Compte-rendu

DUMAS, Alexandre. L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2019, 337p.

Maxime Trottier
L’ouvrage d’Alexandre Dumas, spécialiste en histoire religieuse au Québec, comporte deux grandes orientations. La première explore dans la moyenne durée (1930-1960) les relations entretenues entre les autorités politiques et religieuses québécoises, qui relèvent du parti-pris et de l’influence exercée par l’Église dans l’arène politique. La seconde vise à remodeler notre compréhension de la période dite de la Grande Noirceur en réexaminant un cliché tenace concernant l’ère duplessiste : celui d’un régime misant sur une étroite collaboration avec le clergé pour diriger la province.

MEINHOF, Ulrike, Tout le monde parle de la pluie et du beau temps. Pas nous. Textes choisis et présentés par Karin Bauer, Les éditions du Remue-ménage, 2018, 245p.

Chloé Poitras-Raymond
Le 9 mai 1976, Ulrike Meinhof se suicide dans sa cellule de prison. Ce sont plus de 4000 personnes qui se déplaceront pour son cortège funèbre, sans compter les nombreuses manifestations parfois violentes qui auront lieu partout en Allemagne. À la fois journaliste respectée et membre fondatrice de la Fraction Armée rouge (RAF), Meinhof était déjà considérée comme une icône controversée au moment de sa mort. Pour les uns elle était une terroriste impitoyable, alors que pour les autres, elle faisait figure de martyre révolutionnaire.

HARPER, Kyle, Comment l’Empire romain s’est effondré : Le climat, les maladies et la chute de Rome, Paris, La Découverte, 2019, 544p.

Alexandre Blier
Dans son ouvrage de synthèse, l’américain Kyle Harper, spécialiste en histoire romaine tardive et professeur à l’Université d’Oklahoma, dresse avec habileté le portrait de la chute de l’Empire romain sous un angle novateur : le rôle du climat et des maladies. Bien que son travail ne contredit pas les thèses de l’historien anglais Edward Gibbon, véritable père de cette grande question historiographique, il la réactualise grâce à l’utilisation de nouvelles technologies.

LEE, J. F., Masters of the Middle Waters: Indian Nations and Colonial Ambitions along the Mississippi, Cambridge, Harvard University Press, 2019, 360p.

Anne-Marie Dubreuil
Historien spécialiste du XIXe siècle américain et professeur adjoint au département d’histoire de la Pennsylvania State University, Jacob F. Lee propose en mars 2019 son premier ouvrage, Masters of the Middle Waters. Indian Nations and Colonial Ambitions along the Mississippi. L’auteur y décortique les relations entretenues entre les multiples acteurs autochtones et d’origines européennes occupant le milieu du continent américain du XIe siècle jusqu’à la mi-XIXe siècle.

NOOTENS, Thierry. Genre, patrimoine et droit civil: les femmes mariées de la bourgeoisie québécoise en procès, 1900-1930. Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2019, 280p.

Maude Savaria
Le dernier ouvrage de Thierry Nootens, directeur du Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ) et professeur en histoire du droit civil à l’Université du Québec à Trois-Rivières, se concentre sur les procès engageant les femmes mariées bourgeoises entre 1900 et 1930. Si la période et le sujet semblent très restreints à prime à bord, cette étude touche une variété de thématiques allant des difficultés financières des familles bourgeoises à la violence conjugale en passant par l’importance de l’institution du mariage, protégée par le discours judiciaire.

PRADEL, Lucie. L’âme du monde. Pour une écocritique du patrimoine culturel, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2017, 391p.

Gabriel Thériault
À travers un ouvrage fortement documenté, Lucie Pradel, maître de conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane et membre de l’Institut des Amériques, traite des patrimoines immatériels issus de la culture orale. Elle y suggère une perspective nouvelle à propos de l’écocritique de l’univers mythologique et légendaire caribéen. Pradel explique, à juste titre, que l’écocritique correspond à l’analyse des « interactions entre l’homme et la nature et les représentations de cette nature dans les expressions culturelles » (p. 2). Selon la formulation de Cheryll Glofelty, cette approche se résume à « the study of the relationship between literature and the physical environment ».