Elsa Gidlow, Georges Rowell Mills et leur cercle: émergence d’une sous culture homosexuelle dans Les mouches fantastiques. Montréal, 1915-1920

Julian Beyer

Université du Québec à Montréal

Le présent article retrace la participation du cercle littéraire d’Elsa Gidlow et de George Roswell Mills à l’émergence d’une sous-culture homosexuelle à Montréal entre 1915 et 1920. Puisant dans les publications du magazine Les Mouches Fantastiques ainsi que dans l’autobiographie de Gidlow, nous cherchons à démontrer comment le cercle de Gidlow incarne une brèche dans l’ordre social hétérosexiste montréalais. En comparant les contextes occidentaux et montréalais, nous constatons que le cercle de Gidlow s’inspire des sous-cultures homosexuelles dans les grandes villes occidentales, pour former l’ébauche d’une sous-culture homosexuelle dans le contexte conservateur montréalais.


L’intégration de l’homosexualité dans l’historiographie dominante est une tâche complexe qui se heurte sans cesse aux infatigables murs de la marginalisation. Dans son ouvrage pionnier The Regulation of Desire, le sociologue Gary Kinsman souligne que l’historiographie demeure toujours profondément hétérosexiste, entre autres par sa négligence systématique de l’homosexualité[1]. L’avancée de cette incorporation se fait à tâtons, suivants les fragments que les historien.nes au Canada, depuis les années 1980, se décident de plus en plus d’explorer. La présente analyse retrace le rôle de la publication du magazine Les Mouches Fantastiques par les poètes Elsa Gidlow, Georges Roswell Mills et leur cercle dans l’affirmation d’une sous-culture homosexuelle à Montréal de 1915 à 1920.

Avant toute chose, certains enjeux méthodologiques propres à l’histoire montréalaise de l’homosexualité méritent notre attention. Le premier de ces enjeux est terminologique. La naissance du terme homosexualité est fondamentalement liée à la naissance de la sexologie et de la psychiatrie comme disciplines, dans un contexte d’essor du discours médical en Occident. Il est utilisé pour la première fois par l’auteur et médecin hongrois K.M. Benkert en 1868 et 1869par l’ajout du suffixe latin homo (semblable) à la racine sexualis (sexualité), formant ainsi les mots allemands Homosexualität (homosexualité) et Homosexuell (homosexuel.le)[2]. Ces mots, comme le concept de l’hétérosexualité, ne sont toutefois entrés dans la langue anglaise qu’avec les travaux de Krafft-Ebing à partir du tournant du XIXe siècle, surtout avec son ouvrage Psychopatia Sexualis(1886) et se répandirent avec ceux de Freud, d’Ellis, de Carpenter et de Hirschfeld du début du XXe[3]. De la fin du XIXe siècle jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, l’utilisation des mots « homosexualité» ou « homosexuel.le » étaient ambigus et ne se sont inscrits que progressivement dans les sociétés européennes[4]. C’est encore plus lent auQuébec, où les termes utilisés désignaient bien plus des actes que des personnes. C’est pourquoi la naissance du mot « homosexualité » est d’une si grande importance, car c’est bien la sodomie et non l’homosexualité masculine qui est punie jusqu’en 1890, quand est adoptée la législation de « grossière indécence » qui punit l’ensemble des mœurs homoérotiques[5]. D’ailleurs, les termes utilisés, « pédéraste sodomite, bardache, fif, sapphiste, gouine » étaient très péjoratifs. Avant les années 1940, un nombre infime de personnes aux mœurs homoérotiques s’identifiaient à l’homosexualité, ou même connaissaient l’existence du mot. On ne peut donc pas librement parler d’homosexualité, d’homosexuel.les, d’identités, de communautés ou de sous-cultures homosexuelles dans le contexte montréalais des années 1910 et 1920 sans tomber dans l’anachronisme. Dans la très grande majorité des cas, il convient plutôt de parler d’homoérotisme. Notons finalement qu’on utilisera la terminologie « homosexualité » pour parler autant des expériences gaies que lesbiennes, malgré la distorsion ainsi faiteau lesbianisme, qui a ses distinctions historiques propres, dont la plus importante est l’imbrication du patriarcat et de l’hétérosexisme[6]

Le second enjeu est celui qui concerne le manque de sources. En effet, les sources canadiennes sur l’homosexualité datées d’avant les années 1940 sont extrêmement rares et fragmentaires. Plusieurs éléments expliquent ce vide. Un premier est assez intuitif: c’est-à-dire que les mœurs homoérotiques, et l’homosexualité étaient illégales à cette époque. Le sujet était donc entouré d’un opaque tabou et en parler menait souvent à la répression. De plus, puisque les identités, les communautés et même le vocabulaire manquaient auxMontréalais.es pour se désigner elles et eux-mêmes comme homosexuel.les, l’enquête est d’autant plus difficile. Comme le rappelle l’historien de l’homosexualité ontarien,Steven Maynard, ces sources sont cachées, invisibilisées, parfois volontairement étouffées ou détruites[7].Pour lui, les deux types de sources les plus importantes de cette historiographie sont, en ordre, les archives judiciaires et les témoignages oraux. Ross Higgin avance que ce sont surtout les archives judiciaires qui permettent d’entrevoir les réalités homoérotiques d’avant les années 1940[8]. Le travail de Pierre Hurteau est fondamental en la matière. Higgins y pose toutefois le bémol suivant(s’appliquant généralement à l’étude des archives judiciaires) :

Mais cette documentation se rapportant à la vie criminelle ou aux milieux louches – secteurs qui n’étaient pas caractéristiques des hommes gais de l’époque – est tributaire du discours légal. Ce n’est que lors d’arrestations ou de scandales que certains détails de leur vie étaient révélés. C’est pourquoi cette source documentaire est toujours entachée par sa provenance et son contenu biaisé. Seuls les témoignages des sujets interviewés peuvent présenter une vision nuancée de la réalité gaie. [9] 

