1 | Varia 2018

Olivier Dufresne
Le néonationalisme sous la loupe du McGill Daily

Le 28 mars 1969 à Montréal, entre 10 000 et 15 000 étudiants se rassemblent pour réclamer la francisation de l’Université McGill, ce qui en fait la plus grande manifestation politique d’après-guerre au Québec. Paradoxalement, son organisation est non seulement le fruit de militants québécois francophones, qui dans un contexte néonationaliste revendiquent une plus grande place dans la société québécoise, mais aussi de militants anglophones. Cet article tente de comprendre de quelle manière des militants anglophones au Québec, à la fin des années soixante, ont pu appuyer des revendications qui s’attaquaient directement à leurs privilèges. Grâce à l’analyse discursive des éditoriaux du journal étudiant le McGill Daily concernant les évènements entre les années 1967 et 1970, liées à l’unilinguisme français et à l’indépendantisme, il apparaît que, pour une partie de la gauche anglophone, ces revendications étaient légitimes en raison de leur caractère anticapitaliste et anticolonial.

Julien Duval-Pélissier
Les « incidents » d’Aigues-Mortes (août 1893) : xénophobie populaire et usages politiques de l’événement

Les 16 et 17 août 1893, la commune occitane d’Aigues-Mortes devient le théâtre d’une rixe populaire d’une rare violence. Exacerbés par les tensions économiques et internationales, les conflits locaux entre ouvriers français et italiens atteignent alors un point de rupture, dégénérant en véritable chasse à l’homme. Le bilan de ces journées : huit morts et une cinquantaine de blessés graves, tous des travailleurs transalpins. Par l’étude discursive de sa réception chez un quotidien parisien, La Lanterne, cet article explore les usages politiques de l’événement, rapidement instrumentalisé à travers une rhétorique nationaliste, italophobe et exclusive. Au-delà de l’utilisation médiatique des « incidents » d’Aigues-Mortes, cette enquête s’attache aux représentations ouvrières de l’événement. Instantanément constitué en lieu de mémoire, selon des modalités parfois contradictoires, le massacre s’intègre au langage ouvrier pour permettre d’appuyer un large éventail de revendications sociales.

Sandrine Labelle
Immigration et « hygiène mentale » : La dimension raciale du discours médical en faveur de la stérilisation des « faibles d’esprit » dans le Canada des années 1920

Dans les années 1920, la stérilisation forcée des personnes atteintes de troubles de santé mentale est défendue par certains médecins eugénistes comme solution au problème de surcharge des institutions canadiennes de prise en charge de la folie. L’étude de rapports rédigés par la principale organisation de médecins eugénistes de l’époque met en lumière la dimension xénophobe de ce discours. Les médecins eugénistes capitalisent sur la haine raciale de la majorité anglo-saxonne vis-à-vis des immigrants originaires d’Europe de l’Est. Ils «racialisent» la maladie mentale en faisant du lieu de naissance un facteur de risque déterminant dans le développement de troubles. Le discours du corps médical se fait également alarmiste lorsqu’il aborde la question de la transmission héréditaire des problèmes de santé mentale; la peur d’une transmission des «tares génétiques» de la population migrante à sa descendance se révèle être au cœur de l’argumentaire prostérilisation. 

Marc-Edmond Lamarre
L’Église québécoise en mission : la polarisation des discours jésuites et oblats autour de la violence révolutionnaire (1959-1970)

L’Église catholique québécoise subit plusieurs transformations au courant des années 1960. Tant théologiques que structurels, ces changements modèlent une nouvelle institution religieuse. Grâce à l’étude des revues catholiques Relations et Apostolat, cet article met en lumière l’évolution des discours oblats et jésuites, par rapport à la violence révolutionnaire en Amérique latine et au Québec. L’évolution de ces discours nous montre une Église tiraillée mais changeante, dont les acteurs sont hétérogènes et transnationaux. Le bouillonnement politique, théologique et intellectuel latino-américain ainsi que l’ajustement théologique et social issu du Concile Vatican II sont au cœur de l’évolution de cette institution bouleversée par les sixties.

Robert Lanteigne
Un lieu de commémoration à reconsidération : celui de l’expédition du duc d’Anville érigé en 1929 au bassin de Bedford à Halifax

L’échec de l’expédition française du duc d’Anville de 1746 et le séjour d’une grande partie de sa flotte dans la baie de Chibouctou en Nouvelle-Écosse est un événement peu traité dans l’historiographie de l’Amérique française. À ce jour, il existe un monument commémorant cet événement dans le parc situé sur le bord du bassin Bedford, en banlieue de la ville d’Halifax. Toutefois, il est désormais possible de remettre en question le choix de cet emplacement grâce à des documents d’archives provenant de témoins de cette expédition et démontrant l’emplacement véritable du campement, des troupes et des hôpitaux dans les secteurs immédiats du centre-ville d’Halifax et de sa Citadelle. Ces nouvelles données apportent une perspective nouvelle sur cet événement.

Marie-Laurence Rho
Les étudiants francophones de Montréal et le «phénomène 1968». De l’influence tiers-mondiste à l’affirmation d’un discours engagé

Les « années 68 » – période d’activisme politique ayant touché des campus universitaires dans plusieurs villes du monde entre 1967 et 1969 – incarnent une catégorie historique fort pertinente pour étudier le militantisme étudiant montréalais de la période. À cet effet, cet article propose une incursion au sein de la presse étudiante de l’Université de Montréal afin d’étudier les idées et les revendications formulées par les leaders étudiants de l’époque. Dans la perspective d’une étude de l’influence des idées issues du Sud global sur la pensée politique des soixante-huitards montréalais francophones, nous proposons ici de porter une attention particulière à la couverture de l’actualité internationale qui figure dans les pages du journal étudiant le Quartier latin.