêts britanniques étaient contraires aux siens, Ottawa a modifié sa stratégie en choisissant un nouveau représentant diplomatique, à savoir les États-Unis, ce qui lui permet en outre d’éviter de négocier lui-même la plupart des modalités de rapatriement. Cependant, le gouvernement canadien a pris une part active dans ces négociations durant lesquelles il a déployé des efforts concrets pour faire rapatrier ses citoyens. En utilisant ses propres citoyens d’origine japonaise comme monnaie d’échange, Ottawa a assuré le retour des Canadiens internés à Hong Kong.

L’instrumentalisation des issei et des nisei ne fut pas un choix difficile pour le gouvernement canadien qui les considérait alors comme une population indésirable. Ainsi, 60 Canadiens d’origine japonaise sont échangés contre 63 Canadiens en septembre 1943. La présence des issei et des nisei est perçue comme un véritable problème par le gouvernement canadien, qui espérait sans doute profiter des négociations avec le Japon pour faire déporter davantage d’individus. En août 1943, le gouvernement canadien examine les moyens à sa disposition pour se débarrasser de cette population indésirable après la guerre[71]. Cela mènera à la déportation de plusieurs milliers d’entre eux entre 1945 et 1947, plusieurs mois après que la sécurité des Canadiens en Asie est assurée[72].

Les Alliés tentent plusieurs fois d’organiser d’autres rapatriements après celui de septembre 1943. Les discussions ayant mené à ce dernier ont pourtant été particulièrement difficiles pour le gouvernement américain, et, dès le lendemain des échanges, le Japon annonce d’emblée qu’il n’y en aurait pas de troisième[73]. Les États-Unis et le Canada essaient de faire appel de cette décision. Par exemple, en septembre 1944, les deux pays vont déclarer officiellement être prêts à échanger 10 000 prisonniers, mais sans succès[74]. Quant à la Grande-Bretagne, pendant longtemps, elle tente d’organiser un second échange. Cependant, ses efforts sont vains sans la participation du Canada qui soutient résolument la position des États-Unis sur la question pour le reste de la guerre. Privé de possibilité d’utiliser les internés japonais du Canada, Londres tente d’utiliser comme monnaie d’échange les quelques pêcheurs japonais que la marine australienne a capturés durant la guerre, mais, encore une fois, sans succès[75]. Ainsi, le reste des internés occidentaux à Stanley Camp attendra la fin de la guerre pour être libéré.


Notes

  • [1] Cette recherche fut possible grâce aux contributions substantielles de plusieurs personnes. Nous tenons ainsi à remercier l’aide précieuse de Olga V. Alexeeva et de Greg Robinson dans la rédaction de cet article.
  • [2] Pour plus d’informations : Julien Lehoux, « Le Canada dans le flou ? Les témoignages contradictoires de la Croix-Rouge et des civils internés à Hong Kong (1941-1943) », Histoire, Idées, Sociétés [en ligne], 2021, 21 p.
  • [3] Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa, Canada (BAC), RG25-A3-b, Anglo-Dutch-American Conversations on Far Eastern Situation, Lettre de W. O. Hankinson, secrétaire d’État aux Affaires étrangères canadien, 11 octobre 1940.
  • [4] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Memorandum, 10 octobre 1940.
  • [5] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…,Lettre de W. O. Hankinson, secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes, à Mackenzie King, premier ministre du Canada, 10 octobre 1940.
  • [6] BAC, RG25-A3-b, Singapore Conference, date inconnue.
  • [7] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Memorandum pour M. Heeney, 11 octobre 1940.
  • [8] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Lettre de Vincent Massey, Haut-Commissaire du Canada en Grande-Bretagne à W. O. Hankinso, secrétaire d’État aux Affaires étrangères canadiennes, 11 octobre 1940.
  • [9] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Canadian representation in U.K.—U.S. talks, date inconnue.
  • [10] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Lettre de O. D. Skelton, sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères, au colonel J. L. Ralston, ministère de la Défense nationale au Canada, 16 octobre 1940.