Les témoignages laissés par la poétesse née à Hull en Angleterre, puis, naturalisée canadienne Elsa Gidlow (née ElsieAlicia Gidlow) représentent un cas unique et précieux dans le paysage montréalais des années 1910 et 1920. Son autobiographie ELSA : I Come With My Songs est une source rare et parlante des mœurs homoérotiques de son époque, ainsi que de l’identité homosexuelle en constitution à Montréal. C’est tout précisément les chapitres Casting a Net et LesMouches Fantastiques de l’autobiographique que l’on a sélectionnés, et qui jumelés au premier numéro du second volume du magazine Les Mouches Fantastiques, constitueront le corpus de sources de cette analyse. Ces chapitres furent choisis, car ce sont ceux qui traitent de la publication du magazine et de la période pendant laquelle Gidlow vécut à Montréal avec Mills. Il est ici fondamental de souligner l’anachronisme et le biais inhérent qu’implique une autobiographie écrite 50 ans après les événements récités. Gidlow a, en effet, choisi les éléments qui figureraient ou pas dans son récit. La seconde source utilisée, le volume de mars 1920 du magazine Les Mouches Fantastiques, est considéré par plusieurs, notamment Higgins et le journaliste Michael Lyons, comme la première publication à contenu gai ou lesbien au Canada[10].Le magazine est pourtant ignoré par l’historiographie sur l’homosexualité à Montréal. Il est constitué de poèmes de Gidlow, de Mills, d’Ariel Riechart, de L. Harcourt Farmer, ainsi que de deux éditoriaux de Gidlow. Nous avons très peu d’informations sur le contexte entourant la publication; le nombre de numéros publiés et leurs contenus nous sont inconnus. Gidlow nous apprend presque tout ce que nous savons dans ce court passage :

Our first issues were named Coal from Hades. Later, at Roswell’s instigation, we changed the name to LesMouches Fantastiques (the FantasticFlies). About half of the material was written by Roswell and me. Besides the poetry, he contributed translations from Verlaine, articles on “the intermediate sex,” and one-act plays sympathetically presenting love between young men. My poetry was obviously addressed to women. My editorials satirized what I saw as society’s stupidities and injustices and the wrongness of the war. The hundred or so copies went locally to our friends and the amateur journalists (“AJ’ers”) in various parts of the US.[11]

Il est essentiel de poser les limites de sa valeur historique et des conclusions qu’il permet de porter. Son caractère lyrique en complique l’analyse; ce n’est qu’une infime partie de son contenu qui est analysable, les références à l’homosexualité étant très subtiles. Ce n’est que combiné à l’autobiographie qu’il a de la valeur. Les archives personnelles de Gidlow (correspondances, poèmes non publiés, journaux, etc.), se trouvant à San Francisco, constituent d’autres sources importantes qui ne pourront ici être utilisées.

Il semble – et c’est ce qui constitue l’axe de cette recherche – que les publications de Gidlow, Mills et leur cercle, tout particulièrement le volume de mars 1920 du magazine Les MouchesFantastiques, se situent dans la continuité d’une mouvance occidentale d’affirmation d’une sous-culture homosexuelle qui crée ainsi une brèche dans l’ordre social hétérosexiste montréalais.

Pour faire cette démonstration, nous situerons tout d’abord Gidlow, Mills et leur cercle dans l’historiographie, nous remettrons ensuite en contexte l’émergence des communautés, des identités et dessous-cultures homosexuelles en Occident, puis des traces que nous avons d’elles à Montréal dans l’optique de placer Gidlow et Mills dans la continuité par rapport au premier et en rupture par rapport au second. Par la suite, nous détaillerons l’influence de la sous-culture homosexuelle occidentale sur Gidlow et Mills. Enfin, nous traiterons de leur affirmation d’une contre-culture homosexuelle dans Les Mouches Fantastiques. À cet effet, plusieurs limites s’imposent. Cette brèche est très mince: elle ne concerne que Gidlow, Mills, leur cercle, ainsi que leurs lecteurs et lectrices. N’allons pas croire qu’elle concerne la société montréalaise dans son ensemble–bien qu’il soit impossible de connaître le nombre de personnes réellement affectées par les publications – la portée de l’affirmation d’une sous-culture homosexuelle par Mills, Gidlow et leur cercle est en effet assez limitée puisqu’elle concerne des groupes sociaux dominants blancs et bourgeois et – malgré le cas de Gidlow – largement masculins. Enfin, la brèche créée par ce cercle est éphémère, puisque la carrière littéraire et journalistique de Mills et de Gidlow à Montréal termine avec leur départ pour New York en 1920.

Gidlow et Roswell dans l’historiographie

C’est suite au travail de Michel Foucault dans son Histoire de la Sexualité – qui peut être considéré comme moment de genèse de l’histoire de la sexualité comme discipline spécifique – qu’émerge une première vague historiographique se penchant surtout sur l’émergence d’identités homosexuelles dans certaines grandes villes européennes et nord-américaines, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle[12]. L’ouvrage demeure un point de référence chez leshistorien.es de l’homosexualité. Certains concepts foucaldiens, tels que la transformation de la gouvernance, la normalisation, le pouvoir-savoir ou le bio-pouvoir sont récurrents dans cette historiographie. Celui de la construction sociale de la sexualité – par opposition au caractère naturel des sexualités – est même hégémonique[13].Cette nouvelle vague tarde toutefois toujours à s’implanter dans l’historiographie québécoise. L’ouvrage du sociologue Gary Kinsman, TheRegulation of Desire, publié en 1987, ouvre la porte à la discipline au Canada, créant littéralement un nouveau champ d’étude[14]. Steven Maynard, historien ontarien, lui emboîte rapidement le pas mais bien peu suivent la marche auQuébec, où les historien.nes s’étant penché.es sur la période d’avant la Seconde Guerre mondiale sont extrêmement peu nombreux.ses. En plus de Pierre Hurteau[15], dont le doctorat sur l’homosexualité en sciences des religions fut publié en 1991, on compte dans ce petit cercle, Ross Higgins, qui a cofondé les Archives Gaies du Québec[16] en 1983. Ce dernier fit un travail fondamental de collecte de témoignages oraux d’hommes homosexuels dont le vécu ne remonte cependant qu’aux années 1940. Il ne penche que très brièvement sur le paysage homosexuel masculin des années dix et vingt àMontréal. Ajoutons-y le travail de Patrice Corriveau[17], malgré qu’il ne détaille pas plus cette période. En somme, ces ouvrages survolent tous très rapidement l’entre-deux-guerres, période pourtant si fondamentale à l’histoire occidentale de l’homosexualité[18].

