MAUDE GOULET-MÉNARD
Université de Sherbrooke
| Résumé À la fin du 18e siècle, les enfants abandonnés en France vivent dans des conditions qui seraient aujourd’hui jugées déplorables. Malgré leur prise en charge par l’État, la plupart des petits n’atteignent pas l’âge adulte. L’historiographie en est bien au fait. Néanmoins, relativement peu de recherches explorent la représentation de ces enfants, et ce,encore moins lorsqu’il est question d’étudier à la fois l’Ancien Régime et la période révolutionnaire. Ce texte a pour objectif d’analyser la manière dont sont envisagés les enfants abandonnés dans les journaux parisiens entre 1780 et 1800. Ainsi, les caractéristiques qui y sont attribuées aux enfants varient-elles en fonction du régime en place ? Varient-elles similairement lorsqu’ils sont décrits en tant que groupe ou de manière individuelle ? L’analyse permettra ainsi d’éclairer la perception sociale de ces enfants aux parcours atypiques dans des sociétés changeantes. |
Mots-Clés
Plan
- Sources et méthodologie
- Décrire le groupe des enfants abandonnés
- Un être nommé et individualisé : l’enfant trouvé contre l’anonymat
Vers 1640, Vincent de Paul et les Sœurs de la Charité se mobilisent afin de prendre en charge les enfants abandonnés de Paris. Ces derniers, fréquemment illégitimes, n’étaient précédemment pas admis dans la plupart des institutions parisiennes pour enfants. Les établissements d’aide à l’enfance, visant surtout les orphelins légitimes, ne venaient généralement pas en aide aux illégitimes[1]. À Paris, à la fin du 18e siècle, cette organisation sociale assure la prise en charge des enfants trouvés qui ne pouvaient donc trouver refuge ailleurs. Concrètement, voici comment celle-ci pouvait s’orchestrer : le nouveau-né abandonné est recueilli par un particulier (une sage-femme, souvent) qui l’amène au commissaire afin d’assurer son entrée dans le réseau institutionnel parisien[2]. Dès lors, le commissaire dresse un procès-verbal pour consigner les informations sur l’enfant et sur les circonstances de son abandon. Ensuite, le nourrisson est admis et inscrit dans les registres de l’hôpital des Enfants-Trouvés (à la couche, habituellement). Celui-ci assure ensuite son placement chez une nourrice, le plus souvent quelque part dans les provinces françaises. Vers six ans, quelques années après leur sevrage, les petits reviennent à l’hôpital si les nourrices ne souhaitent plus les conserver auprès d’elles[3]. Vers 12 ans, l’enfant fait face à trois possibilités : le placement en apprentissage, à la campagne dans les secteurs agricoles[4] ou à l’hôpital des Enfants-Trouvés[5]. Toutefois, lorsqu’aucune de ces options n’est envisageable, l’enfant est envoyé dans des institutions visant la prise en charge d’adultes comme la Salpêtrière ou la Pitié[6]. Lors de la Révolution, le fonctionnement de la prise en charge reste similaire bien que quelques changements s’observent. Le régime fédère, entre autres, les soins aux enfants abandonnés et aux orphelins au sein de mêmes établissements, faisant en sorte que la frontière entre ces deux groupes devienne poreuse. Dès le milieu des années 1790, à Paris, l’hôpital des Enfants-Trouvés est fermé et les petits abandonnés sont progressivement redirigés dans quelques endroits[7].
L’historiographie s’est depuis longtemps penchée sur la question des enfants abandonnés en France et à Paris. Dès la fin du 19e siècle et jusqu’au milieu du 20e siècle, plusieurs auteurs s’intéressent à une histoire institutionnelle des enfants abandonnés[8]. Ce n’est cependant qu’avec l’ouverture du champ de l’histoire de l’enfance en 1960 par Philippe Ariès que les enfants eux-mêmes commencent à mobiliser la recherche[9]. Malgré cette ouverture, il faut attendre les années 1970 pour que les premiers travaux se détournent du sujet de la famille nucléaire et s’intéressent aux enfants trouvés. Le mémoire de Nicole Sergent (1971), d’abord, s’intéresse à la formation des garçons et filles abandonnés dans leurs hôpitaux de prise en charge[10]. Puis, Claude Delasselle, en 1975, brosse le portrait de l’abandon à Paris à la fin du 18e siècle : combien d’enfants sont pris en charge, quelles sont leurs origines et qui sont leurs parents[11] ? Il indique qu’à la fin du 18e siècle, les enfants recueillis à l’hôpital sont principalement des nouveau-nés. Peu de petits, soit environ 7 %, sont abandonnés après l’âge de 3 ans. De ce nombre une grande part (non spécifiée quantitativement) proviendrait des provinces qui, elles, enverraient à Paris des enfants malades, tout spécifiquement ceux atteints d’infections vénériennes. En outre, Delasselle consigne qu’en 1772 et en 1778, 98 % des enfants provenant de Paris et 87 % de ceux provenant des provinces ont moins d’un an lors de leur admission aux Enfants-Trouvés. En dressant ces statistiques, l’auteur note que, bien que la plupart des enfants abandonnés soient présumés illégitimes, près du tiers serait légitime et issu de familles pauvres. Ainsi, malgré la volonté première de l’hôpital des Enfants-Trouvés de garder les illégitimes et les légitimes séparés, une proportion importante — entre 20 et 30 % — des enfants sont nés au sein de mariages[12]. Dans les années 1980, les recherches se multiplient. Sous l’impulsion de Jean-Pierre Bardet, de nombreux articles sur le sujet sont produits dans le numéro de 1987 d’Histoire, économie et société[13]. Certains auteurs comme Philippe Aragon et Gilles Merien s’intéressent à la manière dont ces enfants sont envisagés par des élites influencées par les idées des Lumières ainsi que par les gouvernements[14]. En parallèle, les articles de Muriel Jeorger abordent la question de l’utilité des enfants trouvés en discutant de l’avenir qui leur est souhaité[15]. Isabelle Robin et Agnès Walch, quant à elles, produisent une analyse géographique des trajectoires des enfants entre l’hôpital des Enfants-Trouvés et les lieux de mise en nourrice[16]. Dans les années 1990, la recherche poursuit l’étude de thématiques antérieures tout en élargissant son champ d’analyse aux enfants abandonnés d’un âge plus avancé et aux conditions de vie des plus jeunes. Delasselle poursuit ses recherches en prenant pour sujet d’étude, en 1991, les enfants abandonnés provenant de l’Hôtel-Dieu à Paris. Il note alors que le décès d’une mère à l’accouchement à cet endroit explique ensuite l’abandon d’un nouveau-né[17]. Bardet, de son côté, s’intéresse en 1994 à la mortalité infantile et aux conditions de mise en nourrice des enfants abandonnés. Le taux de mortalité infantile des enfants abandonnés est assez élevé dû à la vulnérabilité inhérente de leur âge, aux maladies et épidémies de l’époque ainsi qu’aux traitements insuffisants et/ou inadéquats qu’ils reçoivent dans le système d’assistance français. Ainsi, à la fin du 18e siècle, alors que le taux de mortalité infantile des Parisiens est de 278/1000[18], celui des enfants abandonnés avant l’âge d’un an à Paris atteint 841/1000[19].