  • [11] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Lettre de Vincent Massey, Haut-Commissaire du Canada en Grande-Bretagne à W. O. Hankinso, secrétaire d’État aux Affaires étrangères canadiennes, 29 août 1940.
  • [12] Ibid.
  • [13] Mark A. Stoler, « George C. Marshall and the ‘Europe-First’ Strategy, 1939–1951: A Study in Diplomatic as well as Military History », The Journal of Military History, vol. 79, no. 2, 2015, p.  295.
  • [14] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Lettre du Haut-Commissaire du Canada en Grande-Bretagne au Secrétaire d’État aux Affaires étrangères canadiens, 29 août 1940.
  • [15] BAC, RG25-A3-b, Anglo-Dutch…, Singapore Conference, date inconnue.
  • [16] BAC, MG26-J13, Journal personnel de William Lyon Mackenzie King, 9 octobre 1940.
  • [17] Ibid.
  • [18] Bruce Elleman, Japanese-American Civilian Prisoner Exchanges and Detention Camps, 1941-45, Londres, Routledge, 2006, p. 8. Ce n’est pas une offre exclusive : plusieurs pays d’Amérique latine sont aussi invités à se joindre aux États-Unis dans leurs négociations avec le Japon dès le début de la guerre. L’historien P. Scott Corbett donne deux raisons à cela. D’une part, cette politique permet aux États-Unis d’entretenir de bonnes relations avec leurs voisins du sud. D’autre part, cela permet aussi de centraliser les efforts diplomatiques et de faciliter ainsi le processus, ce qui est aussi désiré par les gouvernements sud-américains et japonais ; P. Scott Corbett, Quiet Passages: The Exchange of Civilians Between the United States and Japan During the Second World War, Kent, Kent State University Press, 1987, p. 139.
  • [19] BAC, RG25-A3-b, Exchange of Information Re: Prisoners of War & Interned Civilians between Canada & Japan (Part 1), Lettre du sous-secrétaire aux affaires étrangères canadiennes à Ernest L. Maag, délégué de la Croix-Rouge au Canada, 28 janvier 1942.
  • [20] Kent Fedorowich, « Doomed from the Outset? Internment and Civilian Exchange in the Far East: The British Failure over Hong Kong, 1941-45 », The Journal of Imperial and Commonwealth History, vol. 25, no 1, 1997, p. 115–116.
  • [21] Les issei désignent les Japonais ayant immigré au Canada depuis déjà de nombreuses années et qui sont naturalisés. Les nisei désignent les enfants de ces premiers immigrants. Ayant vécu au Canada toute leur vie, très peu entretiennent des liens avec le Japon. Ce sont en majeure partie les issei qui sont mis en détention tandis que seulement une centaine de Canadiens nisei sont placés dans des camps de prisonniers de guerre et qu’une autre partie est placée dans des camps de travail. Tandis que les camps pour prisonniers de guerre étaient souvent des camps mixtes abritant plusieurs familles, les camps de travail étaient souvent réservés aux hommes adultes qui devaient travailler dans des chantiers. Pour plus d’informations : Greg Robinson, Un drame de la Deuxième Guerre. Le sort de la minorité japonaise aux États-Unis et au Canada, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2011, p. 135-142.
  • [22] Bruce Elleman, op. cit., p. 41.
  • [23] Ibid., p. 30.
  • [24] Kent Fedorowich, loc cit., p. 115–116.
  • [25] Ibid., p. 116.
  • [26] Ibid.
  • [27] Ibid., p. 117.
  • [28] Bruce Elleman, op. cit., p. 41.
  • [29] BAC, RG25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre de Ernest L. Maag, délégué de la Croix-Rouge au Canada, au sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères, 9 février 1942.
  • [30] BAC, RG25-A3-b, Exchange… (Part 1), Condensed Summary of Attempts Made to Obtain Information and Efforts to Influence the Japanese to Give Better Treatment to Prisoners of War and Civilians, 26 janvier 1944.
  • [31] BAC, RG25-A3-b, Exchange of Information Re: Prisoners of War & Interned Civilians between Canada & Japan (including nominal rolls)—Arrangements Re. (Part 2), Nominal Lists of Japanese Nationals for Spanish Consul General, 13 novembre 1943.