En plus de l’historien amateur, Hamish Copley, spécialiste en littérature anglaise tenant un blogue sur l’histoire canadienneLGBTQ+ où l’on trouve quelques articles sur Gidlow et Roswell, seuls Higgins et Kinsman ont traité du cas de Gidlow, de Rowsell et de leur cercle. Ils ne s’y attardent pas, moyennant une et deux pages respectivement. Dans De L’affirmation à la clandestinité, Higgins décrit une page durant des éléments de la vie de Gidlow et de Roswell, mais n’y discute pas leur place dans le paysage homosexuel/homoérotique montréalais ou occidental. C’est dans son article La régulation sociale de l’homosexualité, que l’agencement de sa mention de l’autobiographie d’Elsa Gidlow, qualifiée de « meilleure source de la période » dès le début de la section La lente émergence d’une communauté visible au XXe siècle, parle le plus de ce que leur cas représente pour lui. Le seul historien ayant réellement formulé l’intérêt que représente le cas de Gidlow et de Roswell est Gary Kinsman. Il considère leurs expériences comme « valuable insights into the formation of white lesbian and homosexual identities », dans le contexte montréalais où celles-ci n’étaient pas formées, n’oublie-t-il pas de rappeler. Il souligne le sentiment constant de Gidlow d’être une « outsider », tel qu’elle le décrit dans son autobiographie, ainsi que le moment clé lorsqu’elle entend le terme « mofredite» – argot pour « hermaphrodite », pouvant alors être utilisé pour qualifier les personnes pratiquant des mœurs homoérotiques – alors utilisé pour désigner une collègue. Gidlow le retrouve un an plus tard dans une encyclopédie et s’y identifie. À ce propos, Kinsman atteste que c’est ce qui a permis à Gidlow de nommer une autre sexualité. Il précise:

Here we see a process through which Gidlow and Mills were able to name their difference throught the sex-scientific category of homosexuality, and were able to transform it into an affirmation of their desires against social denial. The various influences in this identity making included the same-sex litterature itself, media portrayal of the Wilde trial, a clear homosexual cultural influence on Roswell, as well as a certain reading of the classical Greek tradtition.[19]

Kinsman replace l’identification de Gidlow et de Roswell aux sous-cultures homosexuelles européennes comme un contre-discours aux « New psychiatric and medical theories of degeneracy associated with homosexuality that were accepted by the institutions of sexual rule. »[20] Le cas de Gidlow représente pour lui un exemple précis dece qu’il appelle « the two-sided implications of sexual rule »[21], que Maynard, quant à lui, nomme « the dialectics or the double-edged nature of sexual rule »[22]Kinsman omet cependant de donner des précisions sur la manière dont ces éléments influencèrent Gidlow etMills. Plus fondamental encore, il néglige totalement la place de leurs publications littéraires et journalistiques, telle que Les MouchesFantastiques et leur place par rapport aux sous-cultures homosexuelles apparues dans les grandes villes occidentales. L’analyse de Kinsman sera ici utilisée comme socle sur lequel se déploiera cette analyse, dans le but de la préciser.

Contexte montréalais

Émergence de l’hétéro/homosexualité en Occident

Afin de saisir en quoi Gidlow, Roswell et leurs publications s’inscrivent dans la continuité avec les sous-cultures homosexuelles occidentales, il va sans dire qu’il faut retracer leur émergence, ainsi que les explications qu’on leur donne. À la fin du XIXe siècle apparaissent progressivement identités, communautés et sous-cultures homosexuelles dans les grandes villes européennes et nord-américaines. Le début de la période de l’entre-deux-guerres, aussi nommé la période des « années folles », constitue, en quelque sorte, en un âge d’or pour l’homosexualité, amplement mythifiée. La nouvelle historiographie donne des rôles privilégiés à New York, Berlin, Londres et Paris; villes où les lieux publics de rencontre homosexuels sont nombreux et où le dandysme se superpose au militantisme: clubs, bars, cafés, piscines, salons, et « drague sauvage » dans les parcs ou dans les salles de bain. Ces lieux ne s’affichent pas nécessairement comme tel, sont parfois dissimulés, mixtes ou non-mixtes et certains ferment et rouvrent fréquemment[23]. La prostitution homosexuelle est fortement répandue et même institutionnalisée à Berlin et àParis.[24] Les milieux sont marqués par une culture mondaine et bourgeoise, centrée sur l’art et la littérature. Les facteurs expliquant l’émergence de ces nouvelles communautés, identités et sous-cultures sont nombreux, variables et sujets à de grands débats théoriques.L’urbanisation est continuellement pointée du doigt, autant par les institutions de pouvoir de l’époque que par les historien.nes[25]. À ce propos, Higgins soulève l’importance de la transition au capitalisme qui émancipe du contrôle familial[26]. Pour Tamagne c’est le sentiment de sécurité procuré par cette période qui fut au cœur du processus deformation de communautés[27], alors que Maynard y place la conquête de l’espace public[28]. Ce qui fait consensus, c’est que cette émergence se fit dans un contexte urbain de passage à l’ordre libéral qui accentue les libertés individuelles, notamment dans le milieu du divertissement. Elle concerne cependant majoritairement des hommes blancs salariés.