Plus récemment, cependant, l’historiographie s’est surtout intéressée aux orphelins, envisagés comme distincts et davantage valorisés que les enfants illégitimes, ainsi qu’au développement d’établissements médicaux pour enfants[20]. De fait, les historiennes et historiens ont étudié les abandonnés en tant que groupe : comment les gouvernements et les penseurs des Lumières les perçoivent-ils ? D’où proviennent ces enfants ? Où sont-ils placés ? Quelle est leur éducation ? Malgré ces multiples problématiques, la plupart des études ne se sont concentrées que sur l’analyse collective, délaissant par le fait même l’étude des parcours individuels. En effet, seules quelques études depuis 1990 peignent un portrait plus individualisé des enfants abandonnés[21]. Néanmoins, ces études se basent sur des sources qui ne comportent que de très brèves descriptions des enfants. De fait, nous n’y apprenons que très peu sur ces derniers outre des caractéristiques individuelles plus génériques comme le nom, l’âge, le sexe, etc. Encore plus rares sont les études faisant le pont entre l’Ancien Régime et la Révolution. Comment sont ainsi représentés ces petits lorsque la presse les aborde ? Les descriptions mises de l’avant changent-elles de nature entre ces deux régimes ? Changent-elles de forme lorsque le groupe ou l’individu est décrit ? Nous postulons que la Révolution et ses valeurs — celle de l’égalité plus particulièrement[22] — auront un impact considérable sur les représentations des enfants comme groupe et comme individus. Ceux-ci seraient considérés de manière plus égalitaire et leur individualité serait davantage mise de l’avant. Pour répondre à ces questions, nous aborderons les enfants décrits comme un groupe aux caractéristiques homogènes. Ensuite, à l’aide de rares cas qui permettent le prolongement de la réflexion, nous verrons comment des garçons et des filles sont présentés par le truchement de leur parcours individuel.
1. Sources et méthodologie ↑
Afin de réaliser cette étude en histoire des représentations[23], nous avons d’abord réalisé une recherche par mots clés dans la banque de données Retronews[24]. Cette première démarche nous a permis d’identifier la période allant de 1780 à 1800 compte tenu du nombre élevé de publications à ce moment. À partir de ces résultats, nous avons sélectionné les huit journaux informatifs ayant imprimé le plus d’articles contenant les mots clés ciblés. À noter que, parmi les neuf journaux les plus populaires, nous avons exclu le Courrier des spectacles, ou journal des théâtres puisque les représentations qui y étaient colportées étaient davantage littéraires que sociopolitiques (ce qui explique le choix de huit journaux plutôt que neuf). Ces dernières, bien qu’importantes, ont été largement abordées par l’historiographie[25]. Ainsi, les huit journaux sélectionnés pour composer le corpus sont : la Gazette nationale ou le moniteur universel, le Journal de Paris, le Journal des débats et des décrets, le Mercure de France, le Mercure universel, la Clef du cabinet des souverains, la Gazette du commerce et la Gazette de France. Ceux-ci nous ont permis de composer un corpus de 483 entrées pour la période allant de 1780 à 1800. Certains de ces journaux impriment davantage de numéros pendant l’Ancien Régime tandis que d’autres concentrent leurs publications lors de la période révolutionnaire. Le seul ne couvrant que l’Ancien Régime est la Gazette du commerce, étant imprimé de 1763 à 1783. Ensuite, trois journaux publient à la fois sous l’Ancien Régime et sous la Révolution : le Journal de Paris (1777 à 1840), le Mercure de France (1724 à 1791, puis 1799 à 1818) et la Gazette de France (1631 à 1915). D’autres ne sont actifs que lors de la période révolutionnaire : Journal des débats et des décrets (1789 à 1805), la Gazette nationale ou le Moniteur universel (1789 à 1901), le Mercure universel (1791 à 1797) ainsi que la Clef du cabinet des souverains (1797-1805).
Lorsque les auteurs de ces différents journaux publient des textes sur les enfants abandonnés, c’est fréquemment sous l’angle informatif. Lors de l’Ancien Régime, ces textes prennent une forme relativement courte et laissent davantage la place à l’opinion de la personne autrice. Pendant la Révolution, ce sont plutôt plusieurs comptes rendus et verbatims de séances d’assemblées qui font l’objet de publication. Les textes sont ainsi plus longs, bien que plus protocolaires et législatifs. En outre, lors des deux périodes, un nombre plus restreint d’articles traite des représentations plus métaphoriques comme celles que l’on retrouve dans les nouvelles littéraires. Les régions géographiques couvertes par les articles sont aussi variées, bien qu’elles se concentrent principalement sur Paris, ensuite sur le reste de la France et finalement sur le reste de l’Europe.
Pour traiter les articles de journaux, nous avons favorisé une recherche qualitative reposant sur une méthode inductive[26]. Ceci a permis d’élaborer une grille d’analyse destinée à repérer l’information pertinente sur les caractéristiques des enfants abandonnés, en séparant ce qui relevait des descriptions des abandonnés en tant que groupe et celles d’enfants individualisés et parfois même nommés. Cependant, certaines limites méritent d’être mentionnées. D’abord, il est important de prendre en considération la censure imposée aux différents écrits publiés lors de l’Ancien Régime avec le Code de la librairie. Celle-ci vise alors différents sujets, notamment les critiques envers la religion catholique et la monarchie. Néanmoins, à la fin du 18e siècle, cette censure peine à être appliquée alors que les écrits transgressant les règles de publication se démultiplient[27]. Concernant les enfants abandonnés, la censure s’applique potentiellement davantage sur les écrits qui critiquent le rôle de la monarchie dans la prise en charge de ses sujets les plus vulnérables. Durant la Révolution, au-delà de la période de 1789 à 1792, une censure persiste bien que son degré d’application varie en fonction du régime politique au pouvoir[28]. Ainsi, sous la Terreur en particulier, tout écrit jugé hostile au gouvernement révolutionnaire est passible de censure, ses auteurs encourant même la peine de mort. De ce fait, les écrits critiquant la gestion étatique de la prise en charge des enfants abandonnés peuvent se faire bien plus discrets.
De surcroît, il est nécessaire de mentionner que, bien que le présent article aborde parfois des sujets liés au vécu des enfants dans les provinces françaises, dont le placement des petits chez des particuliers dans les campagnes, les représentations projetées par les journaux sont celles des milieux urbains, du centre parisien plus précisément. Cette limite ne rend cependant pas l’analyse inopérante puisque cette dernière permet tout de même l’étude d’un sujet peu exploré. De plus, le contexte parisien permet l’étude de représentations émises depuis un endroit fort dynamique — la ville — pendant la Révolution. Aussi, malgré la censure, la production d’écrits provenant de la presse est importante entre 1780 et 1800, ce qui permet la composition d’un corpus riche contenant amplement d’informations.
2. Décrire le groupe des enfants abandonnés ↑
La façon dont se construisent et se modifient les représentations des enfants trouvés peut éclairer sur la manière dont ils étaient perçus socialement. Quels mots utilisent les journaux afin de les dépeindre ? Quels adjectifs et noms substitutifs sont priorisés ? Les termes descriptifs comme « abandonnés », « trouvés » ou « sans parents » ont été ignorés dans le but de privilégier des termes plus significatifs et moins influencés par les mots clés de notre recherche. Étant donné que ces représentations concernent l’image du groupe des enfants, et que la majorité de ceux-ci sont des nouveau-nés, nous pouvons en déduire qu’une image de nourrissons prédomine dans l’imaginaire collectif de l’époque. Cette image serait donc le sujet des propos tenus dans les journaux lorsqu’ils décrivent les enfants abandonnés comme groupe.