  • [32] BAC, RG25-A3-b, Exchange… (Part 1), Condensed Summary of Attempts Made to Obtain Information and Efforts to Influence the Japanese to Give Better Treatment to Prisoners of War and Civilians, 26 janvier 1944.
  • [33] BAC, RG25-A3-b, Exchange… (Part 1), Télégramme du High Commissioner for Canada in Great Britain au Secretary of State for External Affairs (Canada), 9 avril 1942.
  • [34] BAC, RG25-A3-b, Exchange… (Part 1), Condensed Summary of Attempts Made to Obtain Information and Efforts to Influence the Japanese to Give Better Treatment to Prisoners of War and Civilians, 26 janvier 1944. C’est le ministère des Affaires étrangères japonais qui gère les questions concernant les prisonniers de guerre. Quant aux internés civils, c’est le ministère de la Protection sociale et le bureau de l’information qui s’en occupent, en coopération avec le ministère des Affaires étrangères. La communication entre les trois est lente, surtout en considérant la quantité de messages en anglais et en français qui sont envoyés par les Alliés et qui doivent être systématiquement traduits en japonais. Couplé avec l’intensification de la guerre, il est possible que ces ralentissements dans la communication entre Tokyo et les gouvernements alliés soient dus à des déboires administratifs plutôt qu’à une mauvaise volonté de la part du Japon ; A. Hamish Ion, « ‘Much Ado About Too Few’: Aspects of the Treatment of Canadian and Commonwealth POWs and Civilian Internees in Metropolitan Japan, 1941-45 », Defence Studies, vol. 6, no. 3, 2006, p. 306.
  • [35] Bruce Elleman, op. cit., p. 17.
  • [36] Durant la guerre, les autorités britanniques et australiennes collaborent directement avec le gouvernement colonial de la Nouvelle-Calédonie pour faire envoyer plus de 1 100 internés d’origine japonaise ; Rowena Ward, « Repatriating the Japanese from New Caledonia, 1941-46 », The Journal of the Pacific History, vol. 51, no. 4, 2016, p. 397–398.
  • [37] Rowena Ward, op. cit., p. 398.
  • [38] Rowena Ward, « The Asia-Pacific War and the Failed Second Anglo-Japanese Civilian Exchange, 1942-45 », The Asia-Pacific Journal, vol. 13, no. 4, 2015, p. 8.
  • [39] Bruce Elleman, op. cit., p. 4.
  • [40] Ministère des Affaires extérieures du Canada, Documents relatifs aux relations extérieures du Canada. Vol. 9 (1942-1943), 1980, p. 72-74.
  • [41] P. Scott Corbett, op. cit., p. 44.
  • [42] Ibid.
  • [43] Florentino Rodao, « Japanese Relations with Neutrals, 1944–1945: The Shift to Pragmatism », dans W. Puck Brecher et Michael W. Myers (dir.), The Defamiliarizing Japan’s Asia-Pacific War, Honolulu, University of Hawai’i Press, 2019, p. 108.
  • [44] David del Castillo Jiménez, Amigos del imperio japonés : la mediación diplomática española entre Estados Unidos y Japón durante la II Guerra Mundial [Amis de l’Empire japonais : médiation diplomatique espagnole entre les États-Unis et le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale], thèse de Ph.D. (histoire), Université complutense de Madrid, 2018, p. 238.
  • [45] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du secrétaire d’État aux Affaires étrangères canadien au Haut-Commissaire du Canada en Grande-Bretagne, 13 avril 1943.
  • [46] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du secrétaire d’État aux Affaires étrangères canadien au ministère canadien aux États-Unis, 13 avril 1943.
  • [47] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lists of Japanese Nationals in Canada, 17 avril 1943.
  • [48] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du secrétaire d’État aux Affaires étrangères canadien au Haut-Commissaire du Canada en Grande-Bretagne, 19 avril 1943.
  • [49] Pour plus d’informations : Ann Gomer Sunahara, The Politics of Racism: The Uprooting of Japanese Canadians during the Second World War, Toronto, James Lorimer and Company, Publishers, 1981, p. 89–97.