Malgré le vide historiographique concernant la situation de l’homoérotisme montréalais à cette époque, il est certain qu’elle fut très différente de la liberté caractéristique des milieux parisiens ou berlinois. L’ordre social sexuel montréalais était profondément dicté par l’Église catholique, dont le rôle de régulateur social ne fut que croissant après les Rébellions[29].C’est elle qui a forgé, depuis l’ère de la Nouvelle-France, le discours étouffant ayant légitimé la normalisation et la répression de l’homoérotisme. Pour Corriveau, son discours reste hégémonique, jusqu’au milieu du XXesiècle, malgré ses enchevêtrements et son interdépendance avec les discours médicaux, juridiques et psychiatriques[30]. Hurteau nuance cette hégémonie en pointant la loi de « grossière indécence », de 1890, comme point de rupture :

 À partir de la fin du XIXe siècle, l’homosexualité, définie comme maladie des rôles sexuels, n’est plus tant un pêché contre nature qu’un crime contre le mode d’organisation de la société.C’est la construction sociale de l’homosexualité comme transgression des rôles sexuels, développée d’abord par la médecine et la psychiatrie puis mise au service du judiciaire chargé du maintien de l’ordre public, qui caractérise cette époque. (…) Le discours judiciaire ne s’articule plus sur des concepts religio-philosophiques, tel l’ordre naturel issu de la création divine. Il trouve maintenant sa propre rationalité dans le maintien d’institutions sociales jugées saines : la famille et le mariage hétérosexuel modelé sur la rigidité de rôles sexuels dichotomiques. En défendant ces valeurs, l’Église catholique québécoise ne fait pas que sauvegarder la sexualité procréatrice ou promouvoir l’idéal de chasteté, elle cherche à protéger un ordre de civilisation patriarcal et « hétérosexistes ».[31]

Les indices concernant les lieux publics montréalais de rencontre homoérotique sont très rares, mais la thèse dedoctorat de Hurteau, rapportant les archives judiciaires, combinée au dépouillement systématique des journaux montréalais effectué par Higgins et Kathryn Harvey, amène de modestes précisions sur la vie homoérotique montréalaise à la fin des années dix et au début des années vingt. Le Champs deMars est un des lieux de rencontre homoérotiques récurrent dans les cas judiciaires relevés par Hurteau et la scène de trois des quatre coupures de presse du Montreal Evening Star de 1869 et 1886 rapportées par Higgins, « premiers reportages dont nous disposons » de ces ébats entre hommes[32]. L’Île Sainte-Hélène, « deuxième lieu de drague de cette époque », connaît une importante augmentation du nombre d’arrestations pendant la Première Guerre mondiale[33]. À la majorité des arrestations se produisant dans des lieux publics extérieurs, il faut ajouter quelques cas dans des lieux privés, comme l’affaire du club Geoffrion en 1908, ou celle en 1916 de l’arrestation du propriétaire d’une maison de pensionnaires servant de bordel masculin[34]. La seule source témoignant de lieux publics intérieurs de rencontres homosexuelles nous provient d’un des hommes interviewés par Higgins. Il affirme qu’il y aurait eu un club sur la rue Sainte-Catherine[35]. Celui-ci conclut sa brève analyse des sources de Hurteau et du dépouillement des journaux ainsi:

(…) l’accès à ces rencontres est restreint à ceux qui possèdent les ressources financières pour participer à ces réseaux loin du regard de la famille ou des voisins (…) le développement d’un sentiment d’appartenance communautaire plus large nécessite des espaces moins dangereux et accessibles à tous[36].

Influences et modèles de Gidlow et Mills

Les villes de Berlin, Paris, New-York etLondres jouent un rôle de modèle dans l’identification de Mills et de Gidlow aux sous-cultures homosexuelles présentes dans ces villes. Nous détaillerons ici les quatre éléments d’influence européenne chez Gidlow et Mills qui ne sont que brièvement signalés par Kinsman. Tout d’abord, dans ce qu’il appelle la « same-sex litterature itself », il inclut « Haverlock Ellis, Edward Carpenter and the works of Kraft-Ebing, Lombroso and Freud », sans toutefois préciser ces influences[37]. Gidlow les discute pourtant dans son autobiographie. Ces scientifiques ont théorisé la sexualité, en ont catégorisé différents types et ont même eu une importante influence sur la théorie de la « dégénérescence sociale »[38]. Ellis est reconnu pour avoir écrit le premier texte de sexologie sur l’homosexualité en 1896, Das Konträre Geschlechtsgefühle (traduit en 1897 sous le titre Sexual Inversion), créant ainsi la catégorie de « inverts» pour qualifier les homosexuels, qu’il ne considérait pas comme vicieux.ses, malades ou immoraux.les, le texte se voulant scientifique[39]. À ce propos, Houlbrook nous dit :

Haverlock Ellis, John Addington Symonds and Edward Carpenter, in particular, articulated an affirmative model of love between men (…). CarpentersLove’s Coming of Age (1895) and IntermediateSex (1908), for example, deliberately challenged the associations between sex and procreation. Drawing upon circulating ideas of romantic love, Carpenterdefined sex as a vehicule throught which individuals expressed their spiritualunity.[40]

Gidlow semble fortement imprégnée de ce romantisme. Elle relate que ce sont les livres Psychology of Sex, de Haverlock Ellis, ainsi que The Intermediate Sex et Towards Democracy d’Edward Carpenter qu’elle lut avecMills. Ces livres étaient  surtout disponibles aux docteurs, mais elle put avoir accès à des exemplaires grâce à leur ami Louis Gross, étudiant en médecine à l’Université McGill, qui les a aidés à obtenir certains des livres interdits[41].C’est lui qui les introduisit à Lombroso, Kraft-Ebbing et à Freud.

I began to look for books on psychology to seek deeper understanding of why I had always felt myself an ‘‘ousider’’ in ordinary life. This understanding permitted me to find a credible space for myself between the rigidities of ‘‘male’’ and ‘‘female’’ where I could feel at ease. From Edward Carpenter’s The Intermediate Sex, I already had the notion of a ‘‘third sex’’. But that involved simply another segrementation. I now saw a spectrum of gender not crudely defined by bodily characteristics but psychological and emotional gradations flowing into one another, freeing the individual from arbitrary, prescribed roles. I felt released to explore the realities of my own nature.[42]

Ce passage peut sembler invraisemblablement moderne, gardons donc en tête qu’il fut écrit trois décennies après le temps qui est narré et que Gidlow a peut-être teinté son passé de réalités de son présent. Quoi qu’il en soit, cette affirmation n’est pas impossible. La première partie du passage semble en effet confirmer l’affirmation de Kinsman selon laquelle c’est cette littérature sexologique qui a permis à Gidlow et Mills de « nommer une autre sexualité ». Cette découverte s’inscrit plus largement dans l’incorporation d’une sous-culture homosexuelle occidentale. De plus, elle amène aussi des réflexions beaucoup plus générales sur le genre et la sexualité, radicalement en rupture avec leur zeitgeist. Gidlow relate plus loin, qu’elle et Mills eurent d’importantes réflexions critiques sur le mariage et sur la parentalité, rejetant les deux. Le second point que Kinsman mentionne est la«représentation médiatique du procès de Wilde », élément très important, quoique beaucoup moins discuté par Gidlow. Elle écrit, comme le rapporte aussi Kinsman: « Le procès et l’emprisonnement d’Oscar Wilde n’étaient pas très loin dans le passé et très réels. » Soulignons ici que ce procès a eu un effet immense en Grande-Bretagne, causant une « panique morale »[43]. Il s’inscrit plus largement dans un « contrecoup puritain » faisant réponse à une série de scandales partout en Occident[44].À Montréal, et ailleurs au Canada, il a été intensément médiatisé, ce qui amène Kinsman à parler d’un modèle, « The Oscar Wilde Type », reprenant les mots d’un juge ontarien[45]. Ce modèle, cité par Kinsman, provient de la manière dont les médias ont dépeintOscar Wilde comme l’homme bourgeois « pervertissant » la jeunesse des classes ouvrières. Kinsman affirme qu’il est devenu un archétype, surtout puisque les références aux « hommes du ‘‘The Oscar Wilde Type’’ » sont devenues communes. Le sociologue soulève en troisième lieu certaines références à« à la tradition grecque classique»,ne soulevant toutefois que le passage suivant de l’autobiographie : « Nous avons fouillé dans les mœurs de laGrèce ancienne ». La poésie homoérotique de Sappho est pourtant un modèle et une très importante source d’inspiration pour Gidlow qui a développé une grande passion pour elle. Elle précise: « Je suis partie à la recherche de tout ce que je pouvais trouver de ses fragments traduits, et de n’importe quoi écrit par elle, rare à l’époque [46]». Cette passion pour Sappho a même menéRoswell Mills à accoler à Gidlow le surnom de « Sappho »; « Les autres l’ont adopté et ce fut mon nom jusqu’à plusieurs années après que j’ai quittéMontréal »[47]. L’influence de Sappho est par ailleurs nettement visible dans le style de Gidlow. Notons aussi que la tradition homoérotique grecque en général eut une importance significative sur Gidlow, notamment par sa lecture du Banquet de Platon, où il est longuement question d’homoérotisme masculin, ainsi que des amitiés passionnées néoplatoniciennes. Finalement, Kinsman relate la quatrième influence comme « une influence culturelle homosexuelle claire sur Roswell ». Il est vrai que, de la manière dont Gidlow narre cette période, beaucoup des repères culturels semblent lui avoir été amenés par Mills, lui-même introduit par des hommes plus âgés, ce qui semble laisser entendre la présence d’une certaine communauté. Mills partage cependant cette influence de la culture homosexuelle avec Gidlow.

Bien que Kinsman soulève des points qui sont, on l’a vu, essentiels, il omet une influence fondamentale, celle de la culture littéraire homosexuelle. C’est dans celle-ci que Gidlow et Mills se trouvent dans la plus claire continuité avec la culture homosexuelle occidentale.Ces auteur.trices, dont l’homosexualité était dévoilée ou qui l’affirmaient dans leurs textes, faisaient partie de ce que l’on pourrait ici qualifier de sous-culture littéraire homosexuelle. En plus de Sappho, Gidlow nomme plusieurs de ces auteurs.trices qui sont de grandes inspirations pour elle et Mills: « Oscar Wilde, Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, Swinburne, Maeterlinck, Max Beerbohm, Joris Karl Huysmans. All were bourgeois-scorning, ‘‘decadent’’ rebels of the nineteens and early twenties with their glamorous sinfulness »[48]. Elle narre plus tard: « J’ai étudié le français (…) pour pouvoir lire l’original Les Fleurs du Mal de Beaudelaire, excitée de trouver ses écrits d’amour, d’amour passionné entre femmes ». Gidlow ne fait pas explicitement part d’une sous-culture homosexuelle, ni de sa continuité avec celle-ci, mais rapproche son expérience de celle de ses modèles. Elle écrit, par exemple: « fière d’être de la famille spirituelle et passionnelle de Saphho, Shakespeare, Michelangelo, Leonardo da Vinci, Carpenter, WaltWhitman (…) »[49].D’autre part, la rencontre entre Gidlow et Roswell fut de la plus grande importance dans la construction de cette sous-culture. C’est elle qui leur a permis de mettre en commun leurs expériences. À ce propos, Gidlow écrit : « En réponse aux confidences de Roswell à propos de sa vie amoureuse malheureuse, je lui ai parlé des sentimes qu’avais eu pour Frances. Je lui ai parlé de sa‘‘trahison’’, reconnaissant à présent que j’avais été ‘‘amoureuse’’»[50]. De plus, c’est ensemble qu’il et elle ont découvert la littérature sexologique, la culture littéraire homosexuelle, ainsi que les autres éléments ayant permis l’affirmation de cette sous-culture, notamment dans les publications. En plus d’être des modèles pour Gidlow etMills les villes de New York, Londres, Paris et Berlin ont aussi joué le rôle de spectres d’une vie meilleure, en tant qu’homosexuel.le, et ce, jusqu’à leur départ pour New York. Gidlow y revient souvent, l’opposant au conservatisme montréalais, ville qu’elle considère comme culturellement limitée par rapport aux autres métropoles occidentales. Elle écrit:

 We intorlerant young rebels looked to France, to London. Canada seemed not to take root in me (… ) The overwhelming maleness of canadian society was most oppressive. In heavily churched Quebec, patriarchy was most oppressive. Would there ever be one of my own sex to whom I might turn in love or for the comradship Roswell and his male friends enjoyed? Had it all been buried for women in the Island of Lesbos? (…) I did constantly wonder if there was or could ever be a community of women such as appeared to exist to some extent for men, perhaps in Europe, most promisinglyParis. There we heard that people like us were simply taken for granted. In Germany and in England too.[51]

Gidlow oppose le conservatisme québécois, et les limitations culturelles de la ville de Montréal aux grandes villes occidentales, qu’elle idéalise comme berceaux de la sous-culture homosexuelle et promesses d’un avenir meilleur. Elle conclut plus loin: « Paris étant pour le présent inatteignable, je commençais à rêver de New York. [52]»

Homosexualité dans les publications

Le principal problème auquel on se heurte en étudiant la présence d’homoérotisme dans les publications poétiques et journalistiques de Gidlow et de Roswell est le fait qu’il ne reste qu’une seule de toutes leurs publications pendant leur période montréalaise, soit le premier numéro du second volume du magazine Les Mouches Fantastiques. C’est toutefois justement le fait que celle-ci soit le second volume, son changement de nom – il s’appelait CoalFrom Hades -, ainsi que certains sous-entendus de Gidlow dans son autobiographie, qui portent à croire qu’il y aurait eu d’autres volumes du magazine. On peut certainement affirmer qu’il y a eu au moins un autre volume, mais pour le reste, cela reste incertain. Un autre enjeu tient de l’impossibilité de retracer la date d’écriture ou de publication de certains poèmes de Gidlow, où l’homosexualité est bien moins subtile, qui furent publiés dans des recueils plus tardifs, mais qu’elle aurait écrit pendant qu’elle vivait à Montréal[53]. De ce que l’on sait des publications de l’ère montréalaise, elles étaient porteuses d’un fort contenu homoérotique, ainsi que d’éléments issus des sous-cultures homosexuelles européennes et nord-américaines. De Gidlow elle-même, nous savons que l’autre ou les autres volumes du magazine contenaient des articles sur Carpenter, des traductions de Verlaine et de Beaudelaire, mais surtout des poèmes homoérotiques. Celle-ci note que le magazine aurait compté environ une centaine d’exemplaires mimeographiés et écrit avoir aussi publié des comptes rendus de livres, des articles, ainsi que de la poésie dans The Canadian Bookman. Roswell, quant à lui, travaillait au journal The Montreal Star, écrivait dans la section financière, mais aussi comme éditorialiste, sous un pseudonyme féminin[54],que l’historien amateur Hamish Copley affirme comme étant très probablement JessieRoberts[55]. Gidlow écrit : « Nous avons formé un groupe, moi-même nommée présidente», mais ne mentionne étonnement jamais sa présidence à la United andAmateur Press Association (UAPAA), en dépit qu’elle admette qu’ « inspirée par un autre groupe à New York, qui publiait ses propres journaux et maganizes et qui étaient connus sous le nom de Amateur Press Association, j’ai proposé à Roswell de faire la même chose»[56].Hamish Copley écrit à propos de la UAPAA; « le journalisme amateur fonctionnait comme l’équivalent papier de la blogosphère dans les années 1910, et la UAPAA était l’un des deux plus grands joueurs dans ce domaine. »[57] Il qualifie Gidlow et Roswell de « célébrités mineures dans les cercles de journalisme amateur »[58] et soulève l’étrangeté de cette omission dans l’autobiographie. Il amène comme explication possible la querelle de Gidlow avec le fameux écrivain H.P.Lovecraft. En effet, Gidlow a été présidente en 1917 et 1918 d’une des «factions » créées suite au « schisme » qui a eu lieu dans l’UAPAA en 1912.L’autre « faction » reconnaissait Lovecraft comme son président. S’en sont suivis des échanges hostiles dans leurs publications respectives, incluant ce que Copley qualifie de « d’attaque homophobe méchante » de la part de Lovecraft[59].Cette «attaque » confirmerait la présence claire d’éléments culturels homosexuels dans Les Mouches Fantastiques. Le troisième problème est la subtilité et le lyrisme des références à l’homosexualité dans les publications qu’il nous reste. Deux mentions dans le second volume de Les MouchesFantastiques sont assez explicites. Une première nous vient de la seconde strophe du poème Air de Roswell :

            (…)     

                        O love! I love too much, I know,

                        And find the loving pain,

                        For all my gifts of love bears not new love.

                        Only my faith begets a little wonder at itsconstancy.

                        And shall my gift be good

                        In sight of any man when one I love

                        These days finds it not good in sight of him?

Ce poème peut être interprété comme faisant écho à la difficulté de Mills à trouver des partenaires et à ses peines d’amour, notamment avec Louis Gross, qui a été une des motivations de leur départ pour New York. Une seconde mention, un peu moins explicite, d’amour ou d’érotisme lesbien se trouve dans le poème de Gidlow, Late Automn Afternoon. Associer ce poème à une pratique homoérotique ou lesbienne est surtout rendu possible par le fait qu’il soit dédicacé à une amie de Gidlow, une femme nommée Regina.

                    ToRegina

                        Grey,fingered with fickering threads of light;

                        Silence,broken by restless quavers of music.

                        Greyness,music, a fragile peace;

                        Aplaying thought of slumber.

                        Andon my lips faintly disturbed fingers,

                        Andon my heart, Love’s hands, like a child’s hand,

                        Stirring me half awake.

Malgré que ce poème soit dédicacé à Regina, Gidlow écrit que le poème s’adressait à une femme nommée Estelle, dont Gidlow a été passionnément amoureuse. Selon Gidlow, celle-ci savait qu’elle inspirait la plupart de la poésie de Gidlow[60]. D’autre part, la publication de Les Mouches Fantastiques semble aussi avoir impulsé la création de réseaux homosexuels. De fait, c’est suite à sa publication que Roswell a rencontré le Révérend Graeme Davis, qui aurait connu Haverlock Ellis, et avec qui Roswell a eu une courte relation amoureuse[61].De plus, c’est suite à la publication du magazine que Gidlow a commencé à se faire envoyer des exemplaires de leur homologue new-yorkais, le Pearsons Magazine, qui promulguait la littérature homosexuelle, notamment avec des biographies telles que Life of Wilde et pour qui Gidlow et Mills écriront quelques années plus tard. En somme, nous avons montré que les publications de Gidlow, Mills et leur cercle, surtout celle du magazine Les MouchesFantastiques, se situent dans la continuité de l’affirmation d’une sous-culture homosexuelle en Occident, et que cela a créé une brèche ouverte dans l’ordre social hétérosexiste montréalais. Nous avons tout d’abord retracé leur place dans l’historiographie de l’homosexualité, qui ne s’est que très peu penchée sur la période de l’entre-deux-guerres, encore moins sur le cas de Gidlow et Mills (seul Kinsman en fait une courte analyse), et pas du tout sur leurs publications. Par la suite, en contrastant les contextes de certaines grandes métropoles occidentales (où les identités, communautés et sous-cultures fleurissent) avec celui de Montréal (où l’homosexualité est vécue dans l’ombre, et ou les identités ne sont pas encore formées), nous avons découvert que Gidlow et Mills s’inspiraient des milieux homosexuels des métropoles, pour constituer l’embryon d’une sous-culture homosexuelle àMontréal. Finalement, malgré les importantes difficultés à identifier les éléments homosexuels dans les publications, notamment de par leur subtilité, ainsi que de par toutes les incertitudes les entourant, nous avons tout même réussi à montrer le caractère culturellement homosexuel des publications grâce à quelques pistes. Parmi celles-ci se trouvent le récit de Gidlow elle-même dans son autobiographie, dans lequel elle nous dit que leurs publications contenaient de fortes références à l’homosexualité, la querelle avec l’écrivain H.P.Lovecraft, ainsi que deux subtiles références à l’amour entre deux hommes dans un poème de Mills et entre deux femmes dans un autre de Gidlow. En outre, quelques éléments mériteraient d’être traités plus en détails, tels que la place de Les Mouches Fantastiques dans le journalisme amateur ou l’inspiration stylistique des « traditions » littéraires homosexuelles dans la poésie de Gidlow et de Roswell. Mais cette analyse stylistique aurait davantage sa place dans le cadre d’une analyse littéraire qu’historique. Notons simplement que leur style « dans le mood de Maeterlinck » est directement inspiré des auteur.es issu.es d’une sous-culture littéraire homosexuelle. Il est clair qu’il est profondément ancré dans le mouvement romantique, dont ces auteurs sont les emblèmes.


  • [1] Gary Kinsman, The Regulation of Desire : Homo and Hetero Sexualities, Montréal, Black Rose Books, 1996 [1987], p. 83.
  • [2] Florence Tamagne, Histoire de l’homosexualité en Europe. Berlin, Londres, Paris :1919-1939, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Univers historique », 2000, p. 13.
  • [3]Gary Kinsman, Op. Cit., p. 59, 61.
  • [4] Ibid., p. 12-13.
  • [5]Patrice Corriveau, « L’évolution de la gestion juridique des individus aux mœurs homoérotiques au Québec : l’influence des discours dominants » dans Bulletin d’histoire politique, vol.16, no 3,2007, p. 33-42. 
  • [6]GaryKinsman, Op. Cit., p. 13.
  • [7]Steven Maynard, « ‘The Burning, Wilful Evidence’ »dans Lesbian/Gay History and Archival Research, Archivaria 33,Janvier 1991, p. 198.
  • [8] Ross Higgins, De la clandestinité à l’affirmation pour une histoire de la communauté gaie montréalaise, Montréal, Comeau & Nadeau, 1999, p. 82.
  • [9]Ross Higgins, Op.Cit, p.82-83. Gardons entête que Higgins fait ici référence aux interviews orales qu’il a mené dans le cadre de sa recherche et non aux autobiographies, telles que celle de Gidlow.
  • [10]Ross Higgins, « La carrière secrète de Roswell George Mills : librettiste d’opéra », dans L’Archigai. Bulletin des Archives Gaies du Québec, no°26, Octobre 2016, p.5. MichaelLyons, « Canada’s first gay rag » dans Xtra!, Fév. 2015.  
  • [11] Ibid., p. 82-83. 
  • [12] Les ouvrages de Barbedette et Carassou, Paris gay 1925 (1981),de Matt Houlbrook, Queer London: Perils and Pleasures in theSexual Metropolis, 1918-1957(2005),de Beachy, Gay Berlin : Birthplace of a Modern Identity (2014) et surtout de Chauncey, Gay New York : 1890-1940 (1994) sont pionniers.
  • [13] Ross Higgins, « La régulation sociale de l’homosexualité. De la répression policière à la normalisation », dans PatriceCorriveau et Valérie Daoust (dir.), La régulation sociale des minorités sexuelles. L’inquiétude de la différence, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011 p. 68-69.
  • [14] Steven Maynard, compte rendu de Gary Kinsman, TheRegulation of Desire: Sexuality in Canada, Montréal, BlackRose Books, 1987, Labour / Le Travail, vol. 23, Printemps1989, p. 319-320.
  • [15]Pierre Hurteau, Homosexualité, religion et droit au Québec: Une approche historique, thèse de Ph.D. (religion),Université Concordia, 1991, 299p. et Pierre Hurteau « L’homosexualité masculine et les discours sur le sexe en contexte montréalais de la fin du XIXe siècle à la révolution tranquille » HistoireSociale / Social History, 2013, p. 41-66. Le travail de Dominic Dagenais sur l’homosexualité à Montréal au tournant du XIXe et au début du XXe est encours.
  • [16] À qui je dois ma copie du second volume du magazine Les Mouches Fantastiques et que je remercie chaleureusement.
  • [17]Corriveau. La répression des homosexuels en France et au Québec., Sillery, Québec, Septentrion, 2006, 227p.
  • [18] Deux thèses sur le sujet furent publiées depuis l’écriture de cet article. Le mémoire de Virginie Pineault retrace, à partir des archives journalistiques, l’émergence d’une communauté homosexuelle àMontréal entre 1860 et 1910. La thèse de Dominic Dagenais relate la présence de pratiques et d’une identité homosexuelle à Montréal entre 1880 et 1929, et tout précisément le rôle du cercle de Gidlow.
  • [19]Gary Kinsman, The Regulation of Desire : Homo and HeteroSexualities, Montréal, Black Rose Books, 1996 [1987], p. 124-125.
  • [20] Ibid., p.64.
  • [21] Ibid., p.58.
  • [22] Steven Maynard, compte rendu de l’ouvrage de GaryKinsman, The Regulation of Desire: Sexuality in Canada, Montréal,Black Rose Books, 1987, Labour / Le Travail, vol. 23, Printemps1989, p. 319-320. Steven Maynard, « Through a Hole in the Lavatory Wall:Homosexual Subcultures, Police Surveillance, and the Dialectics of Discovery, Toronto, 1890-1930 » Journal of theHistory of Sexuality, 1994, p. 239.  Dans cet article sur le contexte torontois, Maynard amène le concept de « Dialectics of Discovery » (qui vient préciser le concept précédent) pour expliquer l’apparition des identités et sous-cultures homosexuelles comme «  a reciprocal relationship of subcultural and discursive formations ».
  • [23] Ibid., p. 59
  • [24] Ibid., p.68-71, 83-87.
  • [25] Steven Maynard, « Through a Hole in the Lavatory Wall: Homosexual Subcultures, PoliceSurveillance, and the Dialectics of Discovery, Toronto, 1890-1930 » dans Journal of the History of Sexuality, 1994,p. 207-208.
  • [26] Ross Higgins, De la clandestinité à l’affirmation pour une histoire de la communauté gaie montréalaise, Montréal, Comeau & Nadeau, 1999, p. 86.
  • [27] Florence Tamagne, Histoire de l’homosexualité en Europe. Berlin, Londres, Paris :1919-1939, , Paris,Éditions du Seuil, coll. « Univers historique », 2000, p. 99.
  • [28] Steven Maynard, «Through a Hole in the Lavatory Wall: Homosexual Subcultures, PoliceSurveillance, and the Dialectics of Discovery, Toronto, 1890-1930 » Journal of the History of Sexuality,1994, p. 207-9.
  • [29]Patrice Corriveau. La répression des homosexuels en France et au Québec., Sillery, Québec, Septentrion, 2006,  p. 94-95.
  • [30]Patrice Corriveau, «L’évolution de la gestion juridique des individus aux mœurs homoérotiques auQuébec : l’influence des discours dominants » dans Bulletin d’histoire politique,  vol.16, no 3,2007, p. 35-36.34.
  • [31] Pierre Hurteau, « L’homosexualité masculine et les discours sur le sexe en contexte montréalais de la fin du XIXe siècle à la révolution tranquille », HistoireSociale / Social History, vol.26, noo 51, Juillet 2013, p.65-66.
  • [32] Ross Higgins, « La régulation sociale de l’homosexualité. De la répression policière à la  normalisation », dans Patrice Corriveau etValérie Daoust (dir.), La régulation sociale des minorités sexuelles.L’inquiétude de la différence, Québec, Presses de l’Université du Québec,2011, p. 74
  • [33] Ibid., p. 89.
  • [34] Ibid., p.78.
  • [35] Ibid., p.77.
  • [36] Ibid., p. 77-78.
  • [37]Gary Kinsman, Op.Cit.,125. Elles sont pourtant fondamentales, puisqu’elles correspondent exactement à ce que Maynard conçoit, avec sa théorie des Dialectics of Discovery, reprenant ce que Foucault appelle les « centres locaux de pouvoir-savoir ». Steven Maynard Op. Cit., 239.Dans le cas de Gidlow, c’est l’encyclopédie où elle trouva la définition du mot« hermaphrodite », comme « homosexualité » qui seraient ce « centre local de pouvoir-savoir » dont fait part Maynard.
  • [38] Gary Kinsman, Op.,Cit., p. 64.
  • [39] Matt Houlbrook, Queer London: Perils and Pleasures in the Sexual Metropolis, 1918-1957, Chicago,University of Chicago Press, 2005, p. 198.
  • [40] Ibid., p. 200.
  • [41] Elsa Gidlow, «Casting a Net », dans ELSA : I Come With My Songs : The Autobiography of Elsa Gidlow, San Francisco, Bootlegger Press, 1986, p. 72.
  • [42] Ibid., p.72-73.
  • [43]Florence Tamagne, Op. Cit., p. 28.
  • [44] Ibid.
  • [45]Gary Kinsman, Op. Cit., p. 126.
  • [46] Ibid., p. 73.
  • [47]Ibid., p.75.
  • [48] Ibid., p.71-71.
  • [49] Ibid.
  • [50] Ibid., p.73.
  • [51] Elsa Gidlow, Op.Cit., p. 77.
  • [52] Ibid., p.80.
  • [53] Notamment On aGrey Thread (1923), Sapphic Songs:Seventeen to Seventy (1976)
  • [54] Elsa Gidlow, Op.,Cit., p. 71.
  • [55] Hamish Copley, «Elsa Gidlow » dans The Drummer’s Revenge. LGBT history and politics in Canada, Novembre 2009.
  • [56] Elsa Gidlow, Op.Cit., p. 82.
  • [57] Hamish Copley, «Elsa Gidlow’s Circle – Roswell George Mills » dans The Drummer’s Revenge.LGBT history and politics in Canada, Juin 2010.
  • [58] Hamish Copley, «Elsa Gidlow » dans The Drummer’s Revenge. LGBT history and politics inCanada, Novembre 2009.
  • [59] Ibid.
  • [60] Ibid., p.99.
  • [61] Ibid., p.117.