2.1. Les représentations d’Ancien Régime
Dans les journaux, 112 articles (environ 23 % du corpus) utilisent des chiffres, des adjectifs, des substantifs ou des groupes de mots afin de décrire ces enfants comme un ensemble. De ces articles, 56 % (63 entrées) sont publiés lors de l’Ancien Régime tandis que 44 % (49 entrées) sont imprimés lors de la Révolution. Durant l’Ancien Régime, ce sont les descriptions relatives au nombre, au malheur et à l’illégitimité des enfants qui sont rapportées le plus fréquemment. Pour ce qui est du nombre d’enfants, les entrées réfèrent surtout à des comptages. En effet, plus de la moitié des entrées de la période (34/63 entrées) y renvoient[29]. Ces nombreuses entrées ont tendance à décrire les enfants avec de simples chiffres. Ceci renvoie l’image d’un groupe de petits dont l’individualité se perd aux dépens de la masse qu’ils incarnent par leur nombre. En effet, selon Claude Delasselle, à Paris, le nombre de ces enfants est considérable, allant de 7 676 petits en 1772 à environ 5 800 par année lors de la décennie 1780[30]. Cette évocation des comptages est donc généralisante et souligne l’homogénéité d’un groupe massif frappant symboliquement à la porte de l’assistance. Celle-ci rappelle également les intérêts démographiques d’un Ancien Régime qui apprécie la puissance d’un État au nombre de ses sujets[31].
L’autre catégorie la plus révélatrice, lors de l’Ancien Régime, est celle référant au malheur ou à l’infortune des enfants abandonnés, présente dans près de 30 % des cas (19 entrées) utilisant des termes descriptifs lors de la période. Ces entrées usent des qualitatifs comme « humanité souffrante », « infortunés » ou tout simplement « malheureux ». Ainsi retrouve-t-on plusieurs articles d’opinion employant le ton de la commisération : « Les Administrateurs restant continuellement près des enfans malheureux confiés à leurs soins, entendroient mieux à la fois, dans le silence des campagnes, & la voix de leur conscience & le cri de l’infortune »[32]. Des textes plus informatifs font des constats similaires : « la protection que nous devons à ces Enfans, qui, sans être coupables, sont les plus infortunés de nos Sujets »[33]. Cette commisération concorde d’ailleurs avec les résultats de précédentes recherches. Plusieurs chercheuses et chercheurs ont en effet associé l’abandon d’enfant, en Europe et en France, à la misère[34]. Les petits issus de familles en difficulté seraient déposés plus fréquemment dans des institutions lors de crises de subsistance. Dans les journaux, cependant, la récurrence du thème de « l’infortuné » dépasse la simple évocation de la misère des familles pauvres et a plutôt pour effet de présumer de l’homogénéité des parcours des enfants tout en les plaçant dans une position digne de l’assistance de la société[35].
Toutefois, plusieurs études ont souligné que la misère, à elle seule, ne pouvait expliquer l’ampleur du phénomène de l’abandon à l’époque[36]. Certaines recherches reconnaissent des origines bourgeoises ou marchandes aux pères — ceux dont l’identité est connue — qui abandonnent leur enfant à Paris à la fin du 18e siècle[37]. L’illégitimité serait un motif important qui explique plusieurs abandons, si ce n’est pas la plupart d’entre eux à la fin du 18e siècle[38]. En effet, la bâtardise incarnerait une « tache » identitaire et infamante sur enfants au long de la période[39]. Dans les journaux parisiens, ce thème de l’illégitimité est semblablement mobilisé afin de rappeler les origines et les causes morales du malheur de ces enfants. C’est ce qu’infère par exemple un article de 1780 qui rappelle que si ces enfants trouvés sont bien de pauvres « malheureux », ils sont aussi des « fruits du libertinage »[40]. Ces références à l’illégitimité se retrouvent dans 11 des 63 entrées d’Ancien Régime. Bien que ce nombre puisse sembler modeste, soulignons que tous les articles utilisant l’illégitimité pour décrire les enfants abandonnés sont détaillés et relèvent davantage du texte d’opinion. Ceci les distingue des comptages ou des articles insistant sur l’infortune qui sont plus nombreux, mais aussi plus laconiques. La commisération laisse alors place à la sévérité à propos de « ces fruits […] de la débauche »[41]. Or, cette sévérité ne s’oppose pas par défaut à la pitié et au besoin d’assistance. Si l’on se plaît effectivement à rappeler l’état de « bâtardise » de ces enfants que l’on suppose nés du péché, cela ne les renvoie pas nécessairement à l’état de coupable. On retrouve ainsi parfois côte à côte, dans un même article, la critique de l’origine des enfants et leur parfaite innocence : « On a vu naître un grand nombre de bâtards, exposer un grand nombre d’enfans, sans qu’on ait pris aucunes mesures pour conserver ces malheureuses victimes de la débauche ou de la misère »[42]. Ainsi, une nouvelle composante s’ajoute à la description homogénéisante des enfants. La société d’Ancien Régime assure une place à ces masses de petits garçons et de petites filles, la commisération voulant que l’on apporte une certaine aide à ces petits qui sont représentés comme malheureux, illégitimes, mais innocents.
2.2. Des descriptions révolutionnaires aux contours changeants ?
Pendant la période révolutionnaire, la caractérisation des enfants à l’aide de leur nombre, de leur malheur ou de leur illégitimité ne cesse pas. Les comptages, par exemple, continuent d’affluer bien qu’ils soient moins fréquents (dans 15 des 49 entrées). Le malheur et l’infortune sont également évoqués pour décrire les enfants (dans 16 des 49 entrées). Ceci peut en partie refléter la persistance de la précarité des enfants, malgré les réformes, décrets et discours prononcés pour améliorer leur sort et leur prise en charge lors de la Révolution[43]. L’illégitimité, quant à elle, ne disparaît pas entièrement du vocabulaire révolutionnaire, mais elle est de moins en moins mobilisée pour décrire les enfants abandonnés (dans 5 des 49 entrées). Parmi ces cinq occurrences, quatre emploient des termes plus neutres, privilégiant les désignations d’« enfants nés hors du mariage » ou d’« illégitime »[44]. De fait, malgré un nombre moins élevé de mentions, on constate une continuité de la prédominance de l’illégitimité.