  • [50] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Visit of Consul General of Spain, 28 avril 1943.
  • [51] Ibid.
  • [52] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Memorandum for Mr. Read—Nominal roll of Japanese in Canada, 8 mai 1943.
  • [53] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes au consul général Pedro E. Schwartz, 10 mai 1943.
  • [54] Ibid.
  • [55] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes au vice-ministre du département de la défense nationale canadienne, 10 mai 1943.
  • [56] À l’époque, le ministère gère la mobilisation de la main-d’œuvre dans tout le pays, y compris celle de prisonniers de guerre et des internés civils. Ainsi, en printemps 1942, quelque 2 000 hommes issei et nisei sont mobilisés pour travailler sur les chantiers routiers où ils réparent et construisent de nouvelles routes. Le ministère du Travail est donc le mieux placé pour faire la liste d’internés ; Greg Robinson, op. cit., p. 136.
  • [57] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre d’Arthur MacNamara, sous-ministre du ministère du Travail au Canada au sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes, 31 mai 1943.
  • [58] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes au consul général Pedro E. Schwartz, 3 juin 1943.
  • [59] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes au vice-ministre du département de la défense nationale canadienne, 14 juillet 1943.
  • [60] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Lettre du sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes au consul général Pedro E. Schwartz, 18 septembre 1943.
  • [61] Bruce Elleman, op. cit., p. 92.
  • [62] Ibid., p. 93.
  • [63] BAC, RG-25-A3-b, Exchange… (Part 1), Mémorandum du ministère des Affaires aux étrangères canadiennes au premier ministre Mackenzie King, 20 août 1943.
  • [64] BAC, RG24-D-1c, Policy and Arrangements for Exchange of Allied Enemy Prisoners of War — Exchange of Prisoners of War (Part 1), Lettre du consul général Pedro E. Schwartz au sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes, 17 août 1943.
  • [65] BAC, RG24-D-1c, Policy and Arrangements for Exchange of Allied Enemy Prisoners of War — Prisoners of War — Policy Re Internment and Treatment of Japanese in Canada (Part 2), Lettre du sous-ministre W. G. Mills au sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères canadiennes, 2 septembre 1943.
  • [66] BAC, RG24-D-1c, Policy… (Part 2), Lettre du consul général Pedro E. Schwartz, 16 septembre 1943.[1] Geoffrey Charles Emerson, Hong Kong Internment, 1942–1945: Life in the Japanese Civilian Camp at Stanley, Hong Kong, Hong Kong University Press, 2008, p. 69.
  • [67] Geoffrey Charles Emerson, Hong Kong Internment, 1942–1945: Life in the Japanese Civilian Camp at Stanley, Hong Kong, Hong Kong University Press, 2008, p. 69.
  • [68] Greg Leck, Captives of Empire: The Japanese Internment of Allied Civilians in China and Hong Kong, 1941–1945, Bangor, Shady Press, 2006, p. 625.
  • [69] « On the Job Again », The China Mail, 1 octobre 1945.
  • [70] The National Archive, Kew, Royaume-Uni (TNA), CO 980/120, Mr. R. D. Gillespie’s Report on Conditions in Hong Kong. Record of a meeting held in the conference room at the Colonial Office, 27 novembre 1943.
  • [71] BAC, RG25-A3-b, Exchange… (Part 1), Mémorandum du ministère des Affaires aux étrangères canadiennes au premier ministre Mackenzie King, 20 août 1943.
  • [72] Greg Robinson, op. cit., p. 271-272. Pour plus d’informations : D. J. Timmons, “Evangelines of 1946:” The Exile of Nikkei from Canada to Occupied Japan, mémoire de M. A. (Histoire), Université de Victoria, 2011, 120 p.
  • [73] P. Scott Corbet, op. cit., p. 97.
  • [74] Michi Weglyn, Years of infamy: The Untold Story of America’s concentration camps, New York, Morrow, 1976 p. 188.
  • [75] Rowena Ward, loc. cit., 2015, p. 11.