Mais des thèmes nouveaux font également leur apparition. C’est dans ces ruptures que l’on peut voir se transformer l’identité des enfants abandonnés. En effet, deux tournants peuvent être décelés grâce au langage utilisé pour qualifier les enfants. D’abord, c’est l’appartenance à la patrie qui est mise de l’avant. Les abandonnés deviennent, dans les comptes rendus d’assemblées, des « enfants de la patrie » ou encore des « pupilles » que la patrie doit éduquer[45]. Le gouvernement tente ainsi de connoter de manière plus positive la position sociale des petits délaissés qui se retrouvent sous sa protection. Ensuite, et dans la droite ligne de ce premier changement, on voit surgir dans les articles le qualificatif d’orphelin. Lors de l’Ancien Régime, la distinction entre l’orphelin et l’enfant trouvé, dans les journaux, est beaucoup plus apparente, plus stricte. En 1781, dans un texte informatif imprimé à l’occasion de la commémoration de l’annexion de Strasbourg à la France, on décrivait les différentes œuvres de charité visant les pauvres. On écrivait alors à propos des enfants : « On régalera les Orphelins & les Enfans Trouvés, de lait, & de café au lait »[46]. Les enfants trouvés et les orphelins sont bien deux identités distinctes. Même constat en 1784, lorsqu’on procède au dénombrement des enfants d’une maison pour orphelins à Vienne en Autriche : « Le nombre des Enfans-trouvés placés dans la Maison des Orphelins, monte actuellement à 1 477 […]. Le nombre des Orphelins est de 435 »[47]. Le sceau d’illégitimité accolé aux premiers entraîne la nécessité de les départager clairement des deuxièmes. Or, dès 1790, la frontière devient plus nébuleuse. Même la reine, lors d’une visite fortement médiatisée à l’hôpital des Enfants-Trouvés (la couche), les appelle des « orphelins »[48]. Ce flou est renforcé par les projets du gouvernement révolutionnaire qui souhaite à la fois s’occuper de la gestion des enfants abandonnés et rendre leur traitement plus égalitaire[49]. En 1793, le Mercure universel imprime plusieurs articles du décret du 28 juin[50] : « Ces enfans seront désormais désignés sous la dénomination d’orphelins, toutes autres qualifications sont absolument prohibées »[51]. À nouveau en 1794, un article détaillant de nouveaux décrets cite celui du 28 juin 1793 et réitère la désignation d’« orphelin » pour les enfants abandonnés : « le paragraphe II du même titre premier, pour les secours aux enfans orphelins, ci-devant connus sous le nom d’« enfans abandonnés »[52].
La Révolution, malgré les continuités apparentes avec l’Ancien Régime, tente de plus en plus d’englober le groupe des enfants trouvés dans des ensembles et des définitions plus larges. Alors que ceux-ci étaient surtout associés à leur groupe de « trouvés » avant 1789, les catégories de la Révolution tendent à les inclure dans des ensembles plus vastes. En fait, les valeurs telles que l’égalité, associées à la période, influencent les descriptions des petits. Ils font désormais partie de groupes moins marginalisés comme la patrie ou les orphelins.
En somme, les descriptions des enfants affichent plusieurs similarités entre les deux périodes étudiées comme le démontrent les statistiques dressées quant aux descriptions référant au nombre et à l’infortune. Néanmoins, contrairement à ce que l’historiographie avançait, ce n’est pas l’illégitimité qui est utilisée le plus fréquemment comme descriptif pour les enfants trouvés. Plutôt, ce sont leur nombre élevé ainsi que leur « infortune » qui interpellent les journaux. Ces représentations permettent aux contemporains d’utiliser un ton de commisération afin de traiter de ces petits et de l’aide qui doit leur être consacrée. Lors de la Révolution, ces manières d’envisager les petits perdurent, bien que nous constations que de nouvelles façons de les décrire apparaissent. Sous l’impulsion des valeurs révolutionnaires, des termes plus égalitaires sont attribués à ces enfants. La patrie tente ainsi d’en faire « ses enfants » tandis que le gouvernement enjoint à ses contemporains d’utiliser des termes moins péjoratifs et hiérarchisants comme celui « d’orphelin ». Des constats similaires peuvent-ils s’accoler aux descriptions individuelles de garçons et de filles nommés et présentés dans les journaux ?
3. Un être nommé et individualisé : l’enfant trouvé contre l’anonymat ↑
Les représentations des parcours individuels des enfants trouvés peuvent nous en apprendre beaucoup sur la société qui les entoure. Elles permettent de constater s’il existe ou non des archétypes d’enfants mis de l’avant dans les journaux. À quoi et à qui sert la présentation de ces archétypes ? De quelle manière s’articulent-ils et se modifient-ils à travers la période à l’étude ? Passant des enfants prenant la parole dans les journaux à ceux présentés et décrits par leur père adoptif dans les assemblées révolutionnaires, les petits trouvés voient leurs parcours être brossés pour différentes raisons en fonction du régime. Ceux-ci sont habituellement âgés de plus de 7 ans. Leurs descriptions se font parfois plus longues, leur caractère et leurs paroles étant soulignés. On en décrit certains comme courageux, d’autres comme reconnaissants et dignes d’amitié.
3.1. Des enfants d’exception : représentations de probité sous l’Ancien Régime
Notre corpus comporte 26 mentions de parcours individuels dont sept se rapportent à l’Ancien Régime et 19 à la Révolution. Sous l’Ancien Régime, quatre des entrées de la période sont disparates et présentent des cas anecdotiques dotés de peu d’informations[53]. Cependant, deux cas décrits dans trois différentes entrées offrent beaucoup de détails et de similitudes tout en retenant l’attention des journaux : celui d’une fillette anonyme de 7 ans et celui de Pierre, 18 ou 20 ans[54]. Ces trois entrées se structurent autour d’un archétype d’enfant démontrant un caractère particulièrement moral. La jeune fille, enfant trouvée de Paris, avait été accueillie par un couple composé d’un « Cordonnier » et d’une « Institutrice »[55]. Dans l’article s’y rapportant, l’auteur décrit avec un ton convaincu les moyens pris par ses parents adoptifs et sa communauté afin d’amasser les fonds nécessaires pour parfaire son éducation. Fait très rare, l’auteur cite la petite qui exprime des paroles remplies de gratitude :
Messieurs[56], je suis une pauvre Orphéline [sic], abandonnée de tous ses parens, & qui n’a d’espoir que dans la bienfaisance des âmes sensibles. La Providence, Messieurs, semble me recommander spécialement à votre pitié […]. Puissent mes malheurs, & cette circonstance, intéresser vos cœurs généreux ![57].
Bien que l’authenticité de cette citation puisse être contestée, elle reflète néanmoins un appel à une certaine pitié comme pour les descriptions des groupes. L’auteur de la lettre la décrit également :
[elle] annonce un caractère digne d’amitié, & qui donne d’heureuses espérances. Quoiqu’on l’ait dite d’abord âgée de sept ans, son ensemble est celui d’un âge encore plus tendre. Sa physionomie offre tout à la fois une douce mélancolie où se peignent ses malheurs, & un air attrayant qui invite à les réparer[58].
À nouveau on retrouve la thématique du malheur. La fillette, quant à elle, devient un modèle de probité qui, malgré son éventuelle origine illégitime, se démarque par l’expression de sa reconnaissance vis-à-vis de la générosité de la communauté à son égard.
Le cas de Pierre, quant à lui, montre davantage l’archétype de l’enfant intègre. Son récit est raconté dans deux articles de journaux différents. Il est la seule personne de la période qui est citée à plus d’une reprise. Pierre est un jeune ayant été pris en apprentissage chez un cuisinier-traiteur[59]. Lorsque son maître éprouve des difficultés financières, Pierre décide de s’enrôler dans l’armée du roi en échange d’un montant qu’il donne ensuite à son maître. En effet, en prenant cet engagement, il touche une prime[60]. Selon le Mercure de France qui rapporte la nouvelle dans un texte informatif, il dit à son maître en lui remettant l’argent issu de son enrôlement : « Tenez, […] il y a long-tems que j’ai envie de servir le Roi, & de vous prouver que je ne suis point ingrat ; je viens de me satisfaire ; acquittez votre dette »[61]. Pierre incarne un symbole d’une grande rigueur morale. L’enfant est présenté comme étant reconnaissant, mais également comme étant courageux dans sa démonstration de cette reconnaissance. Le Journal de Paris, dans un article informatif, ajoute sur l’événement :
L’Officier […] donne les 60 livres. Pierre signe, & va tout joyeux les porter à son Maître, qui n’apprend que quelques jours après qu’ils sont le prix de sa liberté. Le Traiteur, sa femme, les voisins pleurent, admirent, entourent ce généreux enfant, qui s’écrie qu’il est trop heureux d’avoir donné cette marque de reconnoissance à son bon maître[62].
Dévouement à l’égard de son maître, allant jusqu’au don complet de soi par l’enrôlement, ainsi que bravoure face au danger : voilà que Pierre fait preuve d’une force morale particulièrement exemplaire. Ainsi, les parcours individuels, sous l’Ancien Régime, font fi de l’illégitimité associée aux petits trouvés. Au contraire, ce sont surtout des portraits de probité des enfants qui sont brossés comme pour éclipser la crainte d’origines illégitimes attachée à leur statut. L’enfant, surtout, démontre une reconnaissance remarquable envers ceux qui le prennent en charge. Il doit donc adopter une attitude de profonde reconnaissance envers ceux qui lui permettent d’améliorer un sort autrement considéré comme malheureux. Il doit aussi exprimer un sentiment de gratitude envers ceux qui, en lui donnant accès à une communauté et à une éducation, l’intègrent dans l’ordre établi sous l’Ancien Régime. L’enfant s’assure alors une place pérenne dans la société.
3.2. L’enfant nommé pour et par autrui : mise en valeur révolutionnaire
Lors de la Révolution, une certaine rupture s’opère. Alors que sous l’Ancien Régime, on tendait à adopter une approche morale en décrivant des enfants particulièrement reconnaissants et conscients de ce qu’ils devaient à la société, les parcours individuels mis en avant pendant la période révolutionnaire sont surtout l’occasion d’évoquer des intérêts financiers. Ce sont les cas de demandes — principalement par des pères adoptifs[63] — d’accès ou d’octroi de fonds de l’État qui suscitent la mise en lumière d’histoires individuelles (7/19 entrées). C’est en 1792 qu’un article présente pour la première fois un enfant par l’entremise du père adoptif. La Société Royale d’Agriculture y décrit alors les circonstances de la prise en charge par le sieur Moreau d’un garçon abandonné : il aurait été « délaissé sur la grande route, malade & périssant de froid dans la neige »[64]. Moreau lui aurait « prodigu[é] depuis sept ans, les soins les plus tendres »[65]. La Société, pour récompenser le père[66], lui octroie une médaille d’or[67]. À la différence de ce cas où l’on assiste à l’attribution d’une récompense, les autres enfants décrits dans les journaux, particulièrement dans les comptes rendus d’assemblées, le sont sous le prétexte d’obtenir une forme d’indemnisation pour la prise en charge d’un enfant abandonné. C’est dans ce contexte qu’est évoqué par un député de la convention nationale, lors d’une séance imprimée dans le Mercure universel, le cas de Guillaume en début d’août 1793 :
Voici le fait : Un bon citoyen de la commune d’Anet, nommé Bruno, au mois de février 1783, prit un enfant abandonné dénommé Guillaume, demeurant à Versailles ; il eut pû le faire déposer aux enfans trouvés, mais sa femme et lui l’ont nourri jusqu’à présent avec leurs cinq enfans[68].
L’article ne raconte pas l’histoire de Guillaume : il fait état de la bonté d’âme de Bruno afin de réclamer pour lui un dédommagement financier à l’État. À ce moment, il existait une disposition pour donner une indemnité aux familles ayant pris en charge un enfant abandonné. Celle-ci avait été mise en place afin de pourvoir financièrement à un vide occasionné par la suite de la révocation des privilèges féodaux. Les seigneurs avaient, avant cette révocation, pour devoir de s’occuper des enfants abandonnés trouvés sur leurs terres[69]. Après l’abolition, l’État convient de son rôle à prendre en charge ces petits. L’une des manières de procéder est alors de donner une indemnité à tout particulier ayant pris en charge un petit délaissé. Néanmoins, cette clause n’était pas rétroactive pour les années précédant 1791[70]. Ce n’est donc que quelques semaines après la publication de l’histoire de Guillaume dans les journaux[71], le 19 août 1793[72], que l’État permet aux familles de réclamer un montant pour une prise en charge antérieure à 1791. S’ensuivent de nombreux cas de garçons présentés par leur famille adoptive dans le but d’accéder à des fonds de l’État. Ainsi, un autre garçon décrit dans les journaux est Pierre Thibouville, âgé de 11 ans, originaire du Cap français et abandonné à Paris. Thibouville est pris en charge par Pierre Dolonde alors qu’il est âgé de 2 ans. Dolonde, en 1794, éprouve des difficultés à trouver l’acte de naissance du petit de 11 ans suite aux « troubles qui ont agité l’isle de Saint-Domingue »[73] et ne peut donc pas toucher les fonds prévus par la loi d’août 1793. Dolonde fait part du problème au gouvernement par l’entremise du comité des secours publics, l’argent est finalement accordé et la Convention décrète de nouvelles dispositions pour « faciliter les moyens de constater l’état civil des enfans abandonnés, dont l’acte de naissance ne pourra être représenté, et sur le genre et la nature des preuves qui pourront être admises en pareil cas »[74]. Un autre citoyen, Claude Boisseau, soulève, toujours par l’entremise d’un député, un problème à propos de cette loi. Celui-ci a pris en charge son neveu abandonné par ses parents, François Boisseau, de l’âge de 6 à 16 ans et réclame des indemnités. Les administrateurs du département de Paris se demandent alors s’il peut prétendre aux indemnités, dans la mesure où l’enfant n’était pas à la charge des seigneurs avant l’abolition de leurs privilèges[75], la clause rétroactive ne s’appliquant qu’aux citoyens ayant comblé ce rôle[76]. Le gouvernement refuse d’accorder l’indemnité puisqu’un lien de parenté unit Claude et François. Il déclare néanmoins l’accès à l’indemnité pour toute personne qui aurait pris en charge un enfant abandonné, peu importe l’époque, sous condition qu’il n’y ait présence d’aucun lien de parenté[77]. En bref, ces cas d’enfants abandonnés ne font pas l’objet d’un portrait moral ou d’un récit de leur parcours individuel. C’est surtout leur parent adoptif, leur père, qui prend place et présente leur parcours. Les enfants s’effacent étonnamment davantage lors de la période alors que la Révolution aurait pu laisser présager une nouvelle valorisation de l’individu. En effet, alors que les droits et libertés de l’individu constituent les fondements de l’assemblée révolutionnaire[78], les cas des parcours personnels des enfants abandonnés s’éclipsent derrière des intérêts financiers. On présente alors ces garçons dans des circonstances d’accès à des indemnités publiques et de demande d’adaptation des lois en vigueur. Leurs cas sont exploités et valorisés par les journaux qui mettent de l’avant des situations où des pères adoptifs généreux obtiennent des ressources offertes par l’État. Ce dernier est, quant à lui, montré sous un jour favorable, alors qu’il octroie des indemnités et prend en considération le sort des abandonnés[79].
Ainsi, les journaux de l’Ancien Régime et la Révolution ne présentent pas les cas d’abandonnés individualisés de la même manière. Sous les deux régimes, les auteurs des journaux mettent en avant des personnes exemplaires, mais cette mise en scène ne remplit pas les mêmes objectifs. Les journaux d’Ancien Régime, en présentant des enfants et des jeunes comme Pierre, tentent de normaliser la situation des enfants abandonnés en présentant des exemples de probité et de reconnaissance et gratitude absolues. Ceci permet de passer sous silence des origines inquiétantes où l’illégitimité demeure une possibilité. Pour la Révolution, l’enfant n’est plus au centre de l’attention. Le père et, surtout, le gouvernement s’y substituent. Ceux-ci prennent en charge les petits abandonnés et leur offrent des ressources. Cette valorisation des pères et du gouvernement est mise de l’avant dans les colonnes des journaux. De fait, les auteurs des journaux des deux périodes diffèrent dans les objectifs poursuivis. Contrairement à ce que nous pourrions penser, au temps de la Révolution, on s’attarde peu sur les individus que sont les abandonnés.
En somme, lorsque les petits abandonnés sont décrits sous l’Ancien Régime, les journaux les présentent en faisant référence à leur nombre, leur malheur ou leur illégitimité. Lors de la Révolution, les mêmes mots et expressions perdurent bien que l’on voie naître un nouveau vocabulaire cherchant à rétablir une plus grande égalité entre les enfants trouvés et les autres enfants pris en charge par l’État. Du côté des parcours individuels, sous l’Ancien Régime, les articles brossent le portrait d’enfants exceptionnels par leur rigueur morale. Lors de la Révolution, ce schéma s’estompe entièrement. Les parcours individuels sont détaillés en raison de considérations économiques : les pères souhaitant avoir accès à des ressources financières prodiguées par l’État et l’État souhaitant s’afficher dans un rôle de pourvoyeur. Ainsi, malgré quelques changements entre les deux périodes, et malgré l’hypothèse de départ qui postulait que les valeurs révolutionnaires transformeraient l’image des enfants trouvés, ceux-ci demeurent — la plupart du temps — entrevus comme une masse sans forme, la personne de l’enfant étant le plus souvent éclipsée.
Notes ↑
[1] Jeanne Pronteau, « Histoire de Paris », Annuaires de l’École pratique des hautes études, vol. 106, n° 1, 1974, p. 550‑551 ; Isabelle Robin et Agnès Walch, « Géographie des enfants trouvés de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles », Histoire, économie et société, vol. 6, n° 3, 1987, p. 344‑345.
[2] Nous utilisons ce cheminement à titre d’exemple puisqu’il est représentatif. Isabelle Robin et Agnès Walch, loc. cit., p. 343-360 ; Claude Delasselle, « Les enfants abandonnés de l’Hôtel-Dieu de Paris : l’année 1793 », Publications de l’École Française de Rome, vol. 140, n° 1, 1991, p. 503-512.
[3] La pension est plus élevée lorsque les enfants sont allaités, mais, la plupart du temps, les enfants demeurent chez les nourrices jusqu’à cet âge. Nicole Sergent, « L’Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris et la réinsertion sociale des Enfants Trouvés, 1751-1789 », mémoire de maîtrise (histoire), Université de Paris-Nanterre, 1971, p. 16.
[4] Ce placement à la campagne (que ce soit chez les nourrices ou autrui) est d’ailleurs l’option priorisée dès 1761 suite à la mise en place d’un règlement du Bureau de l’Hôpital général. Le Bureau souhaitait ainsi éviter le retour des enfants dans les hôpitaux parisiens : situation qui était jugée nocive pour l’insertion sociale des enfants. Nicole Sergent, loc. cit., p. 5 et p. 15 ; Isabelle Robin et Agnès Walch, loc. cit., p. 345 ; Isabelle Robin, « A foster placement project for abandoned children from Paris in the countryside, 1760–1770 », dans Nicoleta Roman (dir.), Orphans and Abandoned Children in European History: Sixteenth to Twentieth Centuries, New York, Routledge, 2018 (2017), p. 184-185.
[5] Nicole Sergent, loc. cit, p. 19-20.
[6] Ibid., p. 20 ; Maurice Capul, Infirmité et hérésie, Toulouse, Privat, 1990, 178 p. ; Isabelle Robin et Agnès Walch, loc. cit., p. 345.
[7] Les nouveau-nés délaissent la couche et sont redirigés vers l’hospice de la Maternité à Port-Royal où ils sont pris en charge avec les femmes qui accouchent. Les plus vieux, pour leur part, sont introduits dans des établissements nationaux qui les regroupent avec les orphelins. Jean-Paul Martineaud, De Vincent de Paul à Robert Debré : des enfants abandonnés et des enfants malades à Paris, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 70-72 ; Isabelle Robin-Romero, Les orphelins de Paris : enfants et assistance aux XVIe-XVIIIe siècles, Paris, PUPS, 2007, p. 37 ; Isabelle Robin-Romero, « Les établissements pour orphelins à Paris aux XVIIe-XVIIIe siècles », Histoire, économie et société, vol. 17, n° 3, 1998, p. 449.
[8] Léon Lallemand, Un chapitre de l’histoire des enfants trouvés : la Maison de la couche à Paris (XVIIe et XVIIIe siècles), Paris, Honoré Champion, 1885, 164 p. ; Jacques Dehaussy, L’assistance publique à l’enfance : les enfants abandonnés, Paris, Recueil Sirey, 1951, 391 p. ; Albert Dupoux, Sur les pas de Monsieur Vincent : trois cents ans d’histoire parisienne de l’enfance abandonnée, Paris, Revue de l’assistance publique à Paris, 1958, 415 p.
[9] Ces travaux soutiennent d’ailleurs une thèse du « changement des sensibilités » où l’enfant serait le sujet d’un intérêt et de soins plus importants lors de la modernité lorsque s’impose la structure de la famille nucléaire. Ces thèses ont été, depuis, réfutées par de nombreux médiévistes qui se sont opposés à cette interprétation évolutionniste. Philippe Ariès, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1997 (1960), 316 p ; Lawrence Stone, The Family, Sex and Marriage in England, 1500-1800, New York, Harper & Row, 1977, 800 p. ; Jean-Louis Flandrin, Familles (Parenté, maison, sexualités dans l’ancienne société), Paris, Hachette, 1976, 288 p. ; Élisabeth Badinter, L’Amour en plus : histoire de l’amour maternel, XVIIe-XXe siècle, Paris, Flammarion, 1980, 372 p. Pour les médiévistes : Danièle Alexandre-Bidon et Didier Lett, Les Enfants au Moyen Âge, Ve-XVe siècles, Paris, Hachette, 1997, 275 p. ; Didier Lett, L’enfant des miracles. Enfance et société au Moyen Âge (XIIe-XIIIe s.), Paris, Aubier, 1997, 396 p.
[10] Nicole Sergent, loc. cit., 106 p.
[11] Claude Delasselle, « Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 30, n° 1, 1975, p. 187-218.
[12] Ibid., p. 200.
[13] Jean-Pierre Bardet, « L’enfance abandonnée au cœur des interrogations sociales », Histoire, économie et société, vol. 6, n° 3, 1987, p. 291-299.
[14] Philippe Aragon, « L’enfant délaissé au Siècle des Lumières », Histoire, économie et société, vol. 6, n° 3, 1987, p. 387-398 ; Gilles Merien, « Les enfants trouvés sous le Directoire et le Consulat », Histoire, économie et société, vol. 6, n° 3, 1987, p. 399-408.
[15] Muriel Jeorger, « Enfant trouvé, enfant objet », Histoire, économie et société, vol. 6, n° 3, 1987, p. 373-386 ; Id., « L’hymen dans la neige ou sous les tropiques », Histoire, économie et société, vol. 6, n° 3, 1987, p. 421‑426.
[16] Isabelle Robin et Agnès Walch, loc. cit., p. 343‑360.
[17] Claude Delasselle, « Les enfants abandonnés de l’Hôtel-Dieu de Paris : l’année 1793 », loc. cit., p. 503-512.
[18] Stéphane Minvielle, La famille en France à l’époque moderne, Paris, Armand Colin, 2010, p. 260.
[19] Jean-Pierre Bardet, Corinne Martin-Dufour et Jacques Renard, « La mort des enfants trouvés, un drame en deux actes », Annales de démographie historique, n° 1, 1994, p. 137.
[20] Isabelle Robin-Romero, op. cit., 277 p. ; Jean-Paul Martineaud, op. cit., 270 p.
[21] Isabelle Robin et Agnès Walch, « Les billets trouvés sur les enfants abandonnés à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles », Publications de l’École Française de Rome, vol. 140, n° 1, 1991, p. 981‑991 ; Jean-Pierre Bardet et Guy Brunet, « Nom, identité, destin des enfants trouvés dans les pays latins une enquête à poursuivre » dans Jean-Pierre Bardet et Guy Brunet (dirs.), Noms et destins des Sans famille, Paris, Presses Paris Sorbonne, 2007, p. 8.
[22] Les valeurs soutenues par la Révolution, tout particulièrement l’égalité, la liberté ou la mise en valeur de l’individu, que l’on retrouve entre autres dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,pourraient avoir eu des répercussions sur la manière d’envisager les enfants abandonnés. Pour plus d’informations sur ces valeurs : François Furet et Mona Ozouf (dirs.), Dictionnaire critique de la Révolution française. Tome 4 : Idées, Paris, Flammarion, 2017 (1992), 544 p.
[23] Une histoire des représentations telles qu’émises par les élites propriétaires des journaux dans ce cas-ci. À propos du courant de l’histoire des représentations, voir : Roger Chartier, « Le monde comme représentation », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 44, n° 6, 1989, p. 1505-1520.
[24] Voici les mots clés sélectionnés : « enfant abandonné », « enfant délaissé », « enfant trouvé » et « enfant exposé », ainsi que leurs variations orthographiques et leurs formes au pluriel.
[25] Voir, par exemple : Florence Magnot-Ogilvy et Janice Valls-Russell (dirs), Enfants perdus, enfants trouvés : dire l’abandon en Europe du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Classiques Garnier, 2015, 400 p.
[26] Cette approche consiste d’abord à faire une lecture du corpus, puis, par processus inductif, à en déceler des catégories, des thématiques principales. Par une deuxième lecture, nous trions ensuite l’information dans ces diverses catégories. David R. Thomas, « A General Inductive Approach for Analyzing Qualitative Evaluation Data », American Journal of Evaluation, vol. 27, n° 2, 2006, p. 241-242.
[27] Georges Minois, Censure et culture sous l’Ancien Régime, Paris, Fayard, 1995, ePub.
[28] Madeleine Cerf, « La Censure Royale à la fin du dix-huitième siècle », Communications, n° 9, 1967, p. 2-27 ; François Moureau, « Informer et diffuser la pensée dans la France du dernier siècle de l’Ancien Régime », Lumens, vol. 28, 2009, p. 32 ; Gilles Feyel, La presse en France des origines à 1944 : histoire politique et matérielle, Paris, Ellipses, 1999, p. 37.
[29] Le plus souvent, ce sont des comptages parisiens qui prennent place dans les journaux. Ceux-ci publient alors le nombre d’enfants trouvés recensé durant l’année en prenant soin de séparer les compilations par sexe et par mois.
[30] Cette chute s’explique entre autres par le resserrement des lois interdisant le dépôt d’enfants des provinces dans la capitale (promulgation d’arrêts royaux en 1773 et en 1779). Claude Delasselle, « Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle », loc. cit., p. 188-189.
[31] Isabelle Robin-Romero, « Fondateurs, administrateurs et auteurs face aux enfants délaissés en France aux XVIIe-XVIIIe siècles », dans Florence Magnot-Ogilvy et Janice Valls-Russell (dirs.), op. cit., p. 157.
[32] M. Garat, « Variétés », Mercure de France, 20 novembre 1784, p. 127-128.
[33] « De Paris, le 6 Juin », Gazette du commerce, 12 juin 1781, p. 374.
[34] Voir la brève revue historiographique dans : Jean-Pierre Bardet et Olivier Faron, « Des enfants sans enfance. Sur les abandonnés de l’époque moderne » dans Egle Becchi et Dominique Julia (dirs), Histoire de l’enfance en Occident. Tome 2 : du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Seuil, 1998 (1996), p. 121-156.
[35] De plus, il est probable que les publications lors de l’Ancien Régime aient employé ce genre de formulation non seulement pour rendre « dignes » d’assistance ces enfants, mais aussi pour mettre en valeur le rôle du régime monarchique dans leur prise en charge. Toutefois, cet aspect de valorisation du régime au pouvoir sera analysé plus en profondeur dans un autre travail.
[36] Tout particulièrement en France au 18e siècle. Jean-Pierre Bardet et Olivier Faron, loc. cit., p. 136-140.
[37] Claude Delasselle, « Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle », loc. cit., p. 201.
[38] Au 18e siècle, les sources de l’époque tout autant que les études spécialisées estiment qu’entre 14 % et 33 % des enfants de l’hôpital des Enfants-Trouvés à Paris seraient légitimes. Charles Leclerc de Montlinot, philanthrope de la fin du 18e siècle, évalue à environ 14 % la proportion d’enfants légitimes. L’Encyclopédie méthodique avance le chiffre de 33 %. Claude Delasselle calcule quant à lui dans son étude sur les années 1772 et 1778 que les chiffres graviteraient entre 20 et 30 %. Les autres enfants sont présumés illégitimes. Claude Delasselle, « Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle », loc. cit., p. 200.
[39] Sylvie Steinberg, « La tache de bâtardise en France sous l’Ancien Régime », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, p. 439‑454.
[40] M***, « Variété », Journal de Paris, 6 octobre 1780, p. 1133.
[41] « Bienfaisance », Journal de Paris, 22 avril 1785, p. 456.
[42] « Extraits. Belles-Lettres », Journal de Paris, 5 mars 1788, p. 289.
[43] Les réformes et discours sur la prise en charge sont relativement nombreux et méritent un traitement singulier. Il serait intéressant d’en faire l’objet d’un travail plus approfondi dans le futur. Des réformes et discours visent entre autres l’universalité des secours publics aux personnes vulnérables. Pour en savoir plus : Christian Bachmann, « La maison des enfants trouvés de Strasbourg pendant la Révolution, 1789-1799 », mémoire de maîtrise (histoire), Université des sciences humaines de Strasbourg, 1990, p. 5-13 ; Gilles Merien, loc. cit., p. 399-408.
[44] « Convention nationale », Journal des débats et des décrets, 19 janvier 1793, p. 272 ; « Convention nationale », Gazette nationale ou le Moniteur universel, 23 janvier 1793, p. 116 ; Montlinot, « Des enfans abandonnés », La Clef du cabinet des souverains, 23 juin 1797, p. 1409 ; Montlinot, « Suite des enfants abandonnés », La Clef du cabinet des souverains, 27 juin 1797, p. 1441.
[45] Par exemple : « Conseil des Anciens », Journal des débats et des décrets, 17 décembre 1796, p. 422 ; « République Française », La Clef du cabinet des souverains, 20 août 1798, p. 5023.
[46] « De Strasbourg, le 18 Septembre », Gazette du commerce, 25 octobre 1781, p. 673.
[47] « De Vienne, le 27 Octobre 1784 », Gazette de France, 12 novembre 1784, p. 373.
[48] « Variété », Journal de Paris, 13 février 1790, p. 176.
[49] Lors des premières années de la Révolution, le gouvernement annonce souhaiter pourvoir aux secours des personnes vulnérables en France (incluant et citant les enfants abandonnés). En parallèle, il tente d’uniformiser les institutions de secours pour enfants en unifiant les établissements pour enfants abandonnés et pour orphelins (tout du moins, à Paris). De plus, il prononce un décret visant à interdire des dénominations péjoratives des enfants abandonnés et favorisant l’appellation d’« orphelin ». Dans le même ordre d’idées, le gouvernement, en 1793, promulgue l’abolition des inégalités à la succession entre les enfants légitimes et les enfants naturels (abolition qui sera fort temporaire). Christian Bachmann, loc. cit., p. 5-13 ; Jean-Paul Martineaud, op. cit., p. 70-72 ; Sylvie Steinberg, « Et les bâtards devinrent citoyens : La privatisation d’une condition d’infamie sous la Révolution française », Genèses, vol. 108, n° 3, 2017, p. 9-10.
[50] Le décret du 28 juin 1793 sert à légiférer sur l’éducation « physique et morale » à porter aux enfants abandonnés. Par le fait même, il demande que ces petits soient désignés sous le terme d’orphelin. Christian Bachmann, loc. cit., p. 9.
[51] « Convention nationale », Mercure universel, 4 juillet 1793, p. 63.
[52] « Convention nationale », Mercure universel, 4 février 1794, p. 250.
[53] Deux entrées concernent des dons substantiels de particuliers envers deux garçons abandonnés et deux autres sont anecdotiques. « De Vienne, le 14 Septembre », Mercure de France, 2 octobre 1784, p. 8 ; « Gazette abrégée des tribunaux », Mercure de France, 26 mars 1785, p. 191-192 ; « De Paris, le 23 Mai », Mercure de France, 27 mai 1780, p. 184-185 ; « Annonces et notices », Mercure de France, 6 novembre 1784, p. 46.
[54] Rappelons que la majorité légale, sous l’Ancien Régime, était atteinte à l’âge de 25 ans (21 ans sous la Révolution). Pierre était donc considéré, légalement, comme un enfant, bien qu’il soit clair qu’il avait acquis un niveau d’autonomie supérieur à celui des petits moins âgés. D’ailleurs, les enfants qui demeurent à l’Hôpital des Enfants-Trouvés, à Paris, ne sortent de la tutelle institutionnelle qu’à partir de leur mariage ou de la majorité légale à 25 ans. Nicole Sergent, loc. cit., p. 3.
[55] Beaucousin, « Bienfaisance », Journal de Paris, 2 août 1783, p. 886.
[56] La petite fille s’adresse alors aux membres de l’administration de l’Église Royale de St-Yves. Ibid.
[57] Ibid.
[58] Ibid.
[59] & c., « Variété », Journal de Paris, 17 septembre 1780, p. 1058.
[60] Thomas Hippler, Citizens, Soldiers and National Armies. Military Service in France and Germany, 1789–1830, Londres et New York, Routledge, 2008 (2006), p. 13-17.
[61] « De Paris, le 3 Octobre », Mercure de France, 7 octobre 1780, p. 40.
[62] & c., « Variété », Journal de Paris, 17 septembre 1780, p. 1059.
[63] Certains des enfants présentés proviennent des hôpitaux pour enfants abandonnés tandis que d’autres sont directement pris en charge par les particuliers.
[64] « De Paris, le 3 Janvier 1792 », Gazette de France, 6 janvier 1792, p. 9.
[65] Ibid.
[66] La société récompense surtout les mémoires et recherches sur l’agriculture. Compte tenu du temps écoulé depuis la prise en charge initiale de l’enfant, il se peut que Moreau, un agriculteur, ait manifesté des difficultés financières et que la société ait décidé de lui accorder ce prix.
[67] « Livres nouveaux », Gazette nationale ou le Moniteur universel, 29 juillet 1792, [p. 889].
[68] « Convention nationale », Mercure universel, 1er août 1793, p. 8-9.
[69] Claude Delasselle, « Les enfants abandonnés à Paris au XVIIIe siècle », loc. cit., p. 192 ; Jacques Dehaussy, op. cit., p. 12-14.
[70] « Convention nationale », Mercure universel, 1er août 1793, p. 9 ; « Convention nationale », Gazette nationale ou le Moniteur universel, 1er août 1793, p. 909.
[71] Rappelons que l’histoire de Guillaume est publiée en début août.
[72] « Convention nationale », Gazette nationale ou le Moniteur universel, 1er août 1793, p. 909.
[73] « Convention nationale », Mercure universel, 20 mars 1794, p. 474.
[74] Ibid., p. 474-475.
[75] Il y avait certaines exceptions sous le régime féodal en ce qui concerne ce devoir spécifique des seigneurs. Par exemple, la responsabilité de la prise en charge des enfants abandonnés retombait parfois sur les villes et communautés d’habitants, plutôt que sur les seigneurs. Voir Jacques Dehaussy, op. cit., p. 12-18.
[76] « Convention nationale », Mercure universel, 25 mars 1794, p. 78 ; « Convention nationale », Gazette nationale ou le Moniteur universel, 25 mars 1794, p. 747.
[77] « Convention nationale », Gazette nationale ou le Moniteur universel, 25 mars 1794, p. 748.
[78] Mona Ozouf, « Liberté » dans François Furet et Mona Ozouf (dirs.), op. cit., p. 253-273.
[79] Mentionnons également le cas du jeune trouvé dans les bois d’Aveyron qui mobilise six entrées. L’intérêt scientifique est alors plus prévalant quant à « l’état de nature » du jeune. Cependant, notons que le gouvernement se représente à nouveau de manière positive en affichant sa prise en charge exemplaire de l’enfant. Voici quelques entrées parlantes sur le sujet : « Paris, 27 Thermidor », Journal de Paris, 16 août 1800, p. 2619 ; « République française », La Clef du cabinet des souverains, 15 août 1800, p. 5 ; « Notice historique sur le Sauvage de l’Aveyron […] », Gazette nationale ou le Moniteur universel, 12 septembre 1800, p. 1